ENVIRONNEMENT

Sécurité hydrique : le projet GUARD mobilise la recherche pour protéger les nappes du triangle Dakar–Mbour–Thiès

Face à la baisse du niveau des nappes, aux risques de pollution et à l’intrusion saline, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et ses partenaires lancent GUARD. Ce programme de recherche international ambitionne de mieux connaître les réserves souterraines et de développer des outils capables d’anticiper les menaces qui pèsent sur l’approvisionnement en eau.

La préservation des ressources en eau souterraine s’impose comme une priorité dans le triangle Dakar–Mbour–Thiès. Dans cette zone où se concentrent une part importante de la population et des activités économiques du Sénégal, la pression exercée sur les nappes phréatiques suscite de fortes préoccupations.

C’est dans ce contexte que l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a accueilli le lancement du projet GUARD, un programme international consacré à la résilience des aquifères et à la sécurité hydrique. La cérémonie s’est déroulée au Centre international de recherche et de formation en génomique appliquée et de surveillance sanitaire (CIGASS), en présence de représentants de plusieurs institutions nationales et internationales.

La Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau (DGPRE), l’UNESCO, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES), l’Office des lacs et cours d’eau (OLAC) ainsi que l’ambassade du Danemark figuraient parmi les structures représentées.

Des nappes soumises à une pression croissante

L’urgence de cette initiative est liée aux difficultés que connaît le système hydrogéologique de la zone. Surexploitation des réserves, contamination des eaux souterraines, intrusion saline et évolution des conditions climatiques constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser durablement l’approvisionnement.

Une alerte a notamment été lancée en juin 2026 par le directeur de la DGPRE, Bakary Faty. Selon les informations rapportées par l’Agence de presse sénégalaise (APS), le niveau de la nappe de la zone de captage de Pout, qui contribue fortement à l’alimentation en eau de Dakar, Thiès et Mbour, enregistrerait une baisse annuelle comprise entre 6 centimètres et un mètre.

Cette situation illustre la vulnérabilité des réserves souterraines face aux prélèvements importants. Elle peut également avoir des conséquences sur les milieux naturels dépendant des échanges entre les nappes et les eaux de surface.

La Banque mondiale avait déjà souligné les risques liés à la sécurité hydrique dans le triangle Dakar–Mbour–Thiès. Dans une étude consacrée à la question, l’institution relevait notamment la surexploitation et la pollution des aquifères, ainsi que les menaces pesant sur les zones humides et leurs écosystèmes.

GUARD mise sur la recherche et les nouvelles technologies

Pour répondre à ces défis, le projet GUARD entend améliorer la connaissance scientifique des ressources souterraines. Ses travaux doivent notamment s’appuyer sur des dispositifs de surveillance, des investigations géophysiques et la modélisation hydrogéologique.

Représentant le recteur de l’UCAD, le professeur Alioune Diouf, directeur de la Recherche et de l’Innovation, a insisté sur la nécessité de disposer de données fiables pour éclairer les décisions publiques en matière de gestion et de protection de l’eau.

Le professeur Kader Fofana, représentant le doyen de la Faculté des sciences et techniques, a pour sa part mis l’accent sur les perspectives offertes par le programme en matière de formation, de renforcement des compétences scientifiques et d’accompagnement des jeunes chercheurs.

La cérémonie a également permis de présenter les principaux axes de recherche du projet et de montrer un équipement de géophysique électromagnétique en domaine temporel, désigné par le sigle TEM.

Cette technologie permet d’étudier les propriétés électriques du sous-sol afin de mieux identifier les différentes formations géologiques et de caractériser les structures susceptibles de renfermer des eaux souterraines. Elle constitue ainsi un outil complémentaire pour améliorer la connaissance des aquifères.

Un enjeu stratégique pour l’approvisionnement en eau

Les résultats attendus de GUARD pourraient contribuer à une meilleure planification des prélèvements et à l’identification des secteurs les plus vulnérables. Une connaissance plus précise de la quantité et de la qualité des eaux souterraines représente en effet un élément essentiel pour anticiper les risques de dégradation des réserves.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte où les pouvoirs publics travaillent également à diversifier les sources d’approvisionnement. Le Grand Projet de Transfert d’Eau, porté par l’État du Sénégal, prévoit notamment de mobiliser des ressources du lac de Guiers pour renforcer l’alimentation du triangle Dakar–Mbour–Thiès.

Selon les informations publiées par la Primature, une phase intermédiaire prévoit la mobilisation de 165 000 mètres cubes d’eau par jour grâce à des forages dans plusieurs zones, notamment Diogo, Pire, Tivaouane et Ngoundiane.

La diversification de l’approvisionnement ne dispense toutefois pas de protéger les nappes existantes. La surveillance des prélèvements, la prévention des pollutions et la préservation des zones de recharge demeurent indispensables pour garantir la disponibilité de l’eau sur le long terme.

Former les chercheurs pour mieux protéger la ressource

Au-delà des résultats scientifiques, GUARD entend favoriser la coopération entre les institutions de recherche, les organismes publics et les partenaires internationaux. La formation de jeunes spécialistes et le partage des connaissances devraient contribuer à renforcer les compétences nationales dans le domaine de l’hydrogéologie.

Pour le Sénégal, l’enjeu est considérable. La sécurité hydrique du triangle Dakar–Mbour–Thiès concerne aussi bien les ménages que les secteurs industriels, agricoles et économiques.

En associant recherche scientifique, outils technologiques et coopération institutionnelle, le projet GUARD ambitionne de fournir des connaissances utiles à une gestion plus durable des eaux souterraines. Sa portée dépendra notamment de la capacité des acteurs concernés à transformer les résultats des recherches en mesures concrètes de protection et de gestion des aquifères.

La Rédaction – Sunuker.net

Ely Birahim KA

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