À l’occasion du forum Goalkeepers organisé à Dakar par la Fondation Gates, l’ancienne ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération est revenue sur son départ du gouvernement en octobre 2023. Désormais engagée à travers Our Legacy Foundation, elle défend un modèle de développement qui associe entrepreneuriat féminin, agriculture résiliente et inclusion numérique.
Le départ du gouvernement n’a pas mis un terme à l’engagement public d’Oulimata Sarr. Bien au contraire. Trois ans après avoir quitté le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération, l’ancienne responsable affirme avoir retrouvé une liberté qui lui permet de se consacrer pleinement à une cause qui lui tient particulièrement à cœur : l’autonomisation économique des femmes.
Elle a partagé cette expérience le 29 octobre 2026 à Dakar, lors de la première édition africaine du forum Goalkeepers, une initiative de la Fondation Gates consacrée aux solutions innovantes pour accélérer les progrès vers les Objectifs de développement durable (ODD).
Évoquant son départ de l’équipe gouvernementale, à la suite du remaniement d’octobre 2023, Oulimata Sarr a décrit cette étape comme un moment de libération personnelle. Après plusieurs décennies de carrière professionnelle, elle explique avoir choisi de consacrer davantage de temps à ses convictions et à son engagement en faveur des populations vulnérables.
Pour expliquer les origines de son combat, l’ancienne ministre évoque notamment le parcours de sa grand-mère, Khadidio. Bien qu’elle n’ait pas bénéficié d’une scolarisation, cette femme occupait une place importante dans la vie économique de sa communauté à Kaolack. Elle gérait une tontine et dirigeait une association de commerçantes au marché.
Cette figure familiale a profondément influencé la vision d’Oulimata Sarr sur le leadership féminin. Elle y voit la démonstration que les femmes peuvent jouer un rôle économique et social déterminant, même lorsqu’elles sont privées de diplômes ou de reconnaissance officielle.
Cet héritage se retrouve aujourd’hui dans son engagement au sein de Our Legacy Foundation, une organisation qui accompagne les femmes et les jeunes en milieu rural. Sa démarche repose notamment sur l’accès aux terres agricoles, la mise à disposition d’équipements modernes, la formation technique et entrepreneuriale ainsi que l’ouverture vers les marchés.
L’un des principaux programmes de la fondation repose sur l’installation de serres agricoles adaptées aux réalités des zones rurales. L’objectif est de permettre aux groupements féminins de produire dans des conditions moins dépendantes des pluies et des aléas climatiques.
Ces infrastructures sont notamment équipées de systèmes d’irrigation économes en eau et de pompes alimentées par l’énergie solaire. Elles doivent permettre aux bénéficiaires de mieux maîtriser les calendriers de production, d’améliorer les rendements et de commercialiser leurs récoltes.
Une expérience menée à Santhiou Sine, dans la région de Thiès, illustre cette approche. Dans une publication relayée par Oulimata Sarr, la fondation indique qu’un groupement de 80 femmes bénéficie d’une serre de 500 mètres carrés, d’un forage de 55 mètres et d’un système d’irrigation solaire.
Deux mois après le démarrage de la production, les bénéficiaires avaient récolté une première tonne de concombres et réalisé plus de 1 000 dollars de recettes, selon les données communiquées par la fondation.
Ces résultats mettent en évidence l’importance de combiner les équipements agricoles avec l’accompagnement technique, la gestion collective et l’accès aux débouchés commerciaux.
Le développement de ces activités bénéficie également de l’appui de partenaires internationaux. La Fondation Gates a notamment inscrit, en octobre 2025, une subvention de 1 200 083 dollars au profit de Our Legacy Foundation.
D’une durée de 18 mois, ce financement vise à soutenir un programme d’autonomisation économique fondé sur la diffusion de pratiques agricoles résilientes au changement climatique.
Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion de solutions locales capables de renforcer les revenus des femmes, la sécurité alimentaire et la capacité des communautés rurales à faire face aux difficultés climatiques.
Pour Oulimata Sarr, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à mettre des terres ou des équipements à la disposition des bénéficiaires. Il faut également leur permettre de maîtriser les techniques de production, de gérer leurs activités et de trouver des marchés pour écouler leurs récoltes.
Lors de son intervention à Goalkeepers, l’ancienne ministre a également attiré l’attention sur les risques d’exclusion liés à la révolution numérique. Selon elle, les femmes rurales ne doivent pas rester à l’écart des innovations technologiques qui transforment progressivement les économies africaines.
Son plaidoyer porte notamment sur les conditions indispensables à une véritable inclusion : l’accès à l’électricité, à Internet et à des outils numériques adaptés aux réalités linguistiques des populations.
Elle insiste particulièrement sur la nécessité de développer des solutions d’intelligence artificielle capables de comprendre et de traiter les langues nationales, notamment le wolof. Pour les agricultrices qui communiquent quotidiennement par messages vocaux, ces technologies pourraient faciliter l’accès à l’information, aux conseils agricoles et aux services numériques.
Cette préoccupation rejoint les enjeux abordés par l’édition dakaroise de Goalkeepers, organisée autour du potentiel de l’intelligence artificielle dans des secteurs essentiels comme la santé, l’agriculture et l’éducation. L’initiative entend notamment mettre en lumière les innovations africaines et les moyens de faire profiter leurs retombées au plus grand nombre.
Oulimata Sarr a enfin invité les jeunes générations à prendre une part active dans la transformation du continent. Elle les encourage à investir davantage les domaines de la recherche, des sciences, de l’industrie et des technologies.
Son message fait écho aux Objectifs de développement durable adoptés en 2015 par les Nations unies. Si l’ODD 5 porte sur l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes, l’ODD 9 concerne notamment l’industrie, l’innovation et les infrastructures.
À travers son parcours, l’ancienne ministre entend montrer que l’engagement en faveur du développement peut prendre différentes formes : responsabilités publiques, action associative, entrepreneuriat social ou accompagnement des communautés.
De l’expérience héritée de sa grand-mère aux projets agricoles conduits avec des femmes rurales, Oulimata Sarr poursuit ainsi un même objectif : faire de l’autonomie économique un levier concret de transformation sociale. Son intervention à Goalkeepers rappelle surtout que les grandes ambitions technologiques ne peuvent produire un développement inclusif si les femmes des zones rurales restent éloignées des infrastructures, des financements et des opportunités.
La Rédaction – Sunuker.net
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