La polémique née de l’émission matinale de la RFM continue de produire ses effets. Dans un communiqué publié le 28 août 2026, le CORED dit suivre avec une « vive préoccupation » les tensions suscitées par l’émission au cours de laquelle Abdou Sy, frère de Serigne Moustapha Sy, avait été reçu.
Mais l’instance d’autorégulation établit d’emblée une ligne rouge : la contestation d’un traitement médiatique ne saurait jamais justifier les menaces ou les intimidations contre un journaliste.
Le CORED condamne ainsi « avec fermeté » les insultes, intimidations et menaces de mort visant Babacar Fall, animateur de « RFM Matin ». Pour l’organe, même lorsqu’un professionnel de l’information est soupçonné d’avoir commis une faute, celle-ci doit être contestée par les voies prévues par la loi et les mécanismes professionnels, et non par la violence verbale ou la menace.
L’instance demande par conséquent aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité du journaliste.
Le communiqué du CORED ne constitue toutefois pas un blanc-seing accordé aux médias.
L’instance rappelle que le journaliste doit exercer son métier avec liberté, indépendance, équilibre et respect de la vérité des faits. Une exigence particulièrement importante lorsqu’une émission aborde des sujets susceptibles de provoquer de fortes réactions dans l’opinion.
Or, dans le contexte sénégalais, le CORED souligne la sensibilité particulière des questions confrériques et familiales.
Dans un pays où l’islam confrérique occupe une place importante dans la cohésion sociale, le traitement journalistique de ces sujets ne peut être considéré comme une matière ordinaire. Le journaliste doit informer, mais il doit également mesurer les conséquences potentielles de ses choix éditoriaux.
C’est ici que se situe l’une des principales leçons de cette controverse : la liberté de la presse protège le journaliste, mais elle l’oblige également à une exigence accrue de professionnalisme.
Le CORED rappelle également le principe du contradictoire et du droit de réponse, garantis, selon le communiqué, par les articles 84 à 90 du Code de la presse.
Ce rappel prend une résonance particulière dans cette affaire, alors que la Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty avait contesté certains propos diffusés à l’antenne et affirmé avoir sollicité un droit de réplique.
Sur ce terrain, la question dépasse donc le seul affrontement entre protagonistes.
Elle renvoie à une problématique fondamentale du journalisme : comment donner la parole à une partie dans une affaire sensible sans donner le sentiment que l’autre partie est privée de la possibilité de répondre ?
Le contradictoire constitue précisément l’un des mécanismes permettant de préserver la crédibilité du média et de réduire les risques de désinformation, de partialité ou d’escalade.
L’autre message fort du CORED concerne les réactions suscitées par l’émission.
L’instance affirme qu’aucun mouvement, groupe de pression ou individu ne peut s’arroger le rôle de juge et exercer des pressions, du harcèlement ou du chantage verbal contre un professionnel de l’information.
Cette position est essentielle dans un environnement médiatique où les réseaux sociaux peuvent rapidement transformer une controverse éditoriale en campagne de dénonciation, voire en déferlement d’insultes.
Une faute journalistique éventuelle se traite par le droit, le droit de réponse, la saisine du CORED ou les juridictions compétentes. Elle ne se règle ni par les menaces ni par l’intimidation.
Tout en protégeant la liberté d’informer, l’instance invite donc les journalistes à davantage de prudence lorsqu’ils abordent des dossiers à caractère religieux, confrérique ou familial.
Elle appelle également les responsables religieux, les mouvements, les citoyens et l’ensemble des acteurs concernés à la retenue, au calme et au respect des voies de recours légales.
Cette affaire révèle finalement une double responsabilité.
Aux médias de ne pas transformer la liberté d’informer en licence de provoquer. Aux acteurs de la société de ne pas transformer le désaccord avec un média en permis de menacer.
Entre ces deux exigences se trouve l’équilibre fragile dont dépend la qualité du débat public sénégalais.
Le CORED rappelle enfin que toute personne physique ou morale estimant qu’une règle d’éthique ou de déontologie a été violée peut saisir l’instance, conformément à l’article 13 de ses statuts.
Sunuker News Desk
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