L’assemblée
nationale va examiner en séance plénière, le mercredi 01 avril 2020, le
projet de loi habilitant Macky Sall à prendre par ordonnance, pour une
durée de 3 mois, des mesures d’ordre économique, budgétaire, social,
économique, et sécuritaire, dans le cadre de la pandémie de Covid-19.
Nous tenons, à nouveau, à attirer l’attention des sénégalais, et des
parlementaires de l’opposition sur ce projet de loi vague, imprécis,
généraliste, et extrêmement dangereux (le projet de loi d’habilitation
du 26 mars 2020 ne donne aucune précision quant aux mesures prévues, et
ne fixe pas de limite de compétence, conformément aux dispositions de
l’article 77 de la Constitution).
La Constitution prévoit deux
situations dans lesquelles la Président de la République peut mettre en
vigueur des mesures de nature législative avant leur adoption par
l’Assemblée nationale :
1. Avec l’accord de l’Assemblée nationale qui peut, en application de l’article 77 de la Constitution, l’habiliter à cet effet ;
2. Sans habilitation de l’Assemblée nationale, lorsqu’il exerce les
pouvoirs exceptionnels prévus par l’article 52 de la Constitution.
Dans
les deux cas, la Constitution prescrit que de telles mesures fassent
l’objet, a posteriori, d’une loi de ratification (obligation légale).
S’agissant du projet de loi d’habilitation, il convient de distinguer 2
étapes juridiques distinctes : 1) l’autorisation accordée par
l’assemblée nationale par le biais du vote d’une loi d’habilitation
mentionnant les mesures prévues et leur champ d’intervention (périmètre)
; 2) la loi de ratification par le parlement, qui, seule, confère à
l’ordonnance, la valeur d’une loi.
• Tant que la ratification
législative n’est pas intervenue, les ordonnances sont des actes
administratifs qui peuvent faire l’objet d’un recours pour excès de
pouvoir, au niveau de la Cour suprême
Le vote par le parlement du
projet de loi d’habilitation autorisant Macky Sall à prendre par
ordonnance des mesures, pour une durée de 3 mois ne mettra pas un terme
au débat et n’épuisera nullement les procédures contentieuses. Car, si
les ordonnances entrent en vigueur dès leur publication au Journal
officiel, elles demeurent des actes administratifs tant qu’elles n’ont
pas été ratifiées par une loi. En effet, les ordonnances sont des actes
de forme réglementaire et le demeurent « tant que la ratification
législative n’est pas intervenue » dans les termes prévus par l’article
77 de la Constitution. Le défaut de dépôt d’un tel projet de loi avant
la date butoir fixée à l’article 2 du projet de loi d’habilitation du 26
mars 2020 entraîne ipso facto la caducité des ordonnances.
Comme
pour tout acte réglementaire et tant que l’ordonnance n’est pas
ratifiée, sa régularité peut être contestée directement au niveau de la
chambre administrative de la Cour suprême, dans le cadre d’un recours
pour excès de pouvoir. C’est un fait : le projet de loi habilitant le
Président à prendre par ordonnance des mesures, pour une durée de 3 mois
est vague et imprécis. il y a donc lieu de saisir la Cour suprême qui
devra vérifier que l’ordonnance respecte les conditions de légalité et
qu’elle a été prise « dans le respect des règles et des principes
généraux du droit qui s’imposent à toute autorité administrative ». Il
appartiendra à la chambre administrative de la Cour suprême de vérifier
d’une part, que l’ordonnance respecte le cadre de l’habilitation
consentie et d’autre part que les mesures prises sont proportionnées aux
objectifs énoncés. Il ne faut point se faire d’illusion avec Macky Sall
: le projet de loi d’habilitation du 26 mars 2020 (un vrai fourre-tout)
qui n’apporte aucune précision quant aux mesures d’ordre économique,
social, sécuritaire et sanitaire dans le cadre de la lutte contre les
effets de l’épidémie de Covid-19, peut donner lieu à un détournement
quant à sa finalité (certaines mesures, sécuritaires par exemple, auront
pour objet premier de renforcer son pouvoir).
En France, le Conseil
d’État a été amené à plusieurs reprises, à suspendre l’exécution
d’ordonnances. Le Conseil d’état est allé même jusqu’à censurer des
dispositions issues d’ordonnances dont il estimait qu’elles portaient
atteinte à des principes constitutionnels. A titre d’exemple, en 2012,
l’article 8 de l’ordonnance du 9 mai 2011 portant codification de la
partie législative du code de l’énergie a été annulé en ce qu’il
méconnaissait la portée de l’habilitation accordée au Gouvernement « le
juge administratif vérifie systématiquement que le Gouvernement,
autorisé à intervenir par voie d’ordonnances dans un but déterminé,
épuise la compétence qui lui a été confiée et sanctionne, sans aucun,
état d’âme les cas d’incompétence négative ».
• Après la loi de ratification des ordonnances, un recours peut être déposé devant le Conseil Constitutionnel
Une
fois que la loi de ratification est intervenue, et que l’ordonnance
acquiert la valeur d’une loi, un recours peut être déposé au niveau du
Conseil constitutionnel. Si nous prenons l’exemple de la France, le juge
constitutionnel français a réitéré à plusieurs reprises l’obligation
faite au Gouvernement de « définir avec précision les finalités de
l’habilitation » et d’indiquer précisément le « domaine d’intervention
des mesures qu’il se propose de prendre par voie d’ordonnance ». Dans sa
décision n° 76-72 DC du 12 janvier 1977, le Conseil Constitutionnel
français a affirmé « que le texte doit être entendu comme faisant
obligation au Gouvernement d’indiquer avec précision au Parlement, lors
du dépôt d’un projet de loi d’habilitation et pour la justification de
la demande présentée par lui, quelle est la finalité des mesures qu’il
se propose de prendre ». L’habilitation à légiférer par ordonnances dans
le domaine de la loi est une affaire très sérieuse qui ne laisse place à
aucune forme d’amateurisme (le parlement se trouve dessaisi
temporairement).
Dans un contexte empreint de gravité (plus de 35 000
morts dans le monde à cause du Covid-19) qui nécessite la mobilisation
de tous les sénégalais, dans une démarche d’unité nationale pour lutter
contre la pandémie de Covid-19, on ne peut pas demander aux sénégalais
de suivre un commandant en Chef incapable fixer le cap et d’indiquer la
voie à suivre (quelles sont les mesures concrètes pour les populations
et les entreprises ?). Le projet de loi habilitant Macky Sall à prendre
par ordonnance des mesures, pour une durée de 3 mois ne définit aucune
orientation quant aux mesures prévues et ne fournit aucune précision qui
justifie son adoption aveugle, automatique, et déraisonné par des «
automates ». Au demeurant, ce projet de loi d’habilitation généraliste
fourre-tout est extrêmement dangereux, puisqu’il donne une carte blanche
à Macky SALL dans le cadre d’une compétence générale, alors que
l’article 77 précise des limites de temps et de compétence.
En
réalité, la plénière du mercredi 01 avril 2020, sera un véritable moment
de cirque puisque les députés vont examiner un texte vide qui n’a même
pas besoin d’être débattu. Franchement, à quoi bon perdre du temps et
discuter d’un texte creux, et dont la disposition principale est :
Habiliter Macky Sall à prendre des mesures d’ordre économique, social,
sécuritaire et sanitaire dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, dont
les sénégalais, et les députés saisis ne connaissent ni les tenants, ni
les aboutissants ? Mais, de qui se moque-t-on ?
Que les députés
godillots de la majorité votent le projet de loi d’habilitation à
l’aveugle, sans broncher : cela peut aisément se comprendre. Mais que
les parlementaires de l’opposition puissent participer à ce cirque sans
demander la moindre précision sur la nature des mesures prévues et le
périmètre de l’habilitation serait pour le moins inquiétant !
Seybani SOUGOU – E-mail : sougouparis@yahoo.fr
Mondial 2026 : l'Espagne éteint les Bleus et file en finale ! La France impuissante…
Chronique | Plus jamais ça ! Dissoudre la FSF et repartir de zéro Mondial 2026…
Doha : la rencontre entre Macky Sall et Karim Wade relance les spéculations sur les…
Doha : Macky Sall retrouve Karim Wade lors d'une visite marquée par le deuil et…
Éducation et leadership féminin : la Première dame Absa Faye met à l'honneur les reines…
Crise après le Mondial 2026 : le ministère des Sports impose le silence à la…