ECONOMIE

PRES : 80,4 milliards manquent à l’appel : les chiffres qui obligent le gouvernement à revoir sa copie

PRES : 80,4 milliards manquent à l’appel — les chiffres qui obligent le gouvernement à revoir sa copie

Le Plan de redressement économique et social (PRES), présenté comme l’un des instruments majeurs de la stratégie de redressement des finances publiques du Sénégal, se retrouve confronté à une première réalité chiffrée qui ne peut être ignorée. Au premier semestre 2026, les différentes mesures fiscales et douanières censées contribuer au financement du plan ont permis de mobiliser 140,7 milliards de francs CFA, alors que la prévision pour la même période s’établissait à 221,1 milliards. Le taux de réalisation ressort ainsi à 63,6 %, avec un écart de 80,4 milliards de francs CFA.

Ces chiffres, publiés dans le cadre du suivi de l’exécution budgétaire, posent une question qui dépasse le simple calcul comptable : les prévisions du PRES étaient-elles trop ambitieuses, ou l’État n’a-t-il pas encore mis en place les moyens nécessaires pour capter les recettes annoncées ?

La nuance est importante. Une analyse publiée sur ces résultats estime que l’écart entre les prévisions et les recettes effectivement encaissées ne suffit pas, à lui seul, à conclure à l’échec du PRES. Selon cette lecture, les difficultés seraient notamment liées à des problèmes opérationnels, institutionnels et techniques qui ralentissent la mise en œuvre des nouvelles mesures.

Mais pour les finances publiques, le résultat concret demeure le même : 80,4 milliards de francs CFA attendus ne sont pas encore entrés dans les caisses au premier semestre.

Et derrière ce chiffre se cachent plusieurs failles particulièrement révélatrices.

La première concerne les jeux de hasard. Cette fiscalité devait constituer une importante source de recettes nouvelles. Or, elle accuse une moins-value de 61,5 milliards de francs CFA par rapport à l’objectif fixé. Sur cette somme, 56,4 milliards correspondent au prélèvement attendu sur les gains issus des jeux.

Le problème relevé par le ministère n’est pas nécessairement l’absence d’activité dans le secteur. Il concerne surtout la capacité de l’administration à suivre efficacement les opérations et à récupérer les recettes qui devraient normalement revenir à l’État. Une plateforme de supervision des opérateurs de jeux est annoncée afin de renforcer le contrôle et d’améliorer le recouvrement.

Autrement dit, le Sénégal aurait identifié une importante source potentielle de recettes, mais ne disposerait pas encore de tous les outils nécessaires pour en assurer correctement la collecte.

Le deuxième problème concerne les exportations de minerais. La mesure fiscale prévue dans ce domaine accuse une moins-value de 13,3 milliards de francs CFA. Là encore, l’explication avancée par le ministère est essentiellement opérationnelle : la mesure n’était pas encore pleinement mise en œuvre.

Cette situation soulève une interrogation fondamentale dans la conduite d’une politique budgétaire : peut-on inscrire dans les prévisions des recettes provenant de mesures qui ne sont pas encore totalement opérationnelles ?

La question mérite d’être posée parce que la crédibilité d’un budget ne repose pas uniquement sur les ambitions affichées, mais aussi sur la capacité de l’administration à transformer les annonces fiscales en recettes réellement encaissées.

Le secteur des télécommunications offre un autre exemple. La taxation liée aux téléphones a été freinée par l’absence d’une plateforme permettant notamment l’enregistrement et le suivi des numéros IMEI. Selon les éléments rapportés par le ministère, cette faiblesse du dispositif aurait facilité le développement de circuits de fraude.

Là encore, le problème n’est donc pas seulement celui du niveau de taxation. C’est celui du contrôle.

Un État peut voter autant de taxes qu’il le souhaite ; si les mécanismes permettant de contrôler, identifier, tracer et recouvrer les sommes dues ne suivent pas, les prévisions resteront des chiffres sur le papier.

Il existe cependant une exception notable : le mobile money.

Les recettes issues de cette fiscalité ont atteint 124,9 % de l’objectif, générant une plus-value de 8,4 milliards de francs CFA. La taxe sur les opérations de transfert d’argent a notamment affiché un taux d’exécution de 128,9 %.

Mais même cette performance doit être examinée avec prudence. Le ministère précise qu’elle a notamment bénéficié d’un versement exceptionnel de 32 milliards de francs CFA effectué par une société émettrice de monnaie électronique au titre de l’apurement de son passif. Sans cette rentrée exceptionnelle, cette rubrique aurait enregistré, selon les mêmes données, une moins-value de 23,6 milliards de francs CFA.

Voilà donc le paradoxe : une rubrique présentée comme ayant dépassé son objectif cache en réalité une recette exceptionnelle qui ne peut pas nécessairement être reproduite chaque année.

Le problème devient alors plus large.

Le budget 2026 avait prévu 762 milliards de francs CFA de recettes provenant des mesures du PRES. À mi-parcours, le niveau atteint est très inférieur au rythme qui serait nécessaire pour atteindre mécaniquement cette cible annuelle.

Le gouvernement dispose encore du second semestre pour corriger le tir. Mais cela suppose que les plateformes annoncées soient effectivement opérationnelles, que les contrôles soient renforcés et que les mesures qui n’ont pas encore produit leurs effets puissent réellement entrer en vigueur.

Car il existe une différence considérable entre annoncer une recette et l’encaisser.

C’est probablement l’une des principales leçons de ces premiers chiffres.

Le Sénégal traverse une période où chaque milliard compte. Le poids de la dette, les besoins d’investissement, les dépenses sociales et les charges de fonctionnement imposent à l’État de disposer de recettes prévisibles et durables. Le budget 2026 prévoit notamment 5 384 milliards de francs CFA de recettes fiscales, dont les 762 milliards associés aux mesures du PRES.

Dans ce contexte, une moins-value de 80,4 milliards sur les mesures nouvelles ne constitue pas un détail.

Il serait toutefois prématuré de transformer ce constat en verdict définitif sur l’ensemble du PRES. Les données disponibles portent sur le premier semestre et plusieurs dispositifs sont encore en phase de déploiement. L’analyse publiée sur ces chiffres souligne d’ailleurs que les écarts peuvent résulter de problèmes de mise en œuvre plutôt que d’une impossibilité économique des mesures.

Mais cette nuance ne doit pas devenir un prétexte pour éviter le débat.

Le gouvernement doit expliquer.

Pourquoi certaines mesures annoncées comme génératrices de recettes n’ont-elles pas été opérationnalisées à temps ?

Pourquoi les mécanismes de contrôle des jeux de hasard n’étaient-ils pas suffisamment performants ?

Pourquoi le dispositif de suivi des téléphones et des IMEI n’était-il pas prêt alors que les recettes correspondantes figuraient dans les projections ?

Et surtout, comment l’État compte-t-il éviter que les mêmes difficultés se reproduisent au second semestre ?

Le Sénégal n’a pas seulement besoin de nouvelles taxes. Il a besoin d’une administration fiscale et douanière capable de faire fonctionner efficacement les dispositifs existants, sans créer une pression disproportionnée sur les acteurs formels pendant que certains circuits échappent au contrôle.

C’est d’autant plus important que la fiscalité sur le secteur mobile est déjà considérée comme relativement lourde et complexe. Une analyse de la GSMA publiée en décembre 2025 soulignait que le secteur sénégalais des télécommunications fait face à un environnement fiscal comprenant de nombreuses taxes générales et spécifiques, avec des conséquences possibles sur les coûts de conformité et l’investissement.

Le défi du PRES est donc double : mobiliser davantage de ressources sans étouffer l’activité économique, tout en améliorant la capacité de l’État à récupérer les recettes qui lui sont effectivement dues.

Il faudra également distinguer les recettes exceptionnelles des recettes structurelles. Un versement ponctuel de 32 milliards peut améliorer temporairement les statistiques, mais il ne constitue pas nécessairement une nouvelle source durable de financement.

Au fond, le véritable test du PRES ne sera pas la quantité de mesures annoncées, mais la capacité de l’État à transformer ces mesures en ressources régulières, transparentes et prévisibles.

140,7 milliards encaissés contre 221,1 milliards attendus : le signal d’alerte est réel.

Il ne signifie pas nécessairement que tout le PRES est à jeter. Il signifie en revanche que le gouvernement doit maintenant passer du temps des annonces au temps de l’exécution, du contrôle et des résultats.

Car dans une économie sous tension, un milliard prévu mais non encaissé n’est pas simplement une ligne manquante dans un tableau : c’est une ressource qui ne peut pas financer une école, un hôpital, une route, un programme social ou un investissement productif.

Le second semestre dira donc si les 80,4 milliards de retard peuvent être réduits et si l’objectif annuel de 762 milliards de francs CFA peut encore être approché. Le document source lui-même souligne que cette deuxième partie de l’année sera déterminante et que les plateformes annoncées devront rapidement devenir opérationnelles.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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