Les choses se sont accélérées, au Niger. Les opérations humanitaires de l’ONU sont désormais « suspendues » dans le pays, alors que la vie semble avoir repris son cours habituel à Niamey, la capitale. Banques et magasins sont ouverts, la circulation est normale.
Dans la matinée, ce jeudi, le chef d’état-major général des armées, le général Abdou Sidikou Issa, a annoncé via un communiqué sur le compte des forces armées du Niger, sur le réseau social X, anciennement Twitter, qu’il soutiendrait le mouvement.
La situation semble décantée depuis lors. Après l’image des dix hauts gradés en provenance de tous les corps des forces de défense et de sécurité, armée, garde présidentielle, forces spéciales, gendarmerie, police et même les pompiers, annonçant le coup d’État mercredi soir, c’est un signal fort d’unité autour des putschistes qui a ainsi été envoyé par le chef des armées.
Difficile, en revanche, de joindre la classe politique nigérienne depuis mercredi. Beaucoup refusent de s’exprimer en raison de la suspension des activités des partis politiques annoncée dans un communiqué lu à la télévision nationale.
La tension est forte et l’heure à la prudence, à Niamey. Dans l’après-midi, des manifestants ont saccagé le siège du PNDS, le parti au pouvoir jusqu’ici. Les photos d’agence montrent une importante fumée noire.
Après sa déclaration sur les réseaux sociaux mercredi soir, le ministre des Affaires étrangères, chef de gouvernement par intérim, Hassoumi Massoudou, ne s’est plus exprimé.
Du côté de l’opposition, un communiqué a été publié. Les partis qui s’étaient rangés derrière l’ancien chef de file de l’opposition, Mahamane Ousmane, lors de la dernière élection présidentielle, se sont rassemblés dans une « Union des patriotes nigériens ».
Ces derniers « soutiennent les motivations du CNSP », et « s’engagent à l’accompagner dans sa mission, tant qu’il s’agira de rétablir la souveraineté nationale ». L’opposition semble donc s’être rangée du côté des putschistes.
Des rassemblements sporadiques ont eu lieu dans les rues de Niamey. Des messages de rassemblement d’une « Coalition des forces démocratiques » ont circulé sur les réseaux sociaux. Coalition jusque-là inconnue et dont la composition n’a pas été précisée.
Paris justifie l’atterrissage d’un avion français
Les putschistes mettent un point d’honneur à ne pas subir de pressions extérieures. Le message a même été passé deux fois.
Il l’a d’abord été lors de l’allocution du CNSP, qui demandait « à tous les partenaires extérieurs de ne pas s’ingérer ». Puis, dans son communiqué de ralliement, le chef d’état-major général des armées a prévenu que toute intervention militaire extérieure risquerait d’avoir « des conséquences désastreuses ».
Les yeux de la communauté internationale sont en effet tournés vers Niamey, et d’abord au sein de la sous-région.
D’après une source proche du président Bazoum, une délégation d’officiers nigérians a tenté une médiation dès le début de la crise. Selon plusieurs sites de suivi du trafic aérien, un avion de la Nigerian Air Force a quitté Kaduna mercredi après-midi pour atterrir à Niamey.
Il y a ensuite les partenaires internationaux. La France et les États-Unis disposent de bases militaires au Niger. L’Italie et l’Allemagne assurent aussi des formations en ce domaine. Une présence étrangère qui commençait d’ailleurs à courroucer une partie du commandement nigérien.
Dans le communiqué lu à la télévision nationale, le CNSP accuse la France d’avoir fait atterrir un avion militaire à Niamey, malgré la suspension des vols décrétée la veille.