Dans une Tribune publiée par Le Monde, Rama Yade, l’ancienne secrétaire
d’Etat, soutient que l’Afrique peut présenter dès maintenant un agenda
de rupture pour relancer le multilatéralisme. Ce continent, selon elle,
dispose de l’expérience et de la légitimité nécessaires. Elle propose un
programme en cinq points.
* La création d’un tribunal sanitaire
international. Au moment où la course au vaccin est lancée, il apparaît
indispensable de se pencher, avec la même urgence, sur l’origine du
nouveau coronavirus. Un tribunal, avec un pouvoir d’investigation et de
sanctions (trafics d’animaux sauvages, manipulations génétiques ou
autres en laboratoires), consacrerait un principe de responsabilité
sanitaire. Il n’est plus supportable que le monde soit entraîné aussi
régulièrement (SRAS en 2002, H1N1 en 2009, MERS en 2012, H7N9 en 2013,
etc.), au bord du précipice du fait de l’irresponsabilité de
quelques-uns jamais mis en cause encore moins condamnés. Il s’agit de
leur ôter toute envie de recommencer !
*
C’est tout le système onusien qu’il s’agit de refonder, en consacrant
l’entrée d’un nouveau membre, l’Union africaine, au Conseil de sécurité
des Nations unies. Il s’agit là aussi de répondre à la longue succession
des échecs de l’ONU – missions en débandade, comme la Monusco en
République démocratique du Congo (RDC), marginalisation sur les dossiers
syrien et libyen. Pour faire bonne mesure, l’entrée de l’Union
européenne (qui remplacerait la France et la Grande-Bretagne)
renforcerait l’intégration européenne, qui en a bien besoin.
* La
prise en charge par les Etats africains des migrants en déshérence. Il
leur revient d’exercer davantage leur devoir de protection vis-à-vis de
leurs ressortissants en Méditerranée et dans le Sahara via des missions
de secours et d’assistance, plutôt que de les déléguer aux ONG
européennes. Ces dispositifs seraient financés – pourquoi pas de manière
innovante – par des obligations auprès de la diaspora africaine dont on
connaît la volonté d’implication au point que leurs transferts
financiers constituent près du triple de l’aide publique au
développement !
* Des industries de transformation pour absorber
l’arrivée sur le marché du travail d’un milliard de jeunes d’ici 2030.
C’est un enjeu fondamental souligné par le dernier rapport de la Banque
africaine de développement (BAD), qui estime à 12 millions le nombre
d’emplois à créer. Impossible quand les ressources agricoles et minières
sont transformées à l’étranger. L’Afrique exporte ses emplois ! Le défi
est de multiplier les TPE-PME et de les aider à fabriquer sur place
biens et services puis à les écouler.
*
La souveraineté numérique de l’Afrique : si le bond en avant africain a
permis la plus grande révolution des télécommunications au monde (en
2019, 2 milliards de dollars (1,855 millard d’euros) – un record absolu –
ont été investis dans environ deux cent cinquante start-up africaines,
selon le rapport annuel de Partech Africa), il ne faudrait pas qu’après
avoir perdu des pans entiers de sa souveraineté politique, l’Afrique
voit les données personnelles de sa population lui échapper. Voilà qui
justifierait la mise en place de dispositifs de cyberdéfense face aux
piratages informatiques et de data centers pour la protection des dites
données.
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