SOCIETE / FAITS DIVERS

Modernisation de l’état civil au Sénégal : À Kaolack, l’ANEC tire la sonnette d’alarme sur la précarité des agents

La Journée africaine de l’état civil a été célébrée ce lundi 10 août 2026 à Kaolack. Si cet événement a permis de réaffirmer les ambitions continentales en matière de digitalisation et d’identité légale, il a surtout été l’occasion pour les autorités sénégalaises de mettre à nu les profonds dysfonctionnements qui gangrènent le secteur.

Pour marquer cette édition 2026, placée sous l’égide de l’Union africaine, le Sénégal a fait le choix stratégique de Kaolack. Une décision loin d’être fortuite, comme l’a souligné Matar Ndao, Directeur général de l’Agence nationale de l’État civil (ANEC). Ville carrefour par excellence et véritable centre névralgique du pays, la capitale du Saloum offrait la tribune idéale pour aborder le thème de cette année : « La nouvelle Décennie CRVS (2027-2036) : Consolider les acquis de l’APAI-CRVS et garantir l’avenir de l’état civil (…) grâce à l’intégration, à la décentralisation et à la digitalisation ».

Sous la présidence d’Ibrahima Fall, préfet du département de Nioro, l’objectif affiché de cette rencontre était clair : mobiliser l’ensemble des acteurs territoriaux, judiciaires et de la société civile pour garantir le droit fondamental à une identité légale pour chaque citoyen.

Une numérisation freinée par un manque de moyens criant

Cependant, derrière les discours officiels et les ambitions d’une Afrique connectée, la réalité des centres d’état civil sénégalais est tout autre. Le vaste programme national de modernisation et de numérisation des registres – pourtant crucial pour lutter contre l’apatridie, sécuriser les données nationales et faciliter l’accès des enfants à l’éducation – se heurte à des obstacles structurels majeurs.

Le Directeur général de l’ANEC n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’il qualifie de véritable « carence ». Sur le terrain, la fracture numérique est béante : de nombreux centres manquent cruellement d’équipements informatiques de base et ne disposent d’aucune connexion internet, rendant le processus de digitalisation tout bonnement impossible.

Des agents sans statut et sous-payés : un risque pour la sécurité documentaire

Plus inquiétant encore, le plaidoyer de Matar Ndao a mis en lumière la situation sociale alarmante des travailleurs du secteur. Actuellement, les officiers et agents de l’état civil évoluent dans un vide juridique total, sans aucun statut officiel pour régir leur profession. Le recrutement se fait souvent sans critères de formation rigoureux, confiant ainsi la gestion de données extrêmement sensibles à un personnel parfois non qualifié.

Le sommet de cette précarité se traduit par des rémunérations dérisoires, certains agents ne percevant qu’une indemnité misérable de 5 000 FCFA par mois. Une vulnérabilité financière extrême qui, comme l’a subtilement rappelé le DG de l’ANEC, expose ces travailleurs à des tentations compromettantes. Dans un domaine aussi sensible que la délivrance d’actes de naissance ou de mariage, où la fraude documentaire est un défi sécuritaire majeur, la revalorisation de ce métier s’impose non plus comme une option, mais comme une urgence nationale.

Alors que le Sénégal s’engage dans cette nouvelle décennie de réformes, le message lancé depuis Kaolack est sans équivoque : la digitalisation de l’état civil ne pourra se faire sans des centres équipés et des agents formés, valorisés et protégés.

La Rédaction : sunuker.com

Ely Birahim Ka

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