MEDIAS/PRESSE

Menaces contre Babacar Fall : Madiambal Diagne monte au créneau et défend la liberté de la presse

Menaces contre Babacar Fall : Madiambal Diagne monte au créneau et défend la liberté de la presse

Après la vague d’insultes et de menaces de mort visant le journaliste de la RFM, la solidarité professionnelle commence à s’organiser. Madiambal Diagne apporte publiquement son soutien à Babacar Fall et pose, au-delà de cette affaire familiale et confrérique, la question fondamentale de la liberté d’informer au Sénégal.

La polémique née autour de l’émission « RFM Matin » prend désormais une dimension qui dépasse le différend opposant les membres de la famille de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum.

Après avoir déclaré être la cible d’insultes et de menaces de mort à la suite de son entretien avec Serigne Abou Sy, le journaliste Babacar Fall reçoit le soutien de plusieurs acteurs du monde des médias. Parmi eux, Madiambal Diagne, directeur du Groupe France-Sénégal Horizons, a choisi de prendre publiquement position.

Sur le réseau social X, il a exprimé sa « solidarité » à son confrère, qu’il présente comme « une valeur sûre des médias au Sénégal ».

Son argument est sans ambiguïté : le journaliste n’aurait fait qu’exercer son métier en donnant la parole à une personne directement concernée par la controverse.

Le débat sur le contradictoire prend une nouvelle dimension

Au cœur de cette affaire se trouve une question essentielle : un journaliste doit-il être tenu responsable des propos tenus par son invité ?

La réponse ne peut être automatique.

Le rôle d’un journaliste consiste notamment à interroger, confronter les versions, donner la parole aux protagonistes et permettre au public de comprendre une controverse. Cela implique nécessairement de recevoir des personnalités susceptibles de tenir des propos contestés, voire polémiques.

Cela ne signifie évidemment pas que toute déclaration diffusée à l’antenne échappe aux règles professionnelles. Le journaliste reste soumis aux exigences de vérification, d’équilibre, de responsabilité et de respect des personnes.

Mais une éventuelle faute journalistique se traite par les mécanismes prévus par le droit et la déontologie, et non par les insultes ou les menaces.

C’est précisément sur cette ligne de fracture que l’affaire Babacar Fall devient préoccupante.

Une polémique familiale devenue affaire médiatique

L’entretien avec Serigne Abou Sy intervenait dans un contexte particulièrement sensible.

La sortie de Serigne Moustapha Sy lors du Gamou avait déjà ravivé les tensions anciennes autour de ses relations avec certains membres de sa famille. Les déclarations de Serigne Abou Sy à la RFM ont ensuite ajouté une nouvelle dimension au conflit, avec l’annonce d’une plainte et des accusations portant notamment sur le financement du Gamou.

Ces déclarations ont suscité une réaction de la Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty, qui a contesté plusieurs affirmations et annoncé elle-même des poursuites pour diffamation.

Autrement dit, la controverse dispose désormais de plusieurs terrains : familial, religieux, médiatique et judiciaire.

Le risque est alors de voir le journaliste devenir la cible de toutes les frustrations provoquées par les propos de ses invités.

La menace de mort comme ligne rouge

C’est ici que le soutien apporté par Madiambal Diagne prend toute son importance.

On peut contester une émission. On peut estimer qu’un journaliste a manqué de prudence. On peut demander un droit de réponse, saisir le CORED, engager une procédure judiciaire ou utiliser les mécanismes prévus par le Code de la presse.

Mais la menace physique constitue une rupture fondamentale avec le débat démocratique.

La liberté de la presse ne protège pas uniquement les journalistes lorsque leurs propos plaisent. Elle doit précisément être garantie lorsqu’ils abordent des sujets sensibles et suscitent des réactions hostiles.

Dans cette affaire, la question centrale n’est donc plus seulement de savoir si l’émission était équilibrée ou si certaines précautions auraient pu être prises.

Il faut aussi poser une question beaucoup plus grave :

Quel espace reste-t-il au journalisme lorsque donner la parole à un protagoniste d’une controverse expose le journaliste à des menaces de mort ?

Madiambal Diagne pose indirectement la question de la responsabilité collective

En affirmant que Babacar Fall « n’a fait que tendre son micro à un acteur légitime pour se prononcer sur des questions le concernant », Madiambal Diagne défend une conception classique du métier : le journaliste n’est pas l’acteur du conflit, il est celui qui donne à voir le conflit au public.

Cette distinction est fondamentale.

Un média n’a pas vocation à devenir le bras armé d’une famille, d’une confrérie, d’un parti politique ou d’un groupe de pression.

Il doit permettre au citoyen de connaître les différentes versions, de les confronter et de se forger sa propre opinion.

C’est précisément pour cette raison que le principe du contradictoire est si important.

Et si une partie estime qu’elle n’a pas été suffisamment entendue, la réponse doit être une demande de rééquilibrage, un droit de réponse ou un recours légal — pas une campagne d’intimidation.

Quand la religion rencontre la liberté de la presse

L’affaire est d’autant plus délicate que le conflit s’inscrit dans un environnement religieux et confrérique particulièrement sensible au Sénégal.

Les confréries jouent un rôle majeur dans la société sénégalaise. Elles constituent des espaces d’autorité spirituelle, de solidarité et de médiation sociale.

Mais cette influence impose également une responsabilité particulière à tous les acteurs.

Les journalistes doivent traiter les questions religieuses avec respect, rigueur et prudence.

Les responsables religieux et leurs entourages doivent, de leur côté, accepter que leurs déclarations publiques puissent faire l’objet de questions, de commentaires et de critiques.

Et les fidèles doivent comprendre qu’un désaccord avec un média ne constitue pas une autorisation à menacer ceux qui y travaillent.

La liberté de la presse ne peut pas être négociable

Le Sénégal s’est longtemps présenté comme une démocratie où le débat public, parfois vif, pouvait s’exprimer dans les médias.

Cette tradition est aujourd’hui confrontée à une nouvelle réalité : les réseaux sociaux permettent à une polémique de se transformer en quelques heures en campagne de pression, avec insultes, harcèlement et menaces.

L’affaire Babacar Fall doit donc être regardée avec beaucoup plus de recul.

Il ne s’agit pas de demander aux journalistes de bénéficier d’une immunité professionnelle.

Il s’agit de rappeler que les journalistes doivent répondre de leurs actes devant les institutions compétentes, et non devant la vindicte populaire.

La nuance est fondamentale.

Si une émission viole les règles professionnelles, qu’elle soit sanctionnée selon les procédures prévues.

Si une personne estime avoir été diffamée, qu’elle saisisse la justice.

Si une partie estime que son point de vue n’a pas été suffisamment entendu, qu’elle exerce son droit de réponse.

Mais lorsque des menaces de mort apparaissent, la priorité devient la protection du journaliste et la défense de l’espace démocratique.

Une affaire qui dépasse Babacar Fall

Au fond, l’affaire Babacar Fall pose une question qui dépasse largement la RFM.

Elle concerne tous les journalistes sénégalais qui travaillent sur des sujets politiques, religieux, familiaux ou sociaux sensibles.

Peut-on encore poser des questions difficiles sans devenir soi-même la cible du conflit ?

La réponse appartient autant aux médias qu’aux autorités, aux responsables religieux, aux acteurs politiques et aux citoyens.

La liberté de la presse n’est pas le droit pour un journaliste de dire n’importe quoi.

Mais elle est certainement le droit de faire son travail sans craindre pour sa sécurité physique.

Et sur ce point précis, le soutien de confrères comme Madiambal Diagne constitue moins un simple geste de solidarité qu’un rappel : dans une démocratie, on combat une idée par une autre idée, une accusation par une preuve et une erreur par un recours — jamais par la menace.

Par Sunuker News Desk

James Dillinger

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