« L’imposture, c’est de renier son propre parcours pour plaire au nouveau pouvoir. » Cette charge attribuée à Maïmouna Sène résume l’une des nombreuses réactions suscitées par les récentes prises de position de Mary Teuw Niane. Depuis plusieurs semaines, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur multiplie les sorties critiques visant, de manière plus ou moins explicite, Ousmane Sonko et son entourage politique.
Le phénomène est d’autant plus commenté que Mary Teuw Niane n’est pas un observateur extérieur au pouvoir. Ancien recteur de l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis, ancien ministre sous Macky Sall et aujourd’hui directeur de cabinet du président Bassirou Diomaye Faye, il occupe une position qui donne nécessairement une résonance particulière à ses déclarations.
Ses publications dominicales sur les réseaux sociaux sont devenues un rendez-vous politique scruté. Dans son texte consacré à « L’imposteur », publié en août, il évoquait notamment le temps comme juge de l’imposture et dénonçait ce qu’il présentait comme une dérive autour d’un homme transformé, selon ses termes, en objet de vénération. Même sans citer directement Ousmane Sonko, les allusions ont rapidement été interprétées comme visant le leader de Pastef.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Au sein de Pastef, Abass Fall a notamment ressorti une publication datant du 3 octobre 2022 dans laquelle Bassirou Diomaye Faye, alors responsable des cadres du parti, s’en prenait durement à Mary Teuw Niane. L’actuel chef de l’État lui reprochait à l’époque une « mauvaise foi maladive » lorsqu’il s’exprimait sur Pastef et Ousmane Sonko.
Ce rappel historique donne une dimension supplémentaire à la polémique actuelle. Car Mary Teuw Niane et les responsables de l’actuel pouvoir ne sont pas étrangers les uns aux autres. Avant l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au palais présidentiel, les rapports entre certains de ses proches et l’universitaire étaient déjà marqués par des controverses publiques.
Ironie de l’histoire : Mary Teuw Niane avait lui-même fini par reconnaître, en 2022, qu’une de ses publications concernant des camions de ramassage d’ordures de la mairie de Ziguinchor était erronée, après avoir échangé avec des responsables de Pastef. Il avait alors retiré sa critique et encouragé Ousmane Sonko dans sa politique municipale.
Aujourd’hui, le ton est radicalement différent.
La controverse dépasse désormais la seule personne de Mary Teuw Niane. Elle touche à une question beaucoup plus sensible : qui incarne réellement l’autorité politique au sommet de l’État sénégalais ?
Bassirou Diomaye Faye est le président de la République et dispose, à ce titre, de la légitimité institutionnelle conférée par l’élection présidentielle. Ousmane Sonko, Premier ministre et figure centrale de Pastef, conserve parallèlement une influence politique et militante considérable. Cette double réalité nourrit depuis plusieurs mois les interrogations sur l’équilibre entre l’autorité présidentielle et le poids politique du chef du gouvernement.
Les analyses consacrées aux sorties de Mary Teuw Niane y voient précisément une volonté de rappeler la centralité de la fonction présidentielle. Selon le journaliste et analyste politique Sidy Diop, ses interventions participent à un affrontement plus large sur l’orientation du régime et sur la place respective de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko dans la conduite du pouvoir.
Le spécialiste de la communication politique Assane Niang considère, lui aussi, que cette offensive peut être comprise comme une manière de donner une formulation intellectuelle à la défense de l’autorité présidentielle. Dans cette lecture, Mary Teuw Niane ne serait donc pas seulement dans une confrontation personnelle avec Sonko : ses prises de position participeraient à une bataille politique sur la hiérarchie des légitimités au sein du pouvoir.
Mais cette stratégie comporte un paradoxe.
À force de s’en prendre à Ousmane Sonko, ses adversaires contribuent aussi à le maintenir au cœur de l’actualité politique. C’est précisément l’une des limites relevées par les analystes : la multiplication des attaques contre le leader de Pastef peut renforcer chez ses partisans le sentiment d’un affrontement avec le pouvoir et lui permettre de se présenter comme la cible d’une offensive politique.
La polémique s’est d’ailleurs poursuivie ces derniers jours. Après une nouvelle sortie de Mary Teuw Niane dans laquelle il qualifiait Ousmane Sonko de « gourou » et certains militants de Pastef de « secte », plusieurs voix se sont élevées pour lui répondre. L’avocat Me Patrick Kabou lui a notamment reproché de consacrer son énergie aux querelles politiques alors que les Sénégalais attendent du pouvoir des réponses aux urgences nationales.
Mary Teuw Niane avait également, quelques jours auparavant, dénoncé ce qu’il décrit comme une montée de la « terreur intellectuelle » et un « totalitarisme rampant », en mettant en garde contre les insultes, menaces et intimidations visant les voix divergentes.
Cette succession de prises de parole pose donc une question de fond : jusqu’où un haut responsable de la présidence peut-il s’engager personnellement dans la bataille politique sans que ses propos soient perçus comme ceux du pouvoir lui-même ?
Le statut de directeur de cabinet du chef de l’État rend l’exercice particulièrement délicat. Même lorsqu’il affirme exprimer
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