A man disembarks from the Open Arms rescue ship on the Sicilian island of Lampedusa, southern Italy, Tuesday, Aug. 20, 2019. An Italian prosecutor ordered the seizure of a rescue ship and the immediate evacuation of more than 80 migrants still aboard, capping a drama Tuesday that saw 15 people jump overboard in a desperate bid to escape deteriorating conditions on the vessel and Spain dispatch a naval ship to try to resolve the crisis. (AP Photo/Salvatore Cavalli)
Dans la soirée de mardi, le procureur d’Agrigente, en Sicile, a ordonné le débarquement des migrants et demandé que le navire humanitaire espagnol soit saisi après avoir été bloqué dix-neuf jours en mer.
Voilà dix-neuf jours que le navire humanitaire Open-Arms était bloqué en mer Méditerranée, avec une centaine de migrants à son bord. L’Italie, par la voix de son ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, lui refusait en effet l’accès à l’un de ses ports pour débarquer ses passagers secourus en mer. Mais dans la soirée du mardi 20 août, le navire a accosté au port de l’île italienne de Lampedusa après que la justice l’eut ordonné un peu plus tôt, et les migrants à son bord ont pu enfin débarquer.
Après une inspection de la police judiciaire et de deux médecins, le procureur d’Agrigente, Luigi Patronaggio, a décidé que la situation difficile à bord obligeait à débarquer les rescapés dans les prochaines heures sur la petite île sicilienne. M. Patronaggio a également décidé de mettre préventivement sous séquestre le navire espagnol, dans le cadre d’une enquête ouverte contre X pour « séquestration de personnes, omission et refus d’actes officiels ». M. Salvini a affirmé, sur Facebook, que cette enquête le vise directement.
« Si quelqu’un pense me faire peur avec la énième plainte et demande de procès, il se trompe. Ce serait une blague d’être parvenu à convaincre l’Espagne d’envoyer un navire (pour récupérer les migrants) et maintenant d’œuvrer à les faire débarquer en Italie et faire juger le ministre de l’intérieur qui continue de défendre les frontières du pays », a-t-il ainsi écrit. Lire aussi Imbroglio européen autour du sort des 107 migrants à bord de l’« Open-Arms »
Plus tôt dans la journée, Madrid avait annoncé l’envoi d’un navire militaire à Lampedusa pour récupérer les migrants à bord du navire. Le bateau qui devait partir en fin d’après-midi « naviguera pendant trois jours jusqu’à Lampedusa où il prendra en charge les personnes recueillies par l’Open-Arms » afin de les conduire jusqu’au port de Palma de Majorque, aux Baléares, avait fait savoir le gouvernement espagnol dans un communiqué. Joint par l’Agence France-Presse, le gouvernement espagnol n’était pas en mesure de dire s’il rebrousserait chemin après l’annonce de la justice italienne.
« La situation est hors de contrôle », avait tweeté mardi l’ONG. Une quinzaine de migrants – dont certains sans gilets de sauvetage – se sont en effet jetés par-dessus bord pour tenter de rallier l’île italienne de Lampedusa à la nage. Selon une porte-parole de l’association, ils ont été « secourus » par les gardes-côtes italiens et « évacués vers Lampedusa ». Le bateau comptait 147 migrants à bord à son arrivée près de Lampedusa et un peu plus de 80 après l’évacuation vers Lampedusa des migrants ayant sauté à l’eau mardi et de plusieurs dizaines de mineurs ou de malades ces derniers jours.
L’ONG espagnole avait signalé dès lundi qu’un autre passager s’était jeté par-dessus bord, vidéo à l’appui. On y voit un bateau des gardes-côtes italiens lui barrer la route. « Jour 19 : une nuit de panique et un homme à la mer. La nuit a commencé par une évacuation médicale urgente et, ce matin, un homme a sauté à l’eau pour essayer d’atteindre la terre ferme (…). La situation est désespérée », avait tweeté Open Arms. L’homme en question, de nationalité syrienne, a finalement été recueilli par les autorités italiennes, a ensuite rapporté une porte-parole de l’ONG.
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Madrid avait proposé dimanche à l’équipage de gagner le port espagnol le plus proche pour y débarquer, mais l’ONG a jugé que le voyage mettrait « en danger l’intégrité et la sécurité des passagers secourus et de l’équipage ». Lundi, le gouvernement espagnol a en outre accusé les autorités italiennes de violer le droit de la mer en interdisant l’accostage du navire, malgré l’accord de répartition de ses passagers que Rome a conclu la semaine dernière avec les six pays européens précités. Mardi, la ministre de la défense espagnole, Margarita Robles, avait assuré que Madrid allait faire une nouvelle proposition « dans les heures qui viennent » pour résoudre cette « urgence humanitaire », sans donner plus de précisions.
Dans un entretien publié mardi par El Pais, le fondateur de Proactiva Open Arms, Oscar Camps, a demandé que les migrants puissent débarquer à Lampedusa avant d’être transférés par avion en Espagne. Le ministre des transports italien, Danilo Toninelli (Mouvement 5 étoiles), s’est montré pour sa part disposé à ce que les gardes-côtes italiens conduisent les migrants jusqu’en Espagne. Mais à condition que Madrid retire son pavillon à l’Open-Arms.
lemonde.fr
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