Entre le Parti démocratique sénégalais et l’Alliance pour la république, c’est du « je t’aime, moi non plus ». On se rappelle que juste après la création du parti marron-beige en 2008, en direction des locales de 2009, Me Abdoulaye Wade, depuis Thiès, avait appelé l’ex-président de l’Assemblée nationale et Alioune Badara Cissé à retourner au bercail. Un appel qui tomba dans l’oreille d’un sourd, puisque l’Apr participera à ces locales ou sous la bannière de Dekkal Ngor ou sous celle de Benno Siggil Senegaal. Le nouveau parti allait même signer, quoiqu’avec des réserves, la Charte des Assises nationales, qui fut une initiative de l’opposition classique au président Wade, composée essentiellement de l’Alliance des forces du progrès et du Parti socialiste.
Macky Sall au pouvoir, le Pds vit une saison en enfer, avec les poursuites visant la plupart de ses dirigeants, et la vague de transhumance qui s’ensuivit par ricochet. Le candidat du parti libéral à la présidentielle de 2019, en l’occurrence Karim Wade, sera écarté de la course.
Les relations polaires que le chef de l’Etat entrainait avec son prédécesseur semblèrent dégelées avec les retrouvailles de Massalikoul Jinaan, sous les auspices du khalife général des Mourides. Hélas par une de ses pirouettes spectaculaires dont seule la politique a le secret, les compteurs sont remis à zéro, dès lors que le Parti démocratique sénégalais (Pds) rechigne à participer au dialogue, sous le format que veut lui imprimer Macky Sall. A moins qu’une médiation de la dernière chance ne vienne sauver ce dialogue, l’on risque de demeurer, en direction de la présidentielle de 2024, dans la grisaille.
L’on a l’impression qu’en invitant Me Abdoulaye Wade à des concertations au lendemain de sa réélection, le leader de l’Alliance pour la république (Apr) avait trois visées : conforter sa victoire contestée de février dernier, amortir, par avance, le choc que préfigurait la « tension de trésorerie », qui allait forcément induire une hausse des prix et séparer le Pds du reste de l’opposition.
Il est vrai que dans ce jeu de dupes le Pds ne recherche que la réhabilitation de Karim Wade, qui a fini d’avoir la haute main sur l’appareil du parti après avoir provoqué l’exclusion des autres caciques, principalement l’ex-numéro 2 Oumar Sarr. La crainte d’une velléité de revanche peut également amener le pouvoir à ne pas donner cette chance à Wade-fils.
Le président de la République est invité toutefois à surveiller ses arrières. Tel l’Hydre de Lerne, le Parti démocratique sénégalais, qui a survécu à l’opération de démantèlement lancé par Jean Collin et à des séries de défections depuis sa création, a plusieurs têtes et autant de vies. Wade est ce Rocher Quimper qu’il finit toujours par avoir ses adversaires à l’usure. Cela, Abdou Diouf l’apprit à ses dépens, quand l’éclatement du Parti socialiste après le « Congrès sans débat » favorisera la première l’alternance démocratique. Le rapprochement qu’il concocte avec Nio Lank participe de cette stratégie consistant à faire le vide autour du locataire du palais. Il ne ménagera aucun effort pour pousser Macky Sall à lâcher du lest, avec la multiplication des fronts.
Oeuildumonde
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