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Grève générale au Sénégal : L’État déploie l’arme des réquisitions pour parer à la paralysie des services vitaux

Face à la contestation sociale portée par le Front syndical pour la défense du travail (Fsdt) à l’occasion de sa grève générale de 72 heures (prévue du 21 au 23 octobre 2026), les pouvoirs publics ont opté pour une riposte institutionnelle d’envergure. Entre arrêtés préfectoraux, menaces de sanctions disciplinaires et déploiement des forces de sécurité, l’Exécutif tente de maintenir un service minimum dans les secteurs clés de l’économie.

Une réquisition sous haute tension dans les transports et l’énergie

Dès le lancement du mouvement, qualifié d’« illégal » par les autorités, le gouverneur de la région de Dakar ainsi que les autorités administratives territoriales ont multiplié les décrets de réquisition.

  • Dans les transports : Les agents clés de la société publique Dakar Dem Dikk ont été sommés de reprendre le travail. Pour sécuriser les dépôts et contraindre la reprise des axes prioritaires, des éléments de l’armée et de la gendarmerie ont été mobilisés. Malgré ces dispositions coercitives, la circulation reste contrastée : si le Bus Rapid Transit (BRT) et les liaisons interurbaines fonctionnent au ralenti, une part significative de la flotte publique est demeurée immobilisée.

  • Dans le secteur électrique : À la Senelec, près de la moitié des effectifs techniques ont fait l’objet de mesures de réquisition pour prévenir d’éventuelles coupures massives de courant. Bien que le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (Sutelec) ait vivement dénoncé une décision « abusive et illégale », la centrale a préféré appeler ses membres à regagner leurs postes afin d’échapper au couperet des sanctions, tout en portant l’affaire devant les juridictions administratives.

Fonction publique : le spectre des sanctions face au droit de grève

Dans les secteurs sensibles de la santé et de la justice, la confrontation s’est durcie sur le plan réglementaire. Afin de briser le mot d’ordre dans les hôpitaux publics — à l’instar de l’hôpital Dalal Jamm — et d’éviter le gel total des audiences, le gouvernement brandit l’arsenal répressif de la Fonction publique.

Les agents récalcitrants s’exposent à des sanctions disciplinaires sévères pouvant mener à la révocation, couplées à des poursuites pénales pour refus d’obtempérer à une décision de l’autorité légitime. Une stratégie d’intimidation vigoureusement condamnée par les syndicats, qui y voient une atteinte caractérisée à l’exercice constitutionnel du droit de grève.

Un service public tournant au ralenti

Si cette politique de fermeté permet d’éviter l’asphyxie totale des institutions et le black-out énergétique, elle plonge les usagers dans un fonctionnement fortement dégradé. Entre des structures sanitaires tournant avec des effectifs réduits, des transports urbains perturbés et des renvois d’audiences à répétition dans les tribunaux, le service public peine à répondre aux attentes des citoyens.

Alors que ce bras de fer tendu entre l’État et le front syndical se prolonge, les observateurs craignent que cette gestion par la contrainte ne laisse des traces durables sur le climat social du pays au-delà de cette séquence de grève.

Par La Rédaction