Dakar – La polémique autour des « fonds spéciaux » attribués au Premier ministre sénégalais connaît un nouveau rebondissement. Une déclaration de l’ancien ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, qui présentait Ousmane Sonko comme le premier chef du gouvernement à avoir bénéficié de ce type de ressources, est aujourd’hui confrontée à un témoignage beaucoup plus ancien de l’ex-Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye.
Invité sur la SenTV le 10 août 2025, Aly Ngouille Ndiaye avait affirmé qu’Ousmane Sonko était « le premier Premier ministre » à avoir bénéficié de ces fonds. Selon lui, ni Abdoul Mbaye, ni Mahammed Boun Abdallah Dionne, ni Amadou Ba n’en auraient disposé lorsqu’ils étaient à la Primature. Il avait également évoqué le cas de Sidiki Kaba, dont le passage à la tête du gouvernement avait été particulièrement bref.
L’ancien ministre estimait ainsi que la question de la transparence devait être posée avec une exigence particulière à l’actuel Premier ministre, notamment au sujet du montant de 1,7 milliard de francs CFA évoqué dans le débat public.
Mais cette version est contredite par un témoignage particulièrement explicite de Souleymane Ndéné Ndiaye, ancien Premier ministre sous Abdoulaye Wade.
Lors de son passage dans l’émission Faram Facce, le 2 avril 2025, Souleymane Ndéné Ndiaye avait expliqué que l’existence de fonds politiques ne datait pas de son accession à la Primature. Il avait affirmé en avoir bénéficié dès l’époque où il occupait le poste de directeur de cabinet du président Abdoulaye Wade.
Selon son récit, ces fonds lui étaient versés régulièrement. Une fois nommé Premier ministre, il expliquait que le mécanisme avait changé de périodicité, avec des versements effectués tous les trois mois.
Ce témoignage est important dans le débat actuel puisqu’il établit, selon les déclarations de l’ancien Premier ministre lui-même, que des ressources qualifiées de « fonds politiques » existaient bien avant l’arrivée d’Ousmane Sonko à la Primature en 2024.
Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de déterminer si les mécanismes, les montants, les règles de gestion et la nature juridique de ces fonds étaient exactement identiques à ceux évoqués aujourd’hui.
L’enjeu du débat dépasse donc la seule personne d’Ousmane Sonko. Si les propos de Souleymane Ndéné Ndiaye sont exacts, ils montrent que l’utilisation de fonds politiques par les plus hautes autorités de l’État s’inscrit dans une pratique ancienne de la gouvernance sénégalaise.
La controverse porte désormais moins sur l’existence historique de ces ressources que sur leur cadre juridique, leur traçabilité, leur contrôle et leur utilisation.
C’est précisément sur cette question que le débat devient politique. Les nouvelles autorités avaient fait de la transparence dans la gestion des ressources publiques l’un des axes majeurs de leur discours de rupture. Le programme de PASTEF mettait déjà en avant la nécessité de limiter le poids de l’argent dans la politique et de lutter contre le clientélisme et la gabegie.
Le parti, fondé en 2014, revendique d’ailleurs depuis ses origines une volonté de transformer les pratiques de gouvernance et de renforcer la responsabilité dans la gestion publique.
Le débat actuel appelle donc à distinguer deux questions.
La première est historique : Ousmane Sonko est-il réellement le premier Premier ministre sénégalais à avoir bénéficié de fonds de cette nature ? Le témoignage public de Souleymane Ndéné Ndiaye apporte un élément qui fragilise fortement cette affirmation.
La seconde, beaucoup plus importante sur le plan institutionnel, concerne le fonctionnement de ces fonds : quelles sont leurs bases légales ? Qui peut en bénéficier ? Qui autorise les décaissements ? Quelles pièces justificatives sont exigées ? Et surtout, quel mécanisme de contrôle permet de garantir que ces ressources publiques sont utilisées conformément à leur destination ?
C’est sur ce terrain que la controverse pourrait prendre une dimension plus sérieuse. Car même si l’existence de fonds politiques est ancienne, leur ancienneté ne suffit pas à répondre aux exigences actuelles de transparence et de bonne gouvernance.
En définitive, le témoignage de Souleymane Ndéné Ndiaye ne clôt pas le débat, mais il remet en cause une partie de la chronologie avancée par Aly Ngouille Ndiaye. Il rappelle surtout que la question des fonds politiques ne commence pas avec l’arrivée d’Ousmane Sonko au gouvernement.
Le véritable enjeu est désormais de savoir comment ces fonds ont été gérés hier, comment ils le sont aujourd’hui et quelles règles doivent encadrer leur utilisation demain.
Sunuker News Desk
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