Dakar — La polémique autour des fonds spéciaux de l’État prend une nouvelle tournure. Lors d’une conférence de presse de Kiiraay – Les Patriotes Républicains, Aminata Touré a directement mis en cause Ousmane Sonko, affirmant que l’ancien Premier ministre aurait lui-même bénéficié à plusieurs reprises de fonds spéciaux accordés par le président de la République.
Selon la superviseure de Kiiraay, ces fonds auraient atteint 2 milliards de FCFA en 2025 et 1,7 milliard en 2026. Elle les qualifie de dépenses « non justifiables » et reproche à Ousmane Sonko de dénoncer aujourd’hui un mécanisme dont il aurait, selon elle, bénéficié lorsqu’il était à la Primature.
Aminata Touré s’est montrée particulièrement offensive dans ses déclarations. Elle affirme qu’Ousmane Sonko aurait reçu ces fonds à plusieurs reprises, alors même qu’il défend désormais l’idée d’un encadrement strict de leur utilisation et d’un contrôle parlementaire.
Pour l’ancienne Première ministre, cette position traduit une contradiction qu’elle entend mettre en évidence dans le débat actuel sur la gestion des ressources publiques.
Elle évoque notamment des dépenses qui auraient été présentées comme des éléments de justification, citant l’achat de véhicules d’occasion et des travaux de réfection d’un bâtiment. Elle estime que ces explications ne suffisent pas à lever les interrogations sur l’utilisation des sommes concernées.
Ces accusations constituent toutefois la version défendue par Aminata Touré et ne préjugent pas, à elles seules, de l’existence d’une irrégularité ou d’une responsabilité pénale.
La responsable de Kiiraay s’est également exprimée sur la question du contrôle des dépenses de l’exécutif. Elle estime que le Premier ministre Ahmadou Al Amine Lo est parfaitement fondé à saisir le Conseil constitutionnel sur les questions relatives au contrôle des fonds publics.
Elle conteste néanmoins l’interprétation qui pourrait être faite du rôle de l’Assemblée nationale dans ce domaine.
Selon elle, le contrôle parlementaire doit notamment s’inscrire dans le cycle budgétaire, avec un examen des dépenses à travers la loi de règlement de l’exercice concerné.
Aminata Touré considère ainsi que certaines initiatives pourraient porter atteinte au principe de séparation des pouvoirs. Elle dit désormais attendre la position du Conseil constitutionnel pour clarifier les prérogatives respectives de l’exécutif et du Parlement.
Cette nouvelle sortie intervient dans un climat politique déjà tendu autour de la gestion des fonds publics. Le débat ne porte plus seulement sur leur existence ou leur montant, mais également sur leur destination, les modalités de leur justification et le niveau de contrôle auquel ils doivent être soumis.
Les déclarations d’Aminata Touré devraient donc alimenter davantage la controverse, d’autant qu’elles mettent directement en cause l’actuel président de l’Assemblée nationale.
Reste désormais à savoir si les autorités concernées apporteront des éléments permettant de confirmer ou de réfuter les montants et les utilisations avancés par l’ancienne présidente du CESE.
Dans un contexte marqué par les exigences croissantes de reddition des comptes, la question centrale demeure celle de la traçabilité des fonds publics et de l’équilibre entre les impératifs de l’État et les mécanismes de contrôle démocratique.
Sunuker News Desk
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