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Du PS à Pastef, du PDS à Kiiraay : ces politiques sénégalais qui traversent les régimes sans jamais disparaître

Du PS à Pastef, du PDS à Kiiraay : ces politiques sénégalais qui traversent les régimes sans jamais disparaître

Au Sénégal, les alternances changent les majorités, mais rarement les visages. D’un régime à l’autre, certaines figures de la classe politique réussissent à conserver leur influence, en passant du Parti socialiste au PDS, de l’APR à Pastef ou désormais à Kiiraay. Une longévité qui relance le débat sur la fidélité aux convictions, les stratégies de carrière et la fameuse « transhumance » politique.

L’alternance politique sénégalaise donne parfois l’impression de changer les hommes au pouvoir sans véritablement renouveler les acteurs qui gravitent autour du pouvoir. Depuis plusieurs décennies, des personnalités ont traversé les différentes séquences politiques du pays, adaptant leur positionnement aux nouvelles configurations, parfois en changeant de parti, parfois en créant leur propre formation, et parfois en rejoignant la nouvelle majorité.

L’un des cas les plus emblématiques reste celui d’Aïda Mbodj. Son parcours l’a conduite du Parti socialiste au Parti démocratique sénégalais d’Abdoulaye Wade, avant la fusion de son mouvement And/Saxal Ligguey avec Pastef. Cette opération s’inscrit dans la dynamique de recomposition engagée par Pastef, qui a approuvé en 2026 une vaste opération de fusion-absorption avec plusieurs partis et mouvements.

Aïda Mbodj n’est donc pas une nouvelle venue dans les cercles du pouvoir. Son parcours illustre, à lui seul, les profondes mutations du paysage politique sénégalais depuis les années 1980. Hier proche du camp socialiste, elle s’est ensuite retrouvée dans la majorité libérale sous Abdoulaye Wade avant de se rapprocher de la nouvelle mouvance au pouvoir.

Son itinéraire nourrit naturellement le débat sur la constance idéologique des responsables politiques. Pour certains observateurs, ces changements traduisent surtout la capacité d’adaptation des acteurs à un environnement politique en perpétuelle recomposition. Pour d’autres, ils sont révélateurs d’une politique davantage construite autour des rapports de force, des ambitions individuelles et de l’accès aux responsabilités que de véritables clivages idéologiques.

Mimi Touré, du marxisme à Kiiraay

Le parcours d’Aminata Touré, aujourd’hui superviseure générale de Kiiraay, est lui aussi révélateur de cette longue histoire des repositionnements politiques. Elle n’est pourtant pas arrivée directement dans la mouvance présidentielle actuelle.

Son engagement politique remonte aux années 1980, lorsqu’elle fréquente la Ligue communiste des travailleurs. Elle passe ensuite par le Mouvement pour le socialisme et l’unité de Mamadou Dia et par l’Aj/PADS de Landing Savané. Elle poursuivra ensuite une carrière internationale avant de rejoindre l’Alliance pour la République de Macky Sall et de devenir une personnalité de premier plan du régime.

Après avoir été Première ministre sous Macky Sall, Mimi Touré s’est progressivement éloignée de l’ancien président avant de se rapprocher de la coalition qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. Elle est aujourd’hui l’une des principales figures de Kiiraay, le parti présidentiel créé par le chef de l’État.

Depuis le lancement de cette formation, elle joue un rôle central dans son implantation territoriale. En octobre 2026, lors de la première université d’hivernage de Kiiraay, elle a affiché l’ambition de conquérir une large majorité des communes du pays aux prochaines élections locales. Le parti revendique déjà plusieurs centaines d’élus ayant rejoint ses rangs.

Cette stratégie de recrutement d’élus issus notamment de l’APR, du PDS et d’autres formations remet au premier plan une vieille pratique de la politique sénégalaise : le ralliement au pouvoir en place.

Amadou Ba, de l’administration socialiste à l’APR et à l’opposition

Le parcours d’Amadou Ba constitue un autre exemple de longévité politique, même si son itinéraire doit être distingué de celui des militants professionnels de parti.

Avant de devenir l’un des hommes forts du régime de Macky Sall, l’ancien Premier ministre avait connu les années socialistes et entretenu des liens avec le Parti socialiste. Haut fonctionnaire des Impôts et Domaines, il a progressivement gravi les échelons de l’administration fiscale avant d’être nommé directeur général des Impôts et des Domaines.

Il entre ensuite au gouvernement de Macky Sall en 2013 comme ministre de l’Économie et des Finances. Il devient plus tard ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre en septembre 2022. En 2023, il est choisi comme candidat de Benno Bokk Yakaar à la présidentielle de 2024, mais termine deuxième derrière Bassirou Diomaye Faye.

Après sa défaite, Amadou Ba quitte l’APR et lance sa propre formation, Nouvelle Responsabilité. Il évolue désormais dans l’opposition.

Son parcours résume à lui seul plusieurs décennies de la vie politique sénégalaise : administration, pouvoir socialiste, proximité avec le régime libéral, ascension sous Macky Sall, candidature présidentielle et retour dans l’opposition.

Mary Teuw Niane, du communisme au palais présidentiel

Autre trajectoire particulièrement longue : celle de Mary Teuw Niane.

L’universitaire a commencé son parcours politique dans les milieux de gauche radicale, notamment autour du PAI et du PIT. Il s’est ensuite rapproché du PDS et du camp d’Abdoulaye Wade avant de devenir une personnalité importante du régime de Macky Sall.

Sous ce dernier, il a été ministre de l’Enseignement supérieur puis président du conseil d’administration de Petrosen. Après son départ de Petrosen en 2022, il s’est progressivement rapproché de l’opposition et a même tenté de porter sa propre candidature à la présidentielle de 2024.

La suite est spectaculaire : après l’invalidation de sa candidature, Mary Teuw Niane rejoint la dynamique autour de Bassirou Diomaye Faye et devient, après l’alternance, ministre et directeur de cabinet du président de la République. Il occupe toujours cette fonction depuis avril 2024.

Son parcours permet de mesurer l’ampleur des transformations politiques du Sénégal : militant de gauche à ses débuts, proche du PDS, ministre sous Macky Sall, candidat indépendant puis membre du dispositif présidentiel de Bassirou Diomaye Faye.

Une classe politique qui se renouvelle… sans vraiment disparaître

À ces figures peuvent être ajoutés plusieurs autres responsables ayant traversé différentes séquences politiques : Abdoulaye Saydou Sow, Abdoulaye Matar Diop, Serigne Mbacké Ndiaye, Mamadou Diop Decroix et bien d’autres.

Tous n’ont évidemment pas suivi le même itinéraire et leurs motivations ne peuvent être réduites à une simple recherche de privilèges. Certains revendiquent des convictions constantes malgré leurs changements d’alliance ; d’autres expliquent leurs repositionnements par l’évolution du contexte national ou par la nécessité de défendre un projet politique.

Mais le phénomène reste suffisamment récurrent pour alimenter une question majeure : le Sénégal change-t-il réellement de classe politique à chaque alternance ou assiste-t-il surtout à une redistribution des rôles entre des acteurs déjà connus ?

Depuis l’indépendance, le pays a connu plusieurs grandes familles politiques : le socialisme de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf, le libéralisme d’Abdoulaye Wade, le système de l’APR et de Benno Bokk Yakaar sous Macky Sall, puis la rupture revendiquée par Pastef et l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au pouvoir.

Pourtant, certains noms réapparaissent à chaque étape.

C’est là tout le paradoxe de la politique sénégalaise : les régimes changent, les partis se transforment, les slogans évoluent, mais une partie des acteurs reste étonnamment constante.

La question de fond n’est donc plus seulement celle de la « transhumance ». Elle porte désormais sur la capacité du Sénégal à faire émerger une nouvelle génération de responsables politiques dont la légitimité reposerait moins sur leur proximité avec le pouvoir du moment que sur des convictions, des programmes et un véritable ancrage citoyen.

Car si chaque alternance doit se traduire par un simple changement de camp de certaines élites, la rupture politique risque de rester davantage une affaire de personnes qu’une véritable transformation du système.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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