A LA UNE

DOSSIER CHRONIQUE — Affaire « Kocc Barma » : voyages à l’étranger, traces GPS, données numériques… les nouvelles pistes qui interrogent les enquêteurs

DOSSIER CHRONIQUE — Affaire « Kocc Barma » : voyages à l’étranger, traces GPS, données numériques… les nouvelles pistes qui interrogent les enquêteurs

L’enquête visant El Hadji Babacar Dioum, alias « Kocc Barma », prend une nouvelle dimension avec l’exploitation de ses déplacements internationaux et de données numériques saisies par les enquêteurs. Douze mouvements aux frontières, des coordonnées GPS relevées dans des fichiers images et l’analyse de matériels informatiques alimentent désormais les investigations. Mais que révèlent réellement ces éléments, et jusqu’où peuvent-ils conduire la justice ?

L’affaire « Kocc Barma » continue de livrer de nouveaux éléments. Selon des informations rapportées par le quotidien Libération et reprises par plusieurs médias sénégalais, les enquêteurs cherchent à reconstituer les déplacements d’El Hadji Babacar Dioum, à analyser les données extraites de ses équipements informatiques et à vérifier les éventuels liens entre les différents protagonistes du dossier.

Au cœur de cette nouvelle phase figure un volet consacré aux voyages du mis en cause. La police des frontières aurait recensé douze mouvements entre le 19 novembre 2020 et le 27 mai 2025. Ces déplacements concernent six pays : le Mali, l’Éthiopie, la Guinée, la Côte d’Ivoire, les Émirats arabes unis et la Turquie. Ces informations, rapportées par Libération, font partie des vérifications demandées dans le cadre de la procédure judiciaire.

La dimension internationale de ces déplacements attire l’attention des enquêteurs, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer l’existence d’un réseau criminel transfrontalier. Voyager dans plusieurs pays n’est pas une preuve d’infraction. L’enjeu consiste plutôt à déterminer si certains déplacements peuvent être mis en relation avec des faits précis, des communications, des opérations financières ou des personnes susceptibles d’avoir joué un rôle dans les activités examinées.

C’est précisément ce travail de recoupement qui pourrait donner à ces données leur véritable portée judiciaire.

Des coordonnées GPS au cœur des vérifications

Un autre volet de l’enquête concerne les métadonnées de fichiers images extraits du site babiporno.com. Selon les informations publiées, l’analyse de sept images aurait permis de relever des coordonnées GPS associées à trois localités : Conakry, Bamako et Dakar-Yoff.

Ces données peuvent constituer des indices utiles. Lorsqu’un appareil enregistre la géolocalisation d’une photographie, les métadonnées peuvent notamment fournir des indications sur le lieu associé à la prise de vue. Elles peuvent aider les enquêteurs à établir une chronologie, à confronter plusieurs versions des faits ou à orienter des recherches complémentaires.

Toutefois, une coordonnée GPS ne constitue pas automatiquement une preuve définitive de la présence d’une personne à un endroit donné. Il faut notamment vérifier l’origine du fichier, son intégrité, les conditions dans lesquelles il a été créé ou modifié et la fiabilité des informations qu’il contient. Une image peut être copiée, transférée ou publiée par une personne différente de celle qui l’a initialement produite.

La question centrale est donc moins de savoir si des coordonnées existent que de déterminer ce qu’elles permettent effectivement d’établir. Les résultats des expertises devront être confrontés aux autres éléments du dossier avant de tirer des conclusions.

Téléphone, ordinateur et serveurs : la piste numérique s’élargit

L’exploitation des équipements informatiques constitue l’un des axes majeurs de cette procédure. Le doyen des juges aurait demandé à la Division spéciale de cybersécurité (DSC) d’examiner les données présentes sur le téléphone d’El Hadji Babacar Dioum, ainsi que sur les ordinateurs et les supports informatiques saisis.

D’après les informations rapportées par la presse, les investigations ont également porté sur les serveurs de deux sites, babiporno.com et boydakar.com. Les expertises techniques auraient permis de récupérer près de 300 Go de données et de recenser 129 564 fichiers pornographiques sur les deux plateformes. Ce total comprendrait 71 218 fichiers pour le premier site et 58 346 pour le second.

Ces chiffres décrivent le volume de fichiers recensés par les experts. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer le nombre de victimes, les circonstances de création ou de diffusion de chaque contenu, ni le degré d’implication de chaque personne susceptible d’être concernée. Ces questions nécessitent des analyses distinctes et des vérifications judiciaires.

Selon les mêmes informations, l’examen d’un ordinateur aurait également révélé une copie de la carte nationale d’identité d’une victime présumée de chantage, ainsi qu’un fichier relatif à un courriel associé à El Hadji Assane Demba, connu sous le pseudonyme de « Leuk Daour ». Les enquêteurs chercheraient à déterminer la portée de ces éléments et les liens éventuels entre les deux hommes.

L’existence de ces fichiers peut orienter les investigations, notamment pour vérifier les échanges entre les personnes concernées et identifier d’éventuelles communications pertinentes. Mais leur présence sur un appareil doit être interprétée à la lumière de l’ensemble des preuves : elle ne suffit pas, isolément, à établir la responsabilité pénale de son propriétaire ou celle d’un tiers.

« Kocc Barma » et « Leuk Daour » : établir les responsabilités individuelles

L’affaire ne se limite pas à l’examen des déplacements et des contenus numériques. Les enquêteurs doivent aussi déterminer les rôles précis attribués à El Hadji Babacar Dioum et à son co-mis en cause, El Hadji Assane Demba.

Selon les informations publiées le 21 octobre 2026, le fichier associé à un courriel attribué à El Hadji Assane Demba pourrait établir un lien entre celui-ci et le pseudonyme « Leuk Daour ». Les mêmes éléments feraient apparaître des contacts entre les deux hommes, ce qui serait susceptible de contredire certaines déclarations concernant leurs relations.

Pour les magistrats instructeurs, l’enjeu est de distinguer les relations personnelles, les échanges ordinaires et les éventuelles contributions aux infractions poursuivies. La preuve d’un contact ne démontre pas nécessairement une participation à un délit. Il faut établir la nature des échanges, leur contexte et leur lien éventuel avec les faits visés par la procédure.

Cette distinction est essentielle dans les affaires de cybercriminalité, où plusieurs personnes peuvent intervenir à différents niveaux : administration d’une plateforme, hébergement de données, diffusion de contenus, collecte d’informations personnelles ou éventuelle demande d’argent à une victime. Chacune de ces responsabilités doit être établie individuellement, sur la base d’éléments vérifiables.

Une enquête judiciaire encore en cours

El Hadji Babacar Dioum a été arrêté à Dakar en juillet 2025 par la Division spéciale de cybersécurité, avec l’appui de la Brigade d’intervention polyvalente. El Hadji Assane Demba a, selon les informations rapportées, été interpellé quelques jours plus tard à l’Aéroport international Blaise Diagne, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Milan. Les deux hommes ont été placés sous mandat de dépôt dans le cadre d’une procédure portant notamment sur des faits présumés d’association de malfaiteurs, de collecte et de diffusion illicites de données personnelles, d’atteinte à l’intimité de la vie privée, de diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs et d’extorsion de fonds.

Les actes d’instruction rapportés prévoient également des vérifications relatives aux numéros de téléphone, aux abonnements et aux personnes susceptibles d’être impliquées. L’objectif est de réunir des éléments permettant de préciser les responsabilités éventuelles, plutôt que de s’appuyer sur un indice isolé ou sur des rapprochements encore incertains.

L’exploitation des données numériques peut prendre du temps : il faut extraire les informations, les authentifier, les classer, en déterminer la provenance et les comparer aux témoignages ainsi qu’aux autres pièces du dossier. Les résultats doivent ensuite être soumis au débat judiciaire, dans le respect des droits de la défense.

Au-delà des chiffres, la question des victimes

L’affaire soulève enfin une question fondamentale : celle de la protection des personnes dont les données ou les images intimes auraient été collectées ou diffusées sans leur consentement. Derrière les fichiers recensés et les expertises techniques, il peut y avoir des atteintes durables à la vie privée, des pressions psychologiques, des menaces et des demandes d’argent.

La réponse judiciaire ne peut donc pas se limiter à identifier les administrateurs d’une plateforme ou à compter les contenus retrouvés. Elle doit également permettre d’établir les faits subis par les victimes présumées, de protéger leur identité et de rechercher les responsabilités de chaque intervenant.

Les nouvelles pistes liées aux voyages, aux coordonnées GPS et aux échanges numériques pourraient contribuer à éclairer le dossier. Leur valeur dépendra cependant de la qualité des expertises, des recoupements effectués et des conclusions que les magistrats pourront légalement en tirer.

À ce stade, les éléments rapportés témoignent d’une enquête technique approfondie, mais ils ne doivent pas être confondus avec une déclaration définitive de culpabilité. La justice devra établir les faits, examiner les arguments des parties et déterminer les responsabilités individuelles à partir de preuves recevables.

Sunuker News Desk

James Dillinger

Recent Posts

Revue de presse Ahmed Aïdara du Jeudi 22 Octobre 2026

https://youtu.be/R1FI9AO9zTg?si=680s0FvtWlUE3Iz7

7 minutes ago

REVUE DE PRESSE RFM AVEC MAMADOU MOUHAMED NDIAYE – 22 OCTOBRE 2026

https://youtu.be/5UZbk3HtnIY?si=FxLnMOeQGMms8bDk

9 minutes ago

Quand deux personnes s’aiment mais ne veulent pas la même vie : faut-il se séparer ?

Ils s’aiment, mais veulent des vies différentes : faut-il choisir l’amour ou prendre des chemins…

9 heures ago

Peut-on reconstruire son couple après des années de disputes et de blessures ?

Couple en crise : peut-on vraiment reconstruire son amour après des années de disputes et…

9 heures ago