Face à la montée des tensions et des discours jugés xénophobes, l’activiste et membre fondateur du mouvement Y’en a marre, Fadel Barro, dénonce dans une sortie le repli nationaliste comme une perpétuation de la balkanisation coloniale et appelle les jeunes du continent à renouer avec le projet panafricain de Cheikh Anta Diop.
Pour Fadel Barro, toute forme de nationalisme en Afrique qui rejette l’« unité culturelle de l’Afrique noire », conceptualisée par le chercheur et penseur Cheikh Anta Diop, ne relève que de la xénophobie, de l’autodétestation et de la prolongation directe du fait colonial.
Rappelant l’histoire politique du continent, l’activiste souligne qu’avant 1955, les peuples ouest-africains appartenaient à une seule et même communauté. Selon lui, la trajectoire vers une indépendance unie a été brisée par la politique de balkanisation, concrétisée notamment par la loi-cadre portée par le député français Gaston Defferre à l’Assemblée nationale française en 1956.
Fadel Barro ne ménage pas non plus la responsabilité des pères des indépendances : Guinée, Mali, Mauritanie, Sénégal formaient autrefois un ensemble cohérent, mais les dirigeants de l’époque « n’ont pas été à la hauteur », préférant s’entre-déchirer et morceler le territoire pour préserver leurs parcelles de pouvoir individuelles.
Abordant le contexte politique actuel, la figure de proue de Y’en a marre pointe du doigt la responsabilité des acteurs politiques contemporains. Il accuse certains politiciens, méconnaissant l’histoire commune, de diviser délibérément les peuples, opposant Sénégalais et Guinéens, Maliens et Mauritaniens ou encore Burkinabé et Ivoiriens.
D’après lui, cette instrumentalisation du rejet de l’autre est un aveu d’échec. Incapables de proposer un projet de société à même de sortir les populations de l’impasse sociopolitique, ces responsables politiques choisissent, selon lui, la voie la plus facile pour capter l’attention : la haine, la violence verbale ciblée contre les plus faibles et la surenchère électoraliste.
Pourtant, soutient Barro, ce qui rassemble les peuples africains est infiniment plus puissant que leurs différences apparentes, comme l’ont démontré les travaux de Cheikh Anta Diop et de son épouse Louise Marie Diop.
Toutefois, l’enjeu ne se limite pas à la célébration du passé ou au constat d’un présent chaotique qui englue les populations dans de simples stratégies de survie. Pour Fadel Barro, le véritable défi réside dans la capacité à bâtir le devenir de l’Afrique avec les outils contemporains, en brisant les verrous administratifs et territoriaux hérités du découpage colonial.
En conclusion de son plaidoyer, l’activiste lance un message à la jeunesse africaine. Il l’exhorte à s’éveiller et à refuser de servir d’instrument pour entretenir la division, qu’il qualifie de cause principale du maintien des communautés dans la pauvreté et la dépendance.
Invoquant l’héritage d’incontournables figures de la pensée et de la spiritualité telles que Cheikh Anta Diop et Baye Niasse, Fadel Barro invite les jeunes à écouter leurs propres aspirations plutôt que les discours de colère et de ressentiment. Les enjoignant à ne pas être les « mules qui colportent les haines d’hier », il appelle la jeunesse à briser le carcan des frontières étriquées pour embrasser de plus larges horizons.








































Laisser une réponse
View Comments