La colère monte chez plusieurs responsables issus de la Coalition Diomaye Président. Après les dernières nominations intervenues au sommet de l’État, des leaders qui affirment avoir accompagné Bassirou Diomaye Faye dès les premières heures de son ascension politique disent ne plus comprendre la place qui leur est accordée.
Le malaise, longtemps contenu, semble désormais s’exprimer au grand jour. Plusieurs de ces responsables, aujourd’hui proches de Kiiraay, les Patriotes républicains, dénoncent un manque de considération, mais surtout l’absence de dialogue avec le chef de l’État.
Depuis vendredi, les échanges au sein de leur panel prennent des allures de fronde. Certains parlent ouvertement de « déconsidération » et regrettent que le président Bassirou Diomaye Faye ne les ait, selon eux, jamais reçus depuis qu’ils ont choisi de le soutenir politiquement.
Pour ces anciens alliés, le problème ne se résume donc pas aux nominations. Il serait plus profond et remonterait à plusieurs mois. Ils évoquent notamment un déficit de communication, un manque d’informations sur les grandes orientations politiques et le sentiment d’être progressivement relégués au second plan au profit de personnalités ayant rejoint la majorité plus récemment.
La frustration serait particulièrement forte depuis la rupture politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Les responsables restés dans le camp du président et engagés aux côtés d’Aminata Touré affirment n’avoir bénéficié d’aucune véritable audience avec le chef de l’État.
Selon plusieurs témoignages rapportés dans leur entourage, aucune rencontre officielle ou informelle n’aurait été organisée avec les principaux responsables de la Coalition Diomaye Président. Certains regrettent même de n’avoir jamais été reçus collectivement, ne serait-ce que par l’intermédiaire d’une délégation.
Le ressentiment aurait encore grandi avec l’annonce de la création d’une nouvelle formation politique présidentielle. Certains anciens responsables de la coalition affirment avoir appris le projet par voie de presse plutôt que directement auprès du président.
« Pour la Coalition Diomaye Président de l’époque, rien. Ni information, ni consultation, rien. La courtoisie voudrait qu’il nous en parle d’abord, qu’il en discute avec nous avant de le dire aux maires. C’est dans la presse que nous avons appris la création du parti », déplore l’un des responsables.
Un autre leader estime que même la rencontre annoncée le 8 août aurait été découverte dans les médias. Malgré cela, affirme-t-il, les membres de la coalition se seraient mobilisés pour répondre présents.
« Même la rencontre du 8 août, nous l’avons apprise par voie de presse. Malgré cela, nous nous sommes mobilisés pour y aller. Il n’a même pas eu un mot pour nous », regrette-t-il.
Dans leur camp, l’impression dominante serait désormais celle d’une mise à distance. Certains responsables disent découvrir quotidiennement, à travers les journaux et les réseaux sociaux, les audiences accordées par le président à différentes personnalités.
Une situation qui nourrit d’autant plus leur amertume qu’ils estiment avoir été parmi les premiers à soutenir le projet politique porté par Bassirou Diomaye Faye.
Mais c’est surtout le Conseil des ministres exceptionnel du jeudi 10 septembre qui aurait fait basculer le mécontentement dans une nouvelle dimension.
Les nominations annoncées à cette occasion auraient profondément irrité plusieurs responsables de la Coalition Diomaye Président. Dans leur groupe WhatsApp, les réactions auraient été particulièrement vives. Même certains des membres jusque-là les plus modérés auraient exprimé leur exaspération.
L’un des participants, identifié par les initiales B.D., a ainsi lancé un avertissement particulièrement ferme : « Si l’énorme frustration de la majorité de ceux qui ont cru au chef de l’État dès les premières heures de la division et d’autres bien avant la présidentielle n’est pas entendue, si les bruits qui résonnent jusque dans les salons ne sont pas entendus, si le recul de beaucoup de ceux qui étaient engagés n’interpelle pas, notre réveil risque d’être brutal lorsque le vase sera plein. »
Un message auquel P.D. a fait écho : « Il faut entendre le silence, la frustration et le recul de nombreux camarades. »
Pour d’autres responsables, le malaise ne saurait être considéré comme une simple réaction à une absence de postes. Ils réclament avant tout de la reconnaissance et de la considération pour ceux qui, selon eux, ont accompagné le président avant même son accession au pouvoir.
I.C. résume ainsi cet état d’esprit : « Le silence n’est pas signe de faiblesse. Les appels, les interrogations des uns et des autres sont nombreux. La patrie d’abord, mais il y a un minimum de considérations que les gens demandent. J’espère que Son Excellence sera bien informée, car les gens qui étaient là hier et qui sont toujours là méritent respect et considération. »
Même le recours au wolof traduit la profondeur du ressentiment chez certains militants. L’un d’eux écrit : « Golo di bey, baabun di dunde mo wara jeex ci rewmi », avant d’ajouter : « Nous qui étions là dès les premières heures, nous devrions être solidaires et ne pas accepter d’être réduits à néant. »
Derrière ces prises de position se dessine ainsi une véritable crise de confiance entre une partie des anciens soutiens de Bassirou Diomaye Faye et son entourage politique actuel. Plusieurs responsables semblent désormais considérer que leur fidélité n’a pas été suffisamment reconnue et que les nouveaux rapports de force privilégient ceux qui ont rejoint le camp présidentiel après l’arrivée au pouvoir.
Pour l’heure, cette colère reste essentiellement exprimée dans les échanges internes et les prises de parole individuelles. Mais l’accumulation des frustrations pourrait finir par produire des conséquences politiques plus visibles si aucune réponse n’est apportée aux revendications de ces anciens alliés.
À l’heure où le pouvoir cherche à consolider sa majorité et à structurer une nouvelle force politique autour du président, la gestion de ces frustrations apparaît donc comme un enjeu majeur. Car en politique, les déçus d’aujourd’hui peuvent rapidement devenir les adversaires de demain.
Sunuker News Desk
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