Le tandem qui avait porté l’Alternance de 2024 n’est plus. Entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le désaccord, longtemps contenu, a fini par provoquer une rupture institutionnelle avec le limogeage de Sonko de la Primature le 22 mai 2026.
Mais faut-il pour autant parler de crise politique majeure ? Ou assiste-t-on plutôt à la transformation inévitable d’un duo de combat en deux pôles de pouvoir aux visions désormais différentes ?
Pendant plus d’une décennie, les deux hommes ont incarné une même trajectoire politique. Sonko était le leader populaire, Diomaye le compagnon de confiance devenu, en 2024, le candidat capable de porter le projet à la magistrature suprême.
Une fois au pouvoir, cependant, la répartition des rôles est devenue problématique : Sonko conservait une forte emprise politique sur le Pastef tandis que Diomaye détenait l’autorité constitutionnelle de président de la République.
Les premiers signes de tension étaient apparus dès 2025. Le président avait notamment dénoncé la « personnalisation » du parti autour de son leader et rappelé publiquement que le président reste celui qui nomme et révoque le Premier ministre.
Le fond du problème semble dépasser la simple rivalité personnelle.
Sur la gouvernance, Bassirou Diomaye Faye a progressivement défendu une approche davantage institutionnelle et pragmatique, tandis que Sonko s’est présenté comme le gardien de l’orthodoxie du projet politique porté par Pastef.
Cette différence s’est notamment manifestée dans la gestion des rapports avec l’ancien régime, la justice, la diplomatie et la conduite de la politique économique. Le président a privilégié une approche plus conciliante sur certains dossiers, alors que Sonko défendait une ligne plus offensive.
Après la rupture, Sonko a lui-même rejeté l’idée d’une simple rivalité politique. Selon ses déclarations récentes, ses désaccords avec Diomaye portent principalement sur la transparence, la bonne gouvernance et la souveraineté des ressources nationales.
Cette dimension est essentielle : derrière le conflit des personnes se trouve désormais une confrontation sur la manière de gérer l’État et les ressources publiques.
La controverse autour des fonds spéciaux a d’ailleurs constitué l’un des épisodes les plus sensibles de la rupture, avant que le Conseil constitutionnel ne soit saisi du dossier des crédits spéciaux.
La situation est devenue plus sérieuse depuis que Sonko a quitté la Primature pour prendre la présidence de l’Assemblée nationale, avec une majorité parlementaire dominée par Pastef.
Le président dispose donc de l’Exécutif, tandis que son ancien Premier ministre contrôle désormais un Parlement politiquement puissant.
C’est là que le simple désaccord stratégique peut se transformer en crise institutionnelle : deux centres de pouvoir issus de la même famille politique peuvent-ils coexister durablement avec des orientations différentes ?
Les élections territoriales de 2027 constituent déjà un premier test. Elles permettront de mesurer les rapports de force locaux entre les différents réseaux politiques.
Mais l’horizon véritable reste la présidentielle de 2029.
La rupture actuelle pourrait ainsi être moins une crise ponctuelle qu’une recomposition progressive du pouvoir sénégalais. Le duel Diomaye-Sonko pourrait déterminer qui contrôlera durablement l’appareil politique issu de l’Alternance de 2024.
Ce n’est plus un simple désaccord stratégique.
Au départ, il y avait probablement une divergence de méthode et de vision. Aujourd’hui, la séparation des fonctions, la rupture gouvernementale, la prise de contrôle de l’Assemblée nationale par Sonko et la constitution de deux pôles politiques distincts donnent au conflit une dimension beaucoup plus profonde.
Le Sénégal n’est toutefois pas nécessairement condamné à une crise institutionnelle ouverte. Tout dépendra de la capacité des deux hommes à distinguer compétition politique et fonctionnement de l’État.
Le véritable test sera donc moins de savoir qui a raison entre Diomaye et Sonko, que de déterminer si leurs deux légitimités peuvent cohabiter sans transformer les institutions en terrain de confrontation permanente.
De « Diomaye-Sonko » à « Diomaye contre Sonko », le Sénégal est entré dans une nouvelle séquence politique.
Par Ndiawar Diop pour Sunuker.com Desk Politique
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