La dette extérieure des pays en développement continue de grimper et atteint un niveau jamais enregistré. Selon le Rapport sur la dette internationale 2026 du Groupe de la Banque mondiale, publié le 5 novembre 2026, l’encours de cette dette a progressé de 5,5 % en 2025, pour s’établir à 9 400 milliards de dollars. Derrière cette hausse se dessine une réalité préoccupante : les États empruntent davantage, mais à des conditions souvent plus coûteuses, tandis que le poids des remboursements réduit leurs marges de manœuvre pour financer le développement.
Le rapport souligne que cette progression est largement alimentée par le retour des créanciers privés sur les marchés des pays émergents et en développement. Les émissions obligataires des entités publiques ont ainsi augmenté de près de 35 %, pour atteindre 251 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis cinq ans. Ce regain d’accès aux marchés financiers permet à plusieurs gouvernements de mobiliser de nouvelles ressources, mais il s’accompagne de conditions de financement particulièrement onéreuses.
Les pays les plus fragiles paient le prix fort
La situation est encore plus préoccupante pour les pays éligibles aux financements concessionnels de l’Association internationale de développement (IDA), destinée aux économies les plus pauvres. Leur dette extérieure a progressé de 8,1 % en 2025, pour atteindre 1 300 milliards de dollars.
Ces États doivent désormais composer avec des taux d’intérêt élevés. En moyenne, les nouveaux engagements contractés auprès de créanciers privés leur coûtent 8,2 %, tandis que les nouvelles émissions obligataires affichent un taux moyen de 9,4 %. Selon les données de la Banque mondiale, le taux de 8,2 % constitue le niveau le plus élevé enregistré depuis 1989.
« Le retour des prêts privés vers les pays à revenu faible et intermédiaire est une bonne nouvelle, mais ces derniers empruntent davantage, paient plus et, dans bien des cas, consacrent moins de ressources au développement à long terme », a souligné Haishan Fu, statisticienne en chef du Groupe de la Banque mondiale. Cette déclaration résume le paradoxe auquel sont confrontés de nombreux gouvernements : retrouver l’accès aux financements internationaux ne signifie pas nécessairement pouvoir emprunter dans des conditions soutenables.
En 2025, les pays à revenu faible et intermédiaire ont consacré environ 1 400 milliards de dollars au remboursement du principal et au paiement des intérêts de leur dette extérieure. Ce montant représente une hausse de 1,9 % par rapport à l’année précédente et marque une cinquième progression annuelle consécutive. Les versements aux détenteurs d’obligations ont, à eux seuls, atteint 363 milliards de dollars, en augmentation de 13,7 %.
Un endettement qui absorbe les ressources destinées au développement
L’un des constats les plus préoccupants du rapport concerne le déséquilibre entre les remboursements et les nouveaux financements. Entre 2022 et 2025, les pays en développement ont payé 436 milliards de dollars de plus au titre du service de la dette qu’ils n’ont reçu de nouveaux financements. Autrement dit, une partie importante des ressources financières mobilisées a servi à honorer les engagements antérieurs plutôt qu’à soutenir de nouveaux investissements.
La tendance a toutefois connu une inflexion en 2025. Les flux nets de dette à long terme sont passés d’une sortie de capitaux de 118 milliards de dollars en 2024 à une entrée nette d’environ 45 milliards de dollars l’année suivante. Cette amélioration ne signifie cependant pas que la pression sur les finances publiques a disparu.
La Banque mondiale attire également l’attention sur l’effet des fluctuations monétaires. L’affaiblissement du dollar américain a contribué à plus du quart de l’augmentation de 303 milliards de dollars de la dette publique et de la dette bénéficiant d’une garantie publique. Les engagements libellés en euros, en yuans ou dans d’autres monnaies prennent en effet davantage de valeur lorsqu’ils sont convertis en dollars, même en l’absence de nouveaux emprunts.
En Afrique subsaharienne, les conditions de financement restent particulièrement difficiles. Le coupon moyen des obligations publiques de la région est passé de 8 % en 2025 à 8,8 % à la mi-août 2026. Dans le même temps, la durée moyenne des emprunts obligataires s’est raccourcie, passant de 10,4 à 8,9 années. Cette évolution signifie que plusieurs États doivent supporter des intérêts plus élevés tout en faisant face à des échéances de remboursement plus rapprochées.
Le Sénégal n’échappe pas à cette problématique. Les statistiques de la Banque mondiale font état d’une dette extérieure totale de 47,1 milliards de dollars à la fin de 2024, dont 25,1 milliards relevaient du secteur public ou bénéficiaient d’une garantie publique. Ces chiffres, qui correspondent à la dernière année disponible dans le tableau consulté, illustrent l’importance des engagements financiers du pays.
Le rapport met enfin en garde contre certains mécanismes financiers complexes, notamment les opérations de Total Return Swaps, qui peuvent exposer les États à des risques de refinancement, à des appels de marge et à des engagements insuffisamment visibles dans les statistiques habituelles de la dette. Le Sénégal figure parmi les pays cités dans ce contexte, aux côtés de l’Angola, de l’Argentine, de la Colombie et du Nigeria.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est donc celui de la capacité des États à préserver leurs investissements dans les infrastructures, la santé, l’éducation et la création d’emplois. La Banque mondiale plaide pour des financements plus transparents, moins coûteux et mieux adaptés aux capacités de remboursement des économies concernées. Car, lorsque le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques, ce sont aussi les perspectives de développement et les conditions de vie des populations qui se trouvent fragilisées.
Sunuker News Desk
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