Racine Sy, nouvel homme fort de Podor
Parmi les personnalités qui pourraient être la surprise du chef, il y a bien Mamadou Racine Sy, directeur général de l’hôtel King Fahd Palace. L’homme est réputé discret, mais également très influent.
Président de la Fédération des organisations patronales de l’industrie touristique du Sénégal (FOPITS), après un passage à la tête du Conseil d’administration de de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres), Mamadou Racine Sy est devenu incontournable dans ce secteur du tourisme dont il n’a cessé de porter la voix.
Sur le plan politique, il a déjà fait ses preuves à Podor. Faut-il rappeler que c’est lui, affectueusement appelé « Baba Racine« dans le Fouta, qui a « chipé » la mairie de Podor des mains de la socialiste Me Aïssata Tall Sall « l’obligeant » à désormais « oser l’avenir » chez Macky Sall. Tout a commencé en 2014 quand les deux challengers s’étaient départagés par une voix après un long feuilleton judiciaire. M. Sy, qui a continué à mettre la pédale sur l’accélérateur, est finalement parvenu à s’imposer en maître dans cette partie nord du pays.
Car, après douze années à la tête de la commune, Aïssata Tall Sall a décidé de ne pas se présenter à l’élection municipale de janvier 2022. Laissant ainsi un grand boulevard à son rival, qui a d’ailleurs déjà été investi par Macky Sall pour porter les couleurs de Benno Bokk Yakaar (Bby) dans cette commune.
Makhtar Cissé, Fofana, Diome…, pour parler le langage jeune ?
Tous ces profils expérimentés ne font pas pour autant l’unanimité au sein de l’APR. Alors qu’une frange du parti demande un rajeunissement des cadres, une fracture générationnelle menace d’apparaître dans la lutte pour la succession. « Le parti ne peut pas présenter un candidat en 2024 qui ne parle pas le langage des jeunes. Ousmane Sonko [maire de Ziguinchor], Barthélémy Dias [maire de Dakar] le font avec succès. Macky Sall sait que pour pérenniser son legs et son camp, il doit miser sur la génération montante », avertit un proche du président dans les colonnes du journal français « Le Monde ». Celui-ci écrit que le temps des nouveaux ambitieux est arrivé, porteur de promesses de renouvellement comme du risque de voir la coalition au pouvoir se disloquer par des tentations personnelles.
Quoi qu’il en soit, au sein du pouvoir, certaines voix auraient demandé de désigner un candidat loin des tintamarres. C’est dire que ceux qui s’agitent à sa propre succession et le manifestent aussi bien de façon ouverte, mais d’une façon inconsidérée et qui se trouvent dans le camp du chef de l’Etat sont en train de scier les branches sur lesquelles, ils se trouvent assis.
C’est pourquoi, l’on souffle également le nom d’une personnalité qui n’a jamais affiché des ambitions, mais qui pourrait rassembler une large convergence autour de sa personne. Il s’agit de l’ancien ministre des Energies et du Pétrole, Makhtar Cissé. Bien que très effacé depuis sa sortie du Gouvernement, il reste bien aux faits politiques, même s’il n’a jamais voulu se dévoiler.
Interrogé sur le sujet par le journaliste Mamoudou Ibra Kane, le 6 octobre 2019, alors qu’il était encore dans le Gouvernement, le Daganois a été catégorique dans sa réponse. « Non, ce débat ne m’inspire pas. Et, il ne peut pas m’inspirer », a-t-il répondu avant de poursuivre : « La question de la succession du Président Macky Sall ne doit pas se poser, en tout cas, pas au sein du gouvernement. Elle ne doit pas aussi se poser au sein de la majorité qui gouverne », a-t-il déclaré.
Selon lui, les enjeux du moment se trouvent ailleurs. « On veut en permanence amener les Sénégalais à des débats de carrière, de personne, alors qu’il faudrait avoir la perspective du pays et de son avenir », a-t-il déclaré sur le plateau de l’émission Jury Du Dimanche de i-Radio.
Va-t-il revenir en force ? Travaillait-il en cachette avec le Président Macky Sall ? Les prochaines semaines nous édifieront.
Parmi ces potentiels profils jeunes, il y a Antoine Félix Abdoulaye Diome et Abdou Karim Fofana, respectivement ministre de l’Intérieur et du Commerce. Si leurs noms sont aussi cités, c’est parce qu’ils font partie des membres du gouvernement qui ont le plus communiqué, ces derniers mois, l’un en tant que porte-parole du gouvernement, l’autre pour sa qualité de garant de la sécurité intérieure.
Même si Diome et Fofana sont toujours au-devant de la scène médiatique, leur principal obstacle, s’ils seraient intéressés, ce serait leur manque de base politique si l’on sait qu’aucun des deux ministres n’a, aujourd’hui, de fonction élective.
Interpellé sur cette question autour d’une « génération montante », Moussa Diaw admet à Seneweb qu’il existe bien cette possibilité de renouveler l’élite politique en misant sur une candidature jeune et dynamique sur le terrain politique. Mais, d’après lui, la difficulté risque d’être « le manque d’expérience et la capacité d’adaptation aux aspirations des populations plus exigeantes en matières de gestion, de prospectives et de résilience ». En définitive, l’analyste politique explique qu’une personnalité non expérimentée pourrait rencontrer d’énormes difficultés relatives aux nombreux défis à relever.
Oulimata Sarr, Moustapha Ba… : Macky jouera-t-il la carte de la technocratie ?
Toutefois, le chef de l’Etat pourrait également miser sur les technocrates à l’image de Mouhamadou Moustapha Ba, ministre des Finances et du Budget, et de sa collègue chargée de l’Economie, du Plan et de la Coopération, Oulimata Sarr. Cette dernière a été d’ailleurs l’une des surprises du nouveau gouvernement Amadou Ba 1 formé le 17 septembre 2022. C’est la première fois qu’une femme occupe ce poste dans le pays. Un portefeuille très stratégique, sur fond de crise économique mondiale, et un défi pour celle qui était jusqu’ici directrice régionale d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, sans ancrage politique.
Après un début de carrière dans l’audit, chez Ernst & Young, puis un poste de directrice financière d’une compagnie aérienne en Afrique du Sud, Oulimata Sarr a passé dix ans à la Société financière internationale, au sein du groupe de la Banque mondiale, avant de rejoindre les Nations unies.
De 1993 à 2005, elle travaille comme Directrice Administrative et Financière de la compagnie aérienne Interair South Africa basée à Johannesburg en Afrique du Sud.
Elle a également participé à plusieurs initiatives d’autonomisation des femmes à travers le monde comme Africa 2.0, African Leadership Network, Vital Voices, Cartier Women’s Initiative, UnitLife entre autres.
Tout comme Mme Sarr, Mamadou Moustapha Ba est aussi un « génie » des questions financières. Avant d’être argentier de l’Etat, il était précédemment directeur général du Budget depuis 2014. Entre 1992 et 2000, il a occupé le poste de chargé de programmes à la Direction de la coopération économique et financière (Dcef). Puis chef du bureau primaire de la Dcef, de 2001 à 2006. Un an plus tard, il devient le directeur-adjoint de la coopération économique et financière, avant de prendre la tête de cette direction en mai 2012, jusqu’en octobre 2014.
Diplômé de l’Ecole nationale d’économie appliquée de Dakar en 1991, M. Ba est également titulaire d’un diplôme de politique de développement et un Master en gestion et administration publique à l’Institut de politique et de gestion du développement de l’Université d’Anvers, d’où il est sorti major de sa promotion en 1998 et 1999. Il est très adulé dans son Nioro natal, sa base politique, dont son frère Djim Momath Ba est maire.
Avec seneweb