Un siècle après la mort tragique de Battling Siki, Saint-Louis s’apprête à faire revivre la mémoire de l’un de ses fils les plus célèbres. Un colloque scientifique international consacré à Amadou M’Barick Fall est annoncé les 14 et 15 décembre 2026, avec l’ambition de revisiter son parcours, son héritage et la place qu’il occupe dans l’histoire africaine et mondiale de la boxe.
La vieille ville de Saint-Louis sera au cœur d’un important rendez-vous mémoriel en décembre prochain. L’Association pour la mémoire d’Amadou M’Barick Fall (Amalf) entend consacrer deux journées à celui que l’histoire de la boxe retient comme le premier Africain né sur le continent à avoir remporté un championnat du monde.
Le nom de Battling Siki reste intimement lié à l’un des combats les plus retentissants de l’histoire de la boxe du début du XXe siècle. Le 24 septembre 1922, au stade Buffalo de Montrouge, devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, le boxeur saint-louisien affrontait Georges Carpentier, immense vedette française et champion du monde des mi-lourds. Siki l’emporta par KO au sixième round. Une première décision arbitrale avait pourtant donné lieu à une vive controverse avant que la victoire du Sénégalais ne soit finalement reconnue.
Cette victoire ne fut pas seulement un exploit sportif. Dans la France de l’entre-deux-guerres, elle intervenait dans un contexte colonial et racial particulièrement marqué. Les archives françaises montrent que la presse de l’époque avait largement commenté le succès d’un boxeur africain face à l’une des grandes idoles sportives françaises. Les Archives nationales d’outre-mer soulignent notamment les conditions particulières dans lesquelles Siki avait évolué et les tensions qui ont accompagné son ascension.
Mais le destin de Battling Siki ne se résume pas à son titre mondial. Né à Saint-Louis en 1897, il connut très jeune une existence mouvementée avant de partir pour l’Europe. Il servit également durant la Première Guerre mondiale avant de poursuivre une carrière sportive qui le conduisit au sommet de la boxe internationale. Le Conseil mondial de la boxe le présente encore aujourd’hui comme le premier champion du monde africain de l’histoire.
Son parcours fut ensuite marqué par les difficultés, les controverses et une trajectoire professionnelle de plus en plus compliquée. Après avoir perdu son titre mondial en 1923, Siki s’installa aux États-Unis, où il continua à combattre. Il y connut une période difficile avant d’être retrouvé mort à New York le 15 décembre 1925, à seulement 28 ans. Les circonstances de sa disparition ont contribué à entourer son histoire d’une dimension tragique et durablement mystérieuse.
Le colloque prévu à Saint-Louis entend justement dépasser la seule dimension sportive. Historiens, universitaires et chercheurs devraient se pencher sur les différentes sources permettant de comprendre le personnage : archives, presse ancienne, photographies, témoignages et traditions orales. Il s’agira également d’interroger la manière dont l’histoire coloniale a influencé la représentation de Battling Siki et la transmission de sa mémoire.
L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation de cette figure longtemps restée insuffisamment connue du grand public. En 2022, à l’occasion du centenaire de sa victoire mondiale, le Conseil mondial de la boxe avait lui-même organisé un hommage à New York et rappelé les efforts entrepris pour faire reconnaître l’importance historique du champion. Son corps, initialement enterré aux États-Unis, avait été exhumé puis rapatrié au Sénégal en 1993 afin qu’il puisse recevoir une sépulture dans son pays natal.
À Saint-Louis, cette démarche mémorielle prend également une dimension éducative. Les organisateurs souhaitent faire de Battling Siki une référence pour les jeunes générations, en mettant en avant non seulement son parcours sportif, mais aussi son histoire personnelle, son rapport à une époque marquée par les inégalités raciales et coloniales et sa capacité à s’imposer au plus haut niveau malgré les obstacles.
Le projet devrait également contribuer à renforcer le tourisme culturel et mémoriel dans la capitale du Nord. La figure de Battling Siki possède en effet un potentiel qui dépasse largement le cadre de la boxe : elle relie l’histoire de Saint-Louis, celle du Sénégal colonial, l’histoire militaire, les migrations africaines vers l’Europe et les États-Unis ainsi que celle du sport mondial.
Les chercheurs intéressés par le colloque disposent, selon les organisateurs, jusqu’au 10 octobre 2026 pour soumettre leurs propositions de communication. Les contributions retenues devraient être communiquées aux auteurs au plus tard le 25 octobre.
À travers cette rencontre, Saint-Louis veut ainsi reprendre possession d’une partie de son histoire. Battling Siki n’est plus seulement le nom d’un ancien champion figurant dans les archives de la boxe : plus d’un siècle après son exploit face à Carpentier, son parcours continue de poser des questions sur la mémoire, le racisme, le colonialisme, le sport et la manière dont les héros africains sont racontés.
Sunuker News Desk
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