Dakar – À l’ouverture de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, ce lundi, le député Thierno Alassane Sall a de nouveau soulevé la question sensible des « fonds politiques » et de la gestion budgétaire de l’institution parlementaire. Pour le président de la République des Valeurs, le principal problème demeure le manque de transparence et l’absence, selon lui, de réponses satisfaisantes aux interrogations formulées depuis plusieurs mois.
La question des fonds politiques continue de faire débat au sein de l’Assemblée nationale. À l’occasion de l’ouverture de la session extraordinaire, le député Thierno Alassane Sall est revenu à la charge, dénonçant ce qu’il considère comme une opacité persistante dans la gestion de certaines ressources de l’institution.
Selon le parlementaire, plusieurs demandes d’explications concernant les fonds politiques sont restées sans réponse depuis deux sessions. Une situation qu’il juge incompatible avec les exigences de transparence et de contrôle qui doivent, selon lui, encadrer la gestion des deniers publics.
Cette polémique n’est pas nouvelle. En juin-juillet 2026, Thierno Alassane Sall avait déjà vivement contesté l’existence et le mécanisme de ces fonds, allant jusqu’à qualifier leur utilisation de « vol » et soutenant qu’aucun député n’avait formellement voté ces crédits sous la dénomination de fonds politiques.
Au-delà des fonds politiques, Thierno Alassane Sall s’est également intéressé à la manière dont le budget de l’Assemblée nationale serait administré.
Le député rappelle que, selon les règles de fonctionnement de l’institution, la questure joue un rôle central dans les questions administratives et financières, notamment en ce qui concerne les salaires, les recrutements et les déplacements des députés.
Il estime toutefois que certaines décisions seraient prises en dehors de ce cadre. Il accuse notamment une partie des responsables de Pastef de se réunir directement avec le président de l’Assemblée nationale pour discuter de questions relevant, selon lui, des prérogatives de la questure.
Des accusations qui, si elles étaient confirmées, soulèveraient la question du respect des procédures internes et de la séparation des responsabilités au sein de l’institution parlementaire.
Le parlementaire s’est également montré particulièrement critique à l’égard des recrutements effectués au sein de l’Assemblée nationale.
Selon lui, le président de l’institution aurait fait venir plusieurs collaborateurs issus des rangs de Pastef pour les intégrer à l’administration parlementaire. Thierno Alassane Sall dénonce ce qu’il considère comme une forme de « casement » politique.
Pour le député, les priorités devraient plutôt porter sur les besoins directement liés au travail parlementaire, notamment le recrutement d’assistants parlementaires capables d’accompagner les députés dans leurs missions : préparation des dossiers, analyse des textes, recherche documentaire et suivi des travaux législatifs.
Cette question renvoie plus largement au débat sur la professionnalisation du Parlement et sur l’utilisation optimale de ses ressources humaines et financières.
C’est toutefois la nature même des crédits concernés qui constitue le cœur de la contestation de Thierno Alassane Sall.
Le député affirme que les « fonds politiques » dont il est question n’auraient jamais fait l’objet d’un vote spécifique de l’Assemblée nationale. Selon son interprétation, ces ressources auraient été intégrées au budget sous la qualification de « fonds spéciaux », sans que les parlementaires aient explicitement validé des fonds politiques destinés à la présidence de l’Assemblée.
Il considère dès lors que toute utilisation de crédits présentés comme des « fonds politiques » par le président de l’Assemblée nationale pourrait constituer, selon lui, une utilisation irrégulière des ressources publiques.
Il s’agit cependant d’une position politique et d’une interprétation défendues par le député, qui ne doivent pas être présentées comme une irrégularité juridiquement établie en l’absence d’une décision ou d’un rapport officiel venant la confirmer.
Thierno Alassane Sall tient par ailleurs à faire une distinction entre les fonds qu’il conteste à l’Assemblée nationale et les crédits affectés au renseignement au niveau de la présidence de la République.
Pour lui, ces deux mécanismes ne doivent pas être confondus.
Cette distinction est importante dans le débat budgétaire, car les fonds spéciaux peuvent, dans certains systèmes budgétaires, répondre à des finalités particulières, notamment liées à la sécurité ou au renseignement, avec des règles de contrôle spécifiques.
Le débat sur les fonds spéciaux n’est d’ailleurs pas propre au Sénégal. Dans d’autres systèmes parlementaires, ces crédits font l’objet de mécanismes de contrôle particuliers en raison de la nature parfois sensible ou confidentielle des dépenses concernées. Des dispositifs parlementaires spécifiques peuvent notamment permettre un contrôle a posteriori tout en protégeant les informations classifiées.
Derrière la controverse sur les fonds politiques se pose donc une question plus large : jusqu’où doit aller la transparence dans la gestion financière de l’Assemblée nationale ?
Pour Thierno Alassane Sall, les députés doivent pouvoir connaître la destination des ressources qui leur sont allouées et obtenir des réponses précises lorsqu’ils demandent des éclaircissements.
La question est d’autant plus sensible que l’Assemblée nationale vote les lois et exerce une mission de contrôle de l’action du gouvernement. Aux yeux du député, cette mission de contrôle perdrait une partie de sa portée si le fonctionnement financier de l’institution parlementaire elle-même n’était pas soumis à des exigences élevées de transparence.
La polémique pose également la question de la traçabilité des crédits budgétaires, de leur base juridique et des mécanismes permettant aux députés de contrôler leur utilisation.
Le sujet avait déjà été évoqué publiquement lors d’une intervention du Premier ministre Ousmane Sonko devant l’Assemblée nationale en février 2025. Thierno Alassane Sall l’avait alors interrogé sur la question des fonds politiques.
Ousmane Sonko avait rejeté ce qu’il considérait comme des amalgames dans l’interprétation de ses propos et avait défendu une lecture différente du dossier.
Depuis, la question continue de revenir dans le débat politique, avec Thierno Alassane Sall parmi les parlementaires les plus insistants sur la nécessité d’obtenir des clarifications.
La nouvelle sortie du député intervient donc dans un contexte où les questions de gouvernance, de transparence budgétaire et de contrôle parlementaire occupent une place croissante dans le débat public sénégalais.
L’enjeu est désormais de savoir si les interrogations soulevées pourront recevoir des réponses précises dans le cadre institutionnel approprié : nature exacte des crédits, base juridique, procédure d’adoption, règles d’utilisation et mécanismes de contrôle.
Pour Thierno Alassane Sall, il ne s’agit pas simplement d’une bataille politique. Il s’agit avant tout, selon lui, de garantir que chaque franc public bénéficie d’une traçabilité et d’un contrôle conformes aux principes de bonne gouvernance.
Alors que l’Assemblée nationale entame sa session extraordinaire, le débat sur les « fonds politiques » est donc loin d’être clos. Il pourrait même s’imposer comme l’un des sujets sensibles des prochaines discussions parlementaires.
La Rédaction de Sunuker Desk News
Espagne : un Sénégalais de Mbour tué par balle en tentant de s’interposer dans une…
Le Marteau et la Mémoire — Ce que Sonko ne veut plus entendre (Par Ndiamé…
La véritable histoire du féminisme Olympe de Gouges a écrit la Déclaration des droits de…
Intelligence économique et compétitivité industrielle Dans un environnement mondial marqué par la fragmentation des chaînes…
Qui parle quand Ousmane contredit Sonko ? Ousmane Sonko me fait parfois penser à ces…
Message de Mawlana Cherif Mouhammad Aly Aïdara, guide de la communauté chiite Mozdahir à l’occasion…