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Mozambique
Depuis leur apparition comme groupe armé actif, en 2017, les djihadistes ont considérablement renforcé leur capacité de nuisance.
Par Jean-Philippe Rémy
Peut-on contrer la menace de djihadistes en plein essor avec des petits hélicoptères, des avionnettes et des troupes démotivées à court de munitions ? La réponse, sans surprise, est « non ». Ni les soldats de l’armée mozambicaine, ni les appareils de Dyck Advisory Group (DAG), ni le groupe de sécurité du colonel zimbabwéen Lionel Dyck n’ont pu empêcher le port de Mocimboa da Praia de tomber, mercredi 12 août.
L’offensive, menée par les insurgés d’Ahlu Sunna wal Jamaa, plus communément appelés Al-Chabab (les jeunes) dans la région du Cabo Delgado, au nord du Mozambique, a touché un territoire situé non loin de la frontière avec la Tanzanie, à 2 400 kilomètres au nord de la capitale, Maputo, dans le voisinage immédiat des futures zones d’extraction et de liquéfaction de gisements gaziers parmi les plus prometteurs au monde. Lire aussi Un port important tombe aux mains des djihadistes dans le nord gazier du Mozambique
Pour la contrer, DAG avait multiplié, ces derniers mois, les interventions avec son vieil hélicoptère d’assaut Bell UH-1 Iroquois, ses Alouettes Canon, ses appareils d’observation civils bricolés avec des mitrailleuses et sa vingtaine d’hommes basés à Pemba, au sud de Mocimboa da Praia. Le groupe avait même infligé de sérieuses pertes aux djihadistes. Pas assez, toutefois, pour contenir une insurrection dont la capacité de nuisance a été longtemps sous-estimée.
A leur apparition comme groupe armé actif en 2017, les Chabab ont, en effet, été considérés comme l’émanation d’une colère aux racines locales, avivée par les perspectives de l’exploitation gazière. Créés autour du groupe Ansar Al-Sunna vers 2003 sur la base de différends théologiques avec l’islam sous contrôle de l’Etat, ils ont, dans la plus grande discrétion, bénéficié de plusieurs apports extérieurs : des djihadistes tanzaniens dont les camps d’entraînement avaient été démantelés par les services de sécurité de leur pays, mais aussi, selon une source bien informée sur les dossiers de djihadisme en Somalie, de fidèles de l’imam kényan Aboud Rogo, qui avait organisé la principale filière de recrutement de combattants pour les Chabab somaliens.
Pendant plusieurs années, le mouvement mozambicain a grandi dans l’ombre, organisant peu à peu sa branche armée, jusqu’à sa première attaque de 2017. Les combattants avaient l’air peu sophistiqués, ils possédaient peu d’armes, semblables en cela aux débuts de groupes comparables dans d’autres parties du continent – en particulier Boko Haram au Nigeria. Un élément les distinguait d’emblée : l’extrême pauvreté, dans une région où abondent les sources de revenus les plus diverses (trafic d’héroïne, passage de migrants, exploitation des plus importantes mines de rubis de la planète et, bientôt, exploitation gazière).
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