Sunuker News Desk
L’affaire des 2 000 ordinateurs présumés introuvables dans le cadre du programme « Un étudiant, un ordinateur », également connu sous le nom de « Sama PC », prend une nouvelle tournure. Entendue par la commission d’enquête parlementaire présidée par le député El Hadji Guèye, la directrice générale d’Oumou Group, Fatou Seck, a fermement contesté les accusations visant son entreprise. Elle affirme que la totalité des 20 000 ordinateurs prévus dans le marché a été livrée et que les 500 millions de FCFA restant à régler correspondent à une créance sur l’État, et non à des équipements fictifs.
Cette version intervient dans un contexte particulièrement sensible. Deux agents associés au programme, Mamadou Sow et Serigne Abo Wade, avaient précédemment déclaré devant les parlementaires que les 2 000 machines mentionnées sur un bon de livraison attribué à Oumou Group n’avaient jamais été réceptionnées. L’un des témoins a également expliqué avoir signé le document après avoir reçu des instructions de sa hiérarchie. Ces déclarations sont au cœur des investigations menées par les députés. <Cite refs={[« turn954085search2″, »turn954085search6 »]}/>
Fatou Seck défend la réalité des livraisons
Face aux membres de la commission, la dirigeante d’Oumou Group a détaillé le déroulement du marché portant sur 20 000 ordinateurs Lenovo et HP, pour un montant total annoncé de 5 milliards de FCFA, soit 250 000 FCFA par appareil.
Selon son témoignage, les livraisons se sont déroulées en deux étapes. Un premier lot de 5 000 ordinateurs aurait été acheminé par avion le 18 janvier 2024, avant de faire l’objet d’un procès-verbal de réception établi par le comité compétent de l’Université virtuelle du Sénégal, devenue l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane.
Un second lot de 15 000 ordinateurs aurait ensuite été transporté par voie maritime le 16 février 2024. Fatou Seck affirme que les opérations de déchargement se sont déroulées en présence des responsables concernés et que les documents de réception ont été signés.
Pour appuyer sa version, la directrice générale assure avoir remis aux parlementaires les procès-verbaux originaux ainsi que les bordereaux de livraison. Elle entend ainsi démontrer que les équipements ont effectivement été remis aux autorités universitaires.
Ces pièces devront toutefois être examinées et confrontées aux déclarations des agents entendus précédemment. La présence de documents administratifs ne suffit pas, à elle seule, à clore le débat : leur authenticité, leur date, leur contenu et leur concordance avec les mouvements physiques des équipements devront être vérifiés.
500 millions de FCFA : le nœud du différend
Au centre de la défense de Fatou Seck se trouve le décompte financier du marché. La responsable affirme que l’État a versé à son entreprise 4,5 milliards de FCFA en neuf paiements, correspondant à 18 000 ordinateurs réglés. Le reliquat de 500 millions de FCFA représenterait, selon elle, le paiement attendu pour les 2 000 appareils restants.
Elle conteste donc toute assimilation entre le nombre d’ordinateurs restant à payer et celui des machines qui n’auraient pas été livrées. D’après son explication, les 20 000 appareils auraient été remis aux autorités, mais le règlement du marché serait demeuré incomplet.
La dirigeante évoque également des documents administratifs, notamment une attestation de non-paiement et une domiciliation irrévocable de paiement qui auraient été délivrées par le directeur de l’Administration et des Finances du ministère, Aboubacar Ndiaye. Ces documents lui auraient permis d’obtenir auprès d’une banque partenaire une avance de trésorerie correspondant à 80 % de la créance revendiquée.
Cette opération financière soulève elle aussi des questions que l’enquête devra éclaircir. Les députés devront notamment déterminer sur quelles pièces reposait la créance, quelles garanties avaient été fournies à l’établissement bancaire et si les documents présentés correspondaient à des livraisons effectivement réalisées et validées.
Des témoignages qui contredisent la version du fournisseur
Le dossier ne se limite cependant pas aux explications de la dirigeante. Lors de précédentes auditions, Mamadou Sow a affirmé qu’un bon de livraison relatif aux 2 000 ordinateurs lui avait été transmis le 11 novembre 2024 par l’intermédiaire du chauffeur de l’ancien responsable du programme, le Dr Aboubacry Niane. Selon son récit, le document était dépourvu de date et portait une référence à l’année 2023.
Le témoin a expliqué avoir d’abord refusé de signer, avant d’affirmer qu’il avait finalement apposé sa signature après avoir contacté son supérieur. Il aurait également conservé des éléments susceptibles d’étayer son récit. Son collègue Serigne Abo Wade a, pour sa part, soutenu que les agents concernés n’avaient jamais reçu de machines provenant d’Oumou Group. <Cite refs={[« turn954085search2″, »turn954085search7 »]}/>
Ces déclarations mettent en évidence la principale difficulté de l’affaire : établir si les documents produits correspondent à une livraison physique vérifiable ou s’ils ont été établis dans des circonstances qui ne reflètent pas la réalité des opérations.
Il faudra notamment retracer le parcours des ordinateurs, identifier les personnes qui les auraient réceptionnés, vérifier les numéros de série et les inventaires disponibles, puis confronter ces éléments aux registres de stockage et aux éventuelles distributions aux étudiants. L’examen des documents douaniers et des pièces bancaires pourrait également contribuer à reconstituer la chronologie du marché.
Un marché public sous la loupe des parlementaires
Au-delà de ce différend, l’enquête parlementaire s’intéresse aux conditions de passation et d’exécution du programme « Un étudiant, un ordinateur ». Les premières auditions ont fait émerger des interrogations sur le respect des procédures de commande publique, la traçabilité des fonds et la gestion des équipements. Des témoignages ont également fait état de plus de 800 ordinateurs qui, selon les informations rapportées, auraient été payés et livrés avant d’être déclarés défectueux. <Cite refs={[« turn954085search10″, »turn954085search7 »]}/>
Devant la commission, Fatou Seck a par ailleurs rappelé l’historique de son entreprise, fondée en 2005 sous le nom d’Oumou Informatique. Elle a évoqué sa certification ISO 9001 depuis 2015, sa présence annoncée dans neuf pays africains et un précédent marché portant sur 5 000 ordinateurs pour un milliard de FCFA, qu’elle affirme avoir intégralement exécuté et fait régler.
Ces références constituent des éléments de contexte avancés par la dirigeante, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de trancher le litige portant sur le marché actuel.
À ce stade, deux versions s’opposent donc : celle du fournisseur, qui affirme avoir livré l’ensemble du matériel et réclame le paiement du reliquat, et celle des agents qui contestent la réception des 2 000 ordinateurs concernés. La commission devra déterminer laquelle est étayée par les preuves matérielles et documentaires.
L’enjeu dépasse la seule responsabilité d’une entreprise. Il touche à la protection des deniers publics, à la transparence des marchés et à la crédibilité d’un programme destiné à faciliter l’accès des étudiants aux outils numériques.
La suite de l’enquête sera déterminante. Seule une confrontation rigoureuse des témoignages, des procès-verbaux, des registres de livraison et des flux financiers permettra d’établir ce qui s’est réellement passé. En attendant les conclusions des parlementaires, les accusations ne sauraient être considérées comme définitivement établies, pas plus que la version du fournisseur ne peut être tenue pour démontrée avant vérification indépendante des pièces produites.
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