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À l’ONU, Bassirou Diomaye Faye porte la voix du Sénégal et les ambitions de la CEDEAO

À l’ONU, Bassirou Diomaye Faye porte la voix du Sénégal et les ambitions de la CEDEAO

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, est attendu ce jeudi à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, pour un discours qui intervient dans un contexte international particulièrement tendu. Cette prise de parole revêt une dimension particulière : le chef de l’État sénégalais s’exprimera non seulement au nom du Sénégal, mais également en sa qualité de président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), responsabilité confiée au Sénégal en juillet 2026.

Deux responsabilités, donc, pour une seule tribune. D’un côté, les priorités diplomatiques du Sénégal. De l’autre, les préoccupations d’une Afrique de l’Ouest confrontée à de profondes mutations politiques, sécuritaires et économiques.

Dans un monde marqué par les conflits armés, les rivalités géopolitiques, les crises institutionnelles et les difficultés du financement du développement, le discours de Bassirou Diomaye Faye est particulièrement attendu.

La CEDEAO face à une nouvelle réalité régionale

La situation de la CEDEAO devrait occuper une place importante dans son intervention.

Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger a profondément modifié le paysage de l’intégration ouest-africaine. La création de l’Alliance des États du Sahel, devenue la Confédération des États du Sahel, a également contribué à redessiner les rapports entre les différents ensembles régionaux.

Dans ce contexte, la présidence sénégalaise de la CEDEAO intervient à un moment où l’organisation doit réfléchir à son avenir, à sa cohésion et à sa capacité à maintenir le dialogue avec les États qui ont quitté ses rangs.

Bassirou Diomaye Faye a régulièrement mis en avant l’idée d’une Afrique de l’Ouest davantage unie, capable de résoudre ses propres crises et de renforcer ses mécanismes de coopération. À New York, cette vision pourrait être confrontée aux réalités d’une région où les questions de sécurité, de souveraineté et de gouvernance occupent désormais une place centrale.

Terrorisme : l’urgence d’une réponse collective

La question sécuritaire constitue un autre dossier majeur.

Le Sahel reste confronté à la progression des groupes armés et aux conséquences humanitaires, économiques et sociales de l’insécurité. Plusieurs États ouest-africains doivent également faire face au risque d’extension de la menace terroriste vers les pays côtiers.

À New York, le président sénégalais a déjà multiplié les contacts avec plusieurs dirigeants. Mardi, il s’est notamment entretenu avec le président somalien Hassan Sheikh Mohamud autour des questions de paix et de sécurité, avec un accent particulier sur la coopération entre l’Afrique et les Nations unies.

Son intervention pourrait ainsi mettre en avant la nécessité d’une meilleure coordination entre l’Union africaine, les organisations régionales et l’ONU, tout en renforçant les capacités africaines de prévention, de médiation et de gestion des crises.

Réformer un système international jugé inadapté

Autre sujet incontournable : l’avenir du multilatéralisme.

Depuis plusieurs années, les pays africains réclament une représentation plus importante dans les grandes institutions internationales, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies. Pour de nombreux dirigeants africains, l’architecture internationale actuelle ne reflète plus les réalités géopolitiques et démographiques du XXIe siècle.

Le Sénégal défend également une réforme de l’architecture financière mondiale afin de permettre aux pays en développement, notamment africains, d’accéder à des ressources plus importantes et à des conditions de financement plus soutenables.

Cette revendication intervient alors que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lui aussi appelé à une transformation des institutions internationales et à une meilleure représentation du continent africain.

Comment financer le développement de l’Afrique ?

Derrière les grandes déclarations diplomatiques se trouve une question très concrète : celle des moyens financiers.

Les États africains doivent financer des infrastructures, créer des emplois, améliorer l’accès aux services essentiels, accélérer leur transformation numérique et répondre aux défis liés au changement climatique. Dans le même temps, plusieurs pays sont confrontés à des niveaux d’endettement élevés et à des coûts de financement importants.

Bassirou Diomaye Faye pourrait donc profiter de la tribune onusienne pour défendre une nouvelle approche du financement du développement, fondée notamment sur davantage de prévisibilité, d’équité et de solidarité internationale.

Pour Dakar, l’enjeu est de faire en sorte que les ambitions africaines ne restent pas au stade des engagements diplomatiques, mais puissent être accompagnées par des ressources financières à la hauteur des besoins du continent.

Gaza, Soudan, Ukraine : le Sénégal face aux grandes crises mondiales

Le discours présidentiel devrait également s’inscrire dans le contexte des principaux conflits qui préoccupent la communauté internationale.

La guerre à Gaza, la crise au Soudan et la guerre en Ukraine continuent de peser sur l’agenda international. Ces conflits interrogent directement l’efficacité du système multilatéral et la capacité des Nations unies à prévenir ou à mettre fin aux guerres.

Traditionnellement attaché au dialogue, au règlement pacifique des différends et au respect de la Charte des Nations unies, le Sénégal pourrait réaffirmer ces principes tout en rappelant l’importance du respect du droit international et de la souveraineté des États.

Une tribune à double portée

Au-delà des dossiers internationaux, cette intervention constitue aussi une occasion pour Bassirou Diomaye Faye de préciser la place que le Sénégal souhaite occuper sur la scène diplomatique africaine et internationale.

Depuis son arrivée à New York, le président sénégalais a multiplié les rencontres avec des dirigeants et responsables internationaux. Les échanges ont porté notamment sur la coopération, les investissements, la paix, la sécurité et les partenariats avec l’Afrique.

Son discours devant l’Assemblée générale aura donc une double portée.

Il s’agira d’abord de présenter les priorités et les ambitions du Sénégal. Mais il s’agira également de donner un contenu concret à la présidence sénégalaise de la CEDEAO, dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition.

À la tribune des Nations unies, Bassirou Diomaye Faye aura ainsi l’occasion de défendre une vision d’une Afrique davantage entendue dans les grandes décisions internationales, tout en portant les préoccupations d’une région confrontée à des défis sécuritaires, institutionnels et économiques majeurs.

Par Ndiawar Diop

James Dillinger

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