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Vélingara : à Nasroullah 2, le dialogue communautaire s’attaque à la persistance des mutilations génitales féminines

Vélingara : à Nasroullah 2, le dialogue communautaire s’attaque à la persistance des mutilations génitales féminines

À Vélingara, dans la région de Kolda, la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) reste confrontée à une réalité tenace : dans certaines communautés, la pratique continue d’être défendue au nom de la tradition, de la religion ou de normes sociales profondément enracinées. Dans le quartier de Nasroullah 2, habitants, responsables communautaires, jeunes et acteurs de santé ont décidé d’ouvrir le débat pour tenter de faire évoluer les mentalités.

Pendant deux jours, les 30 septembre et 1er octobre 2026, des personnes âgées, des adultes et des jeunes des deux sexes se sont retrouvés dans le cadre de « Journées de dialogue et de solidarité », une initiative portée par l’ONG Grandmother Project – Changement par la culture (GMP). L’objectif était de réfléchir collectivement au développement des enfants, particulièrement des filles, mais également aux moyens de renforcer la cohésion sociale au sein du quartier.

La question des mutilations génitales féminines s’est rapidement imposée comme l’un des principaux sujets de discussion. Les échanges ont révélé l’ampleur du travail de sensibilisation qui reste à accomplir. Sur les 36 participants interrogés lors des ateliers, 24 se sont prononcés en faveur du maintien de la pratique, tandis que le groupe des jeunes filles s’est, lui, distingué par une opposition unanime à l’excision.

Les défenseurs de la pratique ont principalement invoqué des arguments liés à la tradition et aux normes sociales. Certains considèrent encore l’excision comme un héritage ancestral qu’il faudrait préserver. D’autres avancent des justifications religieuses ou estiment qu’une fille excisée serait davantage préservée de certains comportements sexuels.

Face à ces positions, les organisateurs ont privilégié le dialogue plutôt que la confrontation. Plusieurs thèmes ont été abordés : l’éducation des enfants, la transmission des valeurs, le rôle des parents, le leadership communautaire et les conséquences sanitaires des MGF.

Une mise en situation baptisée « Histoire sans fin », mettant en scène les échanges entre une grand-mère et un religieux aux positions opposées sur l’excision, a notamment servi de point de départ aux discussions. Les participants étaient ensuite invités à poursuivre eux-mêmes le récit et à confronter leurs arguments.

Les arguments religieux et sanitaires au cœur des débats

La dimension religieuse a occupé une place importante dans les échanges. Trois intervenants religieux ont été invités à donner leur lecture de la question. Deux d’entre eux, les maîtres d’arabe Yahya Diallo et Ndiaye Yassine Sow, se sont prononcés contre la pratique en s’appuyant sur leur interprétation des textes religieux et des enseignements prophétiques.

L’imam du quartier, Alhousseyni Baldé, a pour sa part défendu une position favorable au maintien de la pratique, en invoquant lui aussi des références religieuses.

Les discussions ont cependant pris une autre tournure lorsque les conséquences médicales des MGF ont été exposées par une actrice communautaire de santé, Aminata Mimi Seydi. Son intervention a porté notamment sur les complications qui peuvent survenir après une mutilation et sur leurs conséquences potentielles lors des grossesses et des accouchements.

Les organismes internationaux de santé et de protection de l’enfance documentent depuis longtemps ces risques. L’UNICEF rappelle que les MGF peuvent provoquer des hémorragies, des infections, des douleurs importantes, des problèmes urinaires et d’autres complications médicales. À plus long terme, elles peuvent également entraîner des complications gynécologiques et obstétricales.

Une participante, Hawa Diao, a d’ailleurs livré un témoignage personnel particulièrement marquant. Ayant subi une excision, elle a raconté les difficultés rencontrées lors de la naissance de son deuxième enfant, avec un travail particulièrement long ayant nécessité une prise en charge médicale spécifique.

Son témoignage a permis d’établir un lien entre les expériences vécues individuellement et les conséquences possibles de la pratique, donnant une dimension concrète aux explications médicales fournies pendant la rencontre.

Kolda reste l’une des régions les plus touchées

Les discussions de Nasroullah 2 prennent une résonance particulière au regard des données disponibles sur les MGF au Sénégal. Selon les données de l’Enquête démographique et de santé 2023 reprises par l’UNICEF, la prévalence chez les femmes âgées de 15 à 49 ans atteint 68,4 % dans la région de Kolda. Le taux est également très élevé dans plusieurs autres régions du Sud et du Nord-Est du pays, notamment à Sédhiou, Matam et Kédougou.

À l’échelle nationale, la situation a toutefois évolué. Les données 2023 indiquent une prévalence de 20,1 % chez les filles et femmes âgées de 15 à 49 ans, contre des niveaux plus élevés au cours des années précédentes. L’UNICEF estime néanmoins que près de deux millions de filles et de femmes vivant au Sénégal ont subi une MGF.

Ces moyennes nationales masquent donc d’importantes disparités géographiques. Le Sud du Sénégal demeure particulièrement concerné, ce qui explique l’importance des initiatives communautaires dans des zones comme Kolda et Vélingara.

L’UNICEF souligne par ailleurs que la lutte contre les MGF ne peut pas reposer uniquement sur des mesures juridiques. Le changement des normes sociales, l’implication des familles, des leaders communautaires et religieux ainsi que la participation des jeunes sont considérés comme essentiels pour permettre aux communautés d’abandonner durablement la pratique.

Vers une nouvelle rencontre communautaire

À l’issue des deux journées de dialogue, les habitants de Nasroullah 2 ont convenu de poursuivre les discussions. Une prochaine rencontre doit permettre de réunir la communauté dans un espace public afin de déterminer les actions concrètes à engager contre les mutilations génitales féminines, mais également sur d’autres questions liées au développement du quartier et à l’avenir des enfants.

L’expérience montre ainsi que le combat contre l’excision se joue aussi au cœur des communautés, là où les traditions se transmettent de génération en génération. À Nasroullah 2, le débat est désormais ouvert. Reste à transformer les échanges en engagements durables et, surtout, à faire en sorte que les jeunes filles puissent participer pleinement aux décisions qui concernent leur propre avenir.

Les « Journées de dialogue et de solidarité » s’inscrivent dans le programme de Développement holistique des filles (DHF), financé par l’ambassade du Royaume des Pays-Bas au Sénégal et mis en œuvre dans une logique de mobilisation communautaire.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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