Par Sunuker News Desk
La guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023 franchit une nouvelle étape inquiétante. Alors que les combats entre les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (RSF) de Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », continuent de dévaster le pays, de nouvelles révélations font état d’un possible recours à des armes chimiques par l’armée.
Des enquêtes publiées début septembre 2026 par le Washington Post et le New York Times s’appuient sur un important ensemble de documents, photographies, vidéos, messages et communications interceptées. Ces éléments semblent décrire l’existence, au sein de l’appareil militaire soudanais, d’un programme clandestin consacré à la fabrication et au stockage de munitions contenant notamment du chlore.
Selon le Washington Post, les documents examinés évoquent notamment des essais de munitions dans des zones désertiques, des installations de production dissimulées sur des sites militaires et le détournement de stocks de chlore initialement destinés au traitement de l’eau. Certains éléments feraient également état de plusieurs centaines de munitions chimiques produites ou stockées en 2024.
L’un des épisodes les plus documentés concerne le complexe pétrolier d’Al-Jaili, au nord de Khartoum. Le site était alors sous le contrôle des Forces de soutien rapide. Des témoins interrogés dans le cadre de différentes enquêtes ont décrit la présence d’un appareil militaire avant la chute d’objets ressemblant à des barils ou des conteneurs, suivie d’odeurs inhabituelles et de difficultés respiratoires chez plusieurs personnes.
Des images et des témoignages associés à cet épisode ont également été examinés par des spécialistes des armes chimiques. Certains éléments visuels montrent des nuages ou des vapeurs de couleur jaune-verdâtre, une caractéristique considérée comme compatible avec la présence de chlore, sans toutefois constituer à elle seule une preuve définitive de la nature du produit utilisé.
Une enquête publiée par Euronews va dans le même sens. D’anciens responsables de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont examiné des témoignages faisant état de détresse respiratoire aiguë, d’odeurs inhabituelles, de phénomènes environnementaux et d’autres symptômes apparus après certaines opérations militaires en 2024 et 2025. Ces experts estiment que les éléments disponibles justifient désormais une enquête internationale spécialisée.
L’enjeu est considérable. Le chlore possède des usages parfaitement légitimes, notamment dans le traitement de l’eau. Mais son utilisation comme agent de guerre constitue une tout autre réalité. Sous une forme suffisamment concentrée, il peut provoquer de graves lésions respiratoires et exposer des personnes qui ne se trouvent pas directement sur le lieu d’impact.
Les nouvelles révélations font également écho aux accusations déjà formulées par Washington. En 2025, les États-Unis avaient officiellement estimé que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques en 2024 et avaient pris des mesures de sanctions. Washington a depuis continué à réclamer une vérification indépendante des accusations.
Le gouvernement soudanais rejette catégoriquement ces accusations. Il affirme que les stocks de chlore présents dans le pays sont destinés à des usages civils, industriels ou au traitement de l’eau et soutient qu’aucune preuve établissant l’existence d’un programme d’armes chimiques n’a été démontrée. Une commission nationale mise en place par les autorités soudanaises avait également indiqué n’avoir identifié aucun élément matériel, technique ou documentaire confirmant les accusations examinées.
Cette contestation ne met toutefois pas fin aux interrogations. Plusieurs spécialistes ayant travaillé dans le domaine de la surveillance des armes chimiques considèrent que les nouveaux éléments publiés méritent d’être examinés directement par les mécanismes internationaux compétents. L’OIAC dispose précisément de procédures permettant de recueillir des témoignages, d’analyser des restes de munitions et de rechercher des échantillons environnementaux ou biologiques afin de déterminer la présence éventuelle d’agents chimiques.
L’affaire d’Al-Jaili occupe une place centrale dans ces demandes d’enquête. D’anciens responsables de l’OIAC interrogés en septembre ont estimé que les éléments disponibles constituaient un faisceau d’indices suffisamment sérieux pour justifier une investigation internationale sur les événements survenus autour de la raffinerie en 2024.
Ces accusations interviennent dans un conflit déjà marqué par des violations graves attribuées aux deux camps. Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, les populations civiles sont confrontées aux bombardements, aux massacres, aux déplacements forcés, à la destruction des infrastructures et à l’effondrement des services essentiels.
L’éventuelle utilisation d’armes chimiques ajouterait une dimension particulièrement grave à cette crise. Mais au-delà des accusations et des documents publiés dans la presse, la question centrale demeure celle de la preuve scientifique et judiciaire.
Une enquête internationale indépendante permettrait notamment de déterminer quelles substances ont éventuellement été utilisées, dans quelles circonstances, par quelles unités et avec quelles conséquences pour les populations. Elle pourrait également établir si les documents faisant état d’une production et d’un stockage de munitions chimiques correspondent effectivement à des opérations militaires réelles.
Après plus de trois années de guerre, le Soudan reste ainsi confronté à une crise humanitaire et sécuritaire majeure. Les nouvelles accusations relatives aux armes chimiques ne constituent pas seulement un nouvel épisode du conflit : si elles étaient confirmées, elles pourraient ouvrir un nouveau chapitre en matière de responsabilité internationale et de respect du droit humanitaire.
Sunuker News Desk
CAN 2027 : Aliou Cissé frappe fort, l’Angola s’installe dans le fauteuil de l’Égypte L’Angola…
Aminata Seck libérée : la basketteuse sénégalaise sort de détention après deux mois aux États-Unis…
Licences de pêche au Sénégal : les députés ouvrent l’enquête, les anciens directeurs face aux…
La « confrérie des éveillés » perd une boussole. Un géant de l’Afrique, une grande…
Samba Fall s’est éteint ce vendredi 2 octobre, à Saint-Louis, des suites d’une maladie. Ancien…
Sénégal : chômage technique, le nouveau Code du travail impose de nouvelles garanties aux salariés…