Sunuker News Desk
La course au secrétariat général des Nations unies vient de connaître un tournant majeur. L’ancien président sénégalais Macky Sall a officiellement retiré sa candidature le samedi 17 octobre 2026, au lendemain d’un scrutin indicatif du Conseil de sécurité qui a révélé les profondes divisions entre les grandes puissances. Aucun des sept candidats en lice n’a échappé aux votes défavorables d’au moins deux membres permanents du Conseil, confirmant qu’aucune personnalité ne fait actuellement consensus pour succéder à António Guterres à partir du 1er janvier 2027.
Ce scrutin du vendredi 16 octobre a marqué une étape importante dans le processus de sélection. Pour la première fois dans cette série de consultations, des bulletins de couleurs différentes ont permis de distinguer les positions des cinq membres permanents — États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni — de celles des dix membres élus. Cette méthode a rendu plus visibles les oppositions susceptibles de se transformer en veto lors de la procédure officielle.
Les résultats ont confirmé la difficulté de trouver un candidat capable de réunir une majorité suffisante tout en évitant l’opposition d’une seule des cinq puissances disposant du droit de veto. La Costaricienne Rebeca Grynspan est arrivée en tête avec neuf votes favorables, cinq défavorables et un membre sans opinion. Mais deux de ses votes négatifs provenaient des membres permanents. L’Argentin Rafael Grossi et la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett ont également obtenu huit encouragements chacun, tout en essuyant deux votes défavorables parmi les cinq grandes puissances.
Macky Sall face à un revers diplomatique majeur
Pour l’ancien chef de l’État sénégalais, les résultats ont été particulièrement difficiles. Sa candidature, présentée par le Burundi, a recueilli cinq encouragements contre dix votes défavorables, dont trois émanant des membres permanents du Conseil de sécurité. Un résultat qui compromettait sérieusement ses chances de poursuivre sa campagne dans des conditions favorables.
Le lendemain du scrutin, Macky Sall a annoncé son retrait après des consultations avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, et le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, président en exercice de la CEDEAO. Dans sa déclaration, l’ancien dirigeant a expliqué vouloir contribuer à l’émergence d’une candidature consensuelle au sein du Conseil de sécurité. Il a également relevé que les tendances semblaient favoriser une personnalité issue de l’Amérique latine et des Caraïbes, éventuellement une femme.
Ce retrait met un terme à une ambition internationale importante pour l’ancien président sénégalais. Sa candidature avait été présentée comme une possibilité de renforcer la présence africaine à la tête de l’organisation mondiale. Mais le processus a été marqué par des difficultés diplomatiques, notamment l’absence d’un consensus africain clairement établi autour de son nom et les réticences exprimées au sein du système international.
Il serait toutefois excessif de réduire son retrait au seul résultat du vote du 16 octobre. Les rapports de force diplomatiques, les préférences régionales et les divergences entre États ont également pesé sur cette compétition. En annonçant son retrait, Macky Sall affirme vouloir faciliter l’émergence d’un compromis plutôt que prolonger une candidature confrontée à de sérieux obstacles.
Le droit de veto, véritable arbitre de la succession
Le scrutin rappelle une réalité fondamentale du fonctionnement des Nations unies : obtenir un nombre élevé de votes favorables ne suffit pas pour devenir secrétaire général. Le Conseil de sécurité doit recommander un candidat à l’Assemblée générale, qui procède ensuite à sa nomination. Cette recommandation nécessite au moins neuf voix favorables parmi les quinze membres du Conseil et l’absence de veto de la part de l’un des cinq membres permanents.
Les votes indicatifs ne constituent pas eux-mêmes des vetos formels. Ils permettent cependant aux diplomates d’identifier les candidats qui risquent de se heurter à une opposition insurmontable au moment de la décision officielle. Le scrutin du 16 octobre a ainsi révélé une situation inhabituelle : les sept candidats ont tous rencontré une opposition provenant d’au moins deux membres permanents.
Cette configuration complique considérablement la recherche d’un successeur à António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026. Elle montre également que les préférences affichées par les différents groupes régionaux ne suffisent pas à imposer un candidat lorsque les intérêts des grandes puissances divergent.
Washington veut une ONU recentrée sur ses missions fondamentales
Au sortir du scrutin, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a exposé les priorités de l’administration de Donald Trump. Selon lui, le prochain secrétaire général devra être capable de conduire des réformes profondes et de recentrer l’organisation sur ses missions essentielles, notamment la paix, la sécurité internationale et la diplomatie.
Le représentant américain estime que l’ONU, après plus de huit décennies d’existence, s’est dispersée dans un trop grand nombre de domaines. Washington souhaite donc une organisation plus efficace, moins bureaucratique et davantage concentrée sur la prévention des conflits et la recherche de solutions diplomatiques.
Mike Waltz a également minimisé le poids des considérations liées au genre et à la rotation régionale dans le choix américain. Il a expliqué que son pays privilégiait avant tout le profil jugé le plus apte à diriger l’organisation et à accompagner les réformes souhaitées par la Maison-Blanche. Il n’a pas exclu la possibilité de nouvelles candidatures, laissant entendre que la compétition pourrait encore évoluer.
Cette position intervient alors que l’Amérique latine et les Caraïbes sont traditionnellement considérées comme la région appelée à fournir le prochain secrétaire général, selon la pratique informelle de rotation régionale. Parallèlement, les appels à nommer pour la première fois une femme à la tête de l’ONU ont pris de l’ampleur. Aucun de ces deux critères ne constitue toutefois une obligation juridique.
De nouvelles candidatures pour sortir de l’impasse ?
Le retrait de Macky Sall relance les interrogations sur la suite du processus. D’autres personnalités sont régulièrement évoquées dans les milieux diplomatiques, mais l’entrée de nouveaux candidats ne garantirait pas automatiquement un accord entre les cinq membres permanents. Un nouveau prétendant devrait lui aussi démontrer sa capacité à réunir une majorité au Conseil tout en évitant un veto.
Rebeca Grynspan apparaît désormais comme l’une des principales prétendantes, grâce à ses neuf votes favorables. Son avance reste néanmoins fragile : ses cinq votes défavorables et l’opposition de deux membres permanents constituent un obstacle sérieux. Rafael Grossi et Carolyn Rodrigues-Birkett demeurent également des candidats à suivre, même si leurs résultats montrent qu’aucun d’eux ne dispose encore d’un soutien suffisamment large pour garantir une recommandation officielle.
Pour l’Afrique, le retrait de Macky Sall représente un revers politique. Il laisse notamment ouverte la question de la capacité du continent à peser sur le choix final et à défendre une candidature susceptible de recueillir un consensus international. L’ancien président ougandais Olara Otunnu figure encore parmi les candidats africains, mais ses résultats au scrutin indicatif révèlent eux aussi des difficultés importantes.
Le calendrier ajoute à la pression. À quelques semaines de la fin du mandat d’António Guterres, les membres du Conseil de sécurité doivent parvenir à un accord sans donner l’impression que le choix du prochain secrétaire général dépend uniquement d’arrangements entre grandes puissances. L’organisation devra également préserver la légitimité du futur dirigeant dans un contexte international marqué par les conflits, les rivalités géopolitiques et les appels à une réforme de son fonctionnement.
La bataille pour le secrétariat général de l’ONU dépasse donc largement les ambitions individuelles. Elle met en lumière les limites du système de gouvernance internationale et la difficulté de concilier représentation régionale, égalité entre les sexes, réforme institutionnelle et intérêts stratégiques des puissances permanentes.
Pour Macky Sall, la page de cette candidature est désormais tournée. Pour les Nations unies, en revanche, l’essentiel reste à faire : trouver une personnalité capable de rassembler suffisamment de voix, de résister aux rapports de force géopolitiques et de conduire une organisation confrontée à l’une des périodes les plus complexes de son histoire.
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