Le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a consacré, ce lundi 14 septembre 2026, près de six heures à l’affaire opposant plusieurs figures très suivies des réseaux sociaux sénégalais. Rokhaya Fall, alias « Rox la Chancelière », Khadidiatou Kébé dite « Jessica », Nafissatou Fall, connue sous le nom de « Narou Karma », et Ramatoulaye Diaw, alias « Ramz Yago », ont comparu dans un dossier particulièrement chargé, né de plusieurs plaintes et procédures liées à des échanges virulents sur les réseaux sociaux.
Les trois procédures ont été jointes afin d’être examinées au cours d’une même audience. Les prévenues sont poursuivies, selon les volets concernés, pour des faits allant de l’association de malfaiteurs aux injures publiques, en passant par la diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, les menaces de mort, l’atteinte à la vie privée, la divulgation de données à caractère personnel ou encore des propos visant un agent de l’autorité et un groupe de personnes. Cette jonction intervient après plusieurs jours d’une procédure qui s’est progressivement complexifiée avec les plaintes croisées entre les protagonistes.
À la barre, Rox la Chancelière a reconnu certains faits, notamment des menaces et des injures publiques, tout en contestant fermement l’existence d’une association de malfaiteurs. Elle a expliqué au tribunal qu’elle anime des directs depuis l’Europe, où elle vit depuis 2011, et a longuement détaillé les origines de ses différents avec plusieurs personnes citées dans le dossier.
Très émue, Rokhaya Fall a notamment évoqué les attaques dont elle dit avoir été victime après le décès de ses deux parents, morts le même jour à quelques heures d’intervalle. Des propos tenus lors de lives auraient particulièrement marqué la prévenue, qui a fondu en larmes devant le tribunal. Elle a également donné sa version du différend l’opposant à Ramz Yago, notamment autour de la diffusion d’images privées.
Sur ce dernier point, Rox affirme avoir reçu de Kaliphone Sall des images concernant Ramz Yago, mais conteste les avoir publiées sur la place publique. Elle soutient avoir uniquement envoyé à l’intéressée une photographie en mode « vue unique », après que celle-ci l’aurait insultée sur la tombe de sa mère au cimetière de Yoff.
Ramz Yago, de son côté, a reconnu avoir tenu des propos injurieux contre Rox. Elle a expliqué avoir réagi sous le coup de la colère après la diffusion, selon elle, de ses images intimes. Les relations entre les deux femmes, autrefois présentées comme cordiales, se seraient progressivement dégradées jusqu’à déboucher sur des plaintes réciproques. Le dossier concernant Rox et Ramz porte notamment sur des accusations de divulgation illicite de données personnelles, d’atteinte à la vie privée et de diffusion d’images à caractère intime.
Nafissatou Fall, alias Narou Karma, a également reconnu avoir insulté Rox. Elle a par ailleurs admis avoir simulé, dans un groupe WhatsApp, une scène dans laquelle elle menaçait symboliquement les enfants de sa rivale. À la barre, elle a tenté d’expliquer le contexte de ses interventions sur les réseaux sociaux et ses relations avec plusieurs protagonistes de l’affaire.
Le cas de Khadidiatou Kébé, dite Jessica, est lui aussi au cœur du dossier. Elle a reconnu les faits qui lui sont reprochés, notamment ceux liés aux injures et à la diffusion d’une vidéo intime concernant Saly Manga, alias Anita. Jessica affirme avoir transmis cette séquence à Serigne Bada dans le but de se défendre alors qu’elle était accusée, sur les réseaux sociaux, d’avoir entretenu une relation avec Alex Thiam. Elle assure que la vidéo lui avait été transmise directement par ce dernier et nie avoir voulu porter préjudice à Anita.
La partie civile, représentée par Diodio Sow, a cependant insisté sur les conséquences de la diffusion de la vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux. Le dossier a ainsi pris une dimension particulièrement sensible autour de la protection de l’intimité et des conséquences de la circulation incontrôlée de contenus privés.
L’un des moments les plus marquants de l’audience a été la diffusion de plusieurs enregistrements audio versés au dossier. Les extraits ont fait entendre des propos particulièrement virulents échangés entre les protagonistes. Des insultes visant Rox et ses enfants, des accusations liées à sa santé, des propos extrêmement offensants attribués à Ramz Yago ainsi qu’un enregistrement dans lequel Rox évoquerait un certain « Von Djolof », présenté comme une personne susceptible d’intervenir dans des attaques contre des internautes, ont notamment été examinés. Un autre audio attribué à Jessica, portant sur les relations supposées entre Anita et Alex Thiam, a également été diffusé, provoquant un malaise dans la salle.
La partie civile d’Adji Mass Guèye a, pour sa part, dénoncé ce qu’elle considère comme une campagne de dénigrement persistante. Son avocat, Me Youssoupha Camara, a soutenu que sa cliente aurait subi des attaques répétées depuis plusieurs années, notamment après une intervention de chirurgie esthétique. Il a évoqué un traumatisme qui se serait prolongé entre 2023 et 2026 et réclamé 20 millions de francs CFA au titre des dommages et intérêts.
Face à ces accusations, les avocats de la défense ont multiplié les arguments juridiques. Certains ont soulevé la prescription de certaines infractions, d’autres ont contesté la qualification d’association de malfaiteurs ou la gravité des menaces reprochées à leur cliente. La défense de Ramz Yago a notamment invoqué l’excuse de provocation, estimant que les propos de leur cliente devaient être replacés dans le contexte de la diffusion présumée de ses images privées.
Les conseils de Jessica et Narou Karma ont également contesté la qualification d’association de malfaiteurs. Me Alphonse Faye a plaidé la relaxe de Narou Karma et contesté la constitution de partie civile d’Anita. Me El Hadj Diouf, intervenant pour Jessica, a pour sa part soutenu que les désistements intervenus entre certaines parties devaient conduire à l’extinction de l’action publique. Les échanges entre l’avocat et le président du tribunal, M. Ndoye, ont été particulièrement tendus, le magistrat rappelant à plusieurs reprises le conseil à l’ordre.
Le ministère public n’a toutefois pas suivi cette argumentation. Dans son réquisitoire, le procureur Sow a considéré que l’association de malfaiteurs était constituée dans le dossier et a rappelé que le retrait d’une plainte ne signifie pas automatiquement la disparition de l’action publique. Pour Rox, le parquet a demandé la relaxe sur le volet relatif à la divulgation d’images, mais sa condamnation pour les menaces de mort. Des peines de deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme pour Rox, deux ans dont six mois ferme pour Jessica et deux ans dont trois mois ferme pour Narou Karma et Ramz Yago ont été requises.
Au terme des débats, les avocats ont sollicité la mise en liberté provisoire des prévenues. Le tribunal, après opposition du parquet, a rejeté cette demande. Le président Ndoye a finalement mis l’affaire en délibéré.
Le verdict est attendu vendredi 18 septembre 2026. D’ici là, les quatre protagonistes restent au cœur d’une affaire qui dépasse largement le simple conflit entre créatrices de contenus. Elle pose aussi la question des limites de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, de la responsabilité des influenceurs, de la diffusion de contenus privés et des conséquences judiciaires que peuvent entraîner des règlements de comptes menés publiquement sur Internet.
Sunuker News Desk
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