POLITIQUE

Réinsertion des jeunes vulnérables : Moussa Sarr veut briser le cycle qui ramène les mineurs à la rue

Réinsertion des jeunes vulnérables : Moussa Sarr veut briser le cycle qui ramène les mineurs à la rue

Chaque année, près de 17 000 mineurs et jeunes en situation de vulnérabilité passent par les structures de protection judiciaire et sociale au Sénégal. Si la formation et l’accompagnement éducatif permettent à plusieurs d’entre eux d’obtenir des qualifications, leur insertion dans la vie professionnelle reste un défi majeur. Le ministre de la Justice, Maître Moussa Sarr, appelle à une mobilisation collective pour transformer les diplômes obtenus en véritables perspectives d’autonomie.

La réinsertion socioprofessionnelle des mineurs et jeunes majeurs vulnérables était au cœur d’un panel de haut niveau consacré à la mise en œuvre d’un cadre et d’un fonds destinés à faciliter leur accès à l’emploi et à l’autonomie.

Présidant la rencontre, le Garde des sceaux a insisté sur la nécessité d’une collaboration plus étroite entre l’État, les entreprises privées, la société civile et les partenaires techniques et financiers.

Selon les données présentées lors de la rencontre, près de 17 000 mineurs, qu’ils soient victimes, témoins, en danger ou en conflit avec la loi, sont pris en charge chaque année par la Direction générale de la protection judiciaire et sociale (DGPJS).

Derrière ces chiffres se trouvent des parcours souvent marqués par la précarité, les ruptures familiales, l’exclusion ou encore les difficultés avec la justice. L’objectif des structures de protection est précisément de permettre à ces jeunes de reconstruire leur parcours, notamment grâce à l’éducation, à l’accompagnement psychosocial et à la formation professionnelle.

Mais une fois les portes des centres franchies, une autre difficulté commence : trouver un emploi ou disposer des moyens nécessaires pour exercer le métier appris.

Des diplômes, mais encore trop peu de débouchés

Le ministre de la Justice a salué le travail réalisé par les travailleurs sociaux, éducateurs, psychologues et autres personnels chargés de l’encadrement des jeunes.

Les résultats obtenus en 2025 illustrent cette dynamique. Plus de 412 pensionnaires des centres de protection ont obtenu une qualification professionnelle, dont 311 attestations et 101 certificats d’aptitude professionnelle.

Les formations concernent plusieurs secteurs, parmi lesquels la menuiserie, l’électricité, la restauration, la coiffure ainsi que le froid et la climatisation.

Pourtant, ces qualifications ne garantissent pas automatiquement l’insertion. C’est précisément à ce niveau que le système rencontre son principal obstacle.

« Nous leur avons appris un métier, et nous les laissons au seuil de l’atelier sans la clé », a regretté Maître Moussa Sarr, mettant en évidence le manque de stages, de financements, de contrats de qualification et de kits permettant aux jeunes de démarrer une activité.

Sans accompagnement au moment de la sortie, le risque est de voir certains bénéficiaires retomber dans la précarité, l’errance ou, dans certains cas, la délinquance.

Un fonds pour accompagner le passage vers l’autonomie

Pour répondre à cette problématique, l’État a mis en place le Fonds de réinsertion des mineurs et jeunes majeurs en situation de vulnérabilité, institué par le décret n°2024-792 du 26 mars 2024.

Ce mécanisme doit notamment permettre de financer des initiatives et des projets d’autonomisation portés par les jeunes à leur sortie des dispositifs de protection.

Mais pour le ministre, le financement ne peut constituer à lui seul une réponse suffisante. La réussite de la réinsertion dépend également de la capacité des différentes composantes de la société à offrir des opportunités concrètes.

Les administrations et structures publiques sont ainsi encouragées à favoriser l’accès de ces jeunes aux stages, aux formations et aux dispositifs d’accompagnement. Le secteur privé est appelé à ouvrir davantage ses entreprises aux stages et aux premiers emplois.

Les partenaires techniques et financiers, eux, sont invités à soutenir des mécanismes innovants capables de faciliter la transition entre la formation et l’emploi.

Pour Maître Moussa Sarr, cette approche doit permettre de changer le regard porté sur ces jeunes. Leur passé ou leur parcours ne doit pas constituer un obstacle définitif à leur avenir.

Le ministre a résumé cette philosophie en trois principes : à l’enfant victime, il faut apporter réparation, écoute et reconstruction ; à celui qui est en danger, il faut offrir une protection contre les menaces qui l’entourent ; et à celui qui a eu affaire à la justice, il faut donner une possibilité de se reconstruire.

« La réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit », a-t-il affirmé.

Le défi est désormais de transformer cette volonté en résultats concrets : un diplôme doit pouvoir déboucher sur un emploi, une formation sur une activité génératrice de revenus et une sortie de centre sur une véritable nouvelle chance.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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