Depuis plusieurs jours, Port-au-Prince est le théâtre d’une véritable explosion de la violence. Même des quartiers jusqu’ici plutôt épargnés subissent désormais les attaques des gangs armés. Les assaillants tuent, violent et pillent. Des milliers de familles ont fui leurs maisons. Mais les endroits pour se mettre à l’abri deviennent de plus en plus rares. Et les assaillants interdisent la circulation dans les rues en construisant des barrages. Plusieurs sources concordantes ont affirmé à l’agence haïtienne Alterpresse qu’un nombre indéterminé de maisons auraient été incendiées.
En 48 heures, au moins 80 enlèvements ont été recensés partout dans la ville, y compris dans des quartiers cossus de Port-au-Prince et en plein jour. Parmi les victimes se trouve l’inspecteur général de la police nationale d’Haïti, enlevé vendredi avec sa fille alors qu’il l’accompagnait à l’école.
Sous couvert d’anonymat, une habitante explique à RFI à quel point ce type de situation se normalise : « Dès que ça tire, tu te caches et ensuite, tu reprends ta vie normale. » Elle-même a été témoin d’un enlèvement, vendredi. « Il y a eu d’un coup beaucoup de tirs. Les bandits sont arrivés avec leur voiture, cagoulés et très armés. J’ai été envahie tout d’un coup par la peur et j’ai eu le réflexe de courir sous les tirs. Mais j’ai vu l’enlèvement. » Après s’être réfugiée dans un bâtiment pour reprendre son souffle, elle s’est remise en route.
Les gangs ont également attaqué plusieurs commissariats. Les médias haïtiens dénoncent d’ailleurs l’inaction totale des forces de l’ordre alors que des milliers d’habitants appellent au secours. Sous les tirs incessants d’armes automatiques, l’approvisionnement en nourriture et en eau potable leur devient impossible. La capitale haïtienne sombre dans le chaos. Pendant ce temps, le gouvernement du Premier ministre Ariel Henry se mure dans le silence.