CULTURE / ART

Police culturelle au Sénégal : quand les hommes en uniforme troquent le sifflet contre le micro et le pinceau

Police culturelle au Sénégal : quand les hommes en uniforme troquent le sifflet contre le micro et le pinceau

Sunuker News Desk

Au Musée des civilisations noires, samedi dernier, les policiers n’étaient pas venus pour une opération de contrôle ordinaire. Pour la première édition de la Police culturelle, organisée en partenariat avec l’Association de la presse culturelle du Sénégal (APCS), dirigée par Alioune Badara Mané, les hommes en uniforme ont dévoilé un autre visage : celui d’artistes passionnés, capables de faire vibrer les scènes, de donner vie aux toiles et de captiver les amoureux des mots.

Le temps d’une journée, le sifflet a cédé la place au micro, la rigueur des patrouilles à la liberté de création, et l’uniforme s’est mêlé aux couleurs de la culture. Mbalax, rap, slam, lutte traditionnelle, peinture et littérature ont rythmé cette rencontre originale, qui a permis au public de découvrir des talents souvent méconnus au sein de la Police nationale.

Sur scène, des policiers ont fait parler leur voix et leur sens du rythme. D’autres ont choisi les mots pour transmettre des émotions, tandis que des artistes en uniforme réalisaient des œuvres picturales en direct. Dans un autre espace, des auteurs présentaient et dédicaçaient leurs ouvrages, démontrant que la vocation policière n’empêche ni l’imagination ni l’expression littéraire.

Le public, visiblement surpris par la diversité des prestations, a pu mesurer l’étendue de ces talents. Derrière les fonctions d’autorité, de prévention et de sécurité se dessinent aussi des parcours artistiques nourris par la passion, le travail et la persévérance. Cette initiative entend ainsi dépasser les représentations habituelles de la police pour montrer des femmes et des hommes dont l’identité ne se limite pas à leur métier.

Le Directeur général de la Police nationale, l’inspecteur général Mame Seydou Ndour, a donné le sens de cette démarche. « Pendant longtemps, le fonctionnaire de police a été réduit à son travail policier », a-t-il rappelé, avant d’affirmer que « la police a aussi une âme d’artiste ».

Pour le patron de la Police nationale, les pratiques artistiques constituent une autre manière de servir la société. Certains policiers écrivent entre deux services, d’autres peignent ou répètent après une garde. Leur engagement culturel témoigne, selon lui, d’une richesse humaine qui mérite d’être reconnue et encouragée.

La manifestation a également été marquée par un hommage à Layène Badasse, ancien policier et homme de culture. Sa fille, la chanteuse Coumba Gawlo Seck, marraine de cette première édition, a ainsi été associée à une initiative qui fait le lien entre héritage culturel, engagement citoyen et service public. Le parcours de son père a été évoqué comme un exemple de fidélité à la Nation et de coexistence entre vocation professionnelle et passion artistique.

Au-delà du spectacle, la Police culturelle porte un message sur les relations entre les forces de sécurité et les populations. La culture peut devenir un espace de rencontre, d’écoute et de dialogue, là où les échanges sont parfois limités aux questions d’ordre public. « Une journée de Police culturelle rapproche plus sûrement que mille discours », a souligné Mame Seydou Ndour, défendant l’idée d’une police qui dialogue autant qu’elle protège.

Les organisateurs entendent faire de cette première édition le point de départ d’un rendez-vous appelé à se renouveler. L’ambition est de valoriser les talents des agents, de renforcer les liens avec les citoyens et de rappeler que les institutions publiques sont aussi composées de femmes et d’hommes porteurs de passions, de sensibilités et de projets.

Au Musée des civilisations noires, la démonstration a été faite : l’uniforme et la création ne sont pas incompatibles. La discipline peut côtoyer l’imagination, tout comme la mission de sécurité peut s’enrichir d’une ouverture sur les arts. Et pour découvrir cette autre facette de la Police nationale, nul besoin de convocation : il suffit de laisser la culture ouvrir la porte.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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