Sunuker News Desk
La commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner la gestion du patrimoine bâti de l’État a enregistré de nouvelles révélations ce jeudi. Auditionné par les députés, Yaya Abdoul Kane, ancien directeur général de la Société nationale de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA SN), a affirmé que deux villas situées au Point E, un quartier résidentiel prisé de Dakar, avaient été attribuées à Serigne Bassirou Guèye dans le cadre de baux emphytéotiques de 99 ans. Le loyer mensuel aurait été fixé à 100 000 francs CFA pour les deux biens, selon les déclarations de l’ancien responsable.
Face aux parlementaires, Yaya Abdoul Kane a soutenu que cette décision ne relevait pas d’une initiative personnelle de la SOGEPA, mais répondait à une instruction venue de la présidence de la République sous Macky Sall. « Nous avons reçu ordre de l’autorité pour accorder un bail emphytéotique à Serigne Bassirou Guèye », a-t-il déclaré au cours de son audition.
L’ancien directeur général a également avancé un élément susceptible de susciter des interrogations : selon lui, les deux villas concernées ne figuraient pas dans le patrimoine bâti de l’État. Cette affirmation soulève des questions sur le statut juridique des immeubles, leur origine, les conditions de leur attribution et les procédures administratives suivies. La commission devra notamment déterminer comment ces biens ont été identifiés, sur quelle base les baux ont été conclus et si les règles applicables ont été respectées.
Le montant du loyer annoncé attire également l’attention. Fixé à 100 000 francs CFA par mois pour une durée de 99 ans, il appelle des éclaircissements sur les modalités financières du contrat, l’évaluation des biens et les éventuelles obligations imposées au bénéficiaire. À ce stade, les déclarations rapportées ne permettent toutefois pas, à elles seules, de conclure à une irrégularité ou à une infraction.
Yaya Abdoul Kane a, par ailleurs, expliqué que l’attribution de baux emphytéotiques procédait fréquemment d’initiatives de la présidence, qui pouvait orienter certaines décisions, notamment en recommandant des promoteurs. Ses propos replacent ainsi le dossier dans une problématique plus large : celle du rôle des autorités politiques dans la gestion et la mise à disposition des biens immobiliers liés à l’État.
Le nom de Serigne Bassirou Guèye confère une dimension particulière à cette affaire. Ancien procureur de la République à Dakar, il a occupé une place importante dans plusieurs dossiers judiciaires sensibles sous le régime précédent, avant de diriger l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Après la fin de ses fonctions à la tête de cet organisme, il a réintégré la magistrature et exerce, selon les informations rapportées, comme avocat général près la Cour d’appel de Saint-Louis.
La présence de son nom dans une enquête consacrée à l’attribution de biens immobiliers soulève donc des questions d’intérêt public, d’autant plus qu’il a dirigé un organisme chargé de prévenir et de combattre la fraude et la corruption. Elle ne constitue cependant pas, en elle-même, une preuve de faute ou de responsabilité pénale.
Cette audition intervient dans un contexte de réexamen de la gestion du patrimoine immobilier public. La SOGEPA a engagé des démarches visant à récupérer ou à réévaluer certains biens attribués à des particuliers sous la forme de baux, notamment dans des quartiers de Dakar comme le Point E, Mermoz et Fann Résidence, ainsi que dans la cité Fayçal. Les conditions de conclusion de certains contrats passés sous l’ancien régime font ainsi l’objet d’un examen plus large.
L’enjeu pour la commission parlementaire sera désormais de confronter les déclarations recueillies aux documents administratifs, aux contrats signés et aux éventuelles instructions écrites. Il lui faudra établir la nature exacte des biens concernés, les conditions de leur attribution et la conformité des procédures avec les textes en vigueur.
À ce stade, les éléments disponibles reposent sur les déclarations de Yaya Abdoul Kane devant les députés. La version de Serigne Bassirou Guèye, tout comme celle de Macky Sall sur les instructions évoquées, reste attendue. Les conclusions devront donc s’appuyer sur des pièces vérifiables et sur l’ensemble des témoignages recueillis, dans le respect de la présomption d’innocence.
Au-delà des personnes citées, cette affaire remet au centre du débat la transparence dans la gestion du patrimoine public. Elle pose une question essentielle : selon quelles règles et sous quel contrôle des biens immobiliers d’une valeur potentiellement importante peuvent-ils être mis à la disposition de particuliers pour plusieurs décennies ?
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