AFRIQUE

Nigeria : après l’attaque d’une mosquée, le mystère persiste autour de centaines de personnes portées disparues

Nigeria : après l’attaque d’une mosquée, le mystère persiste autour de centaines de personnes portées disparues

Par Sunuker News Desk

La crise sécuritaire prend une nouvelle dimension au Nigeria. Après l’attaque de plusieurs communautés de l’État de Niger, dans le centre-nord du pays, le président Bola Tinubu a ordonné aux forces armées et aux différents services de sécurité de renforcer les opérations destinées à retrouver les personnes enlevées par des hommes armés.

L’attaque, survenue le 21 août 2026 dans le district de Dekara, dans la zone administrative de Borgu, a particulièrement frappé les fidèles réunis pour la prière du vendredi. Des hommes armés ont investi plusieurs localités, notamment Dekara, Gidan-Zana, Kpenya et Sabon-Gida, avant d’emmener des habitants vers des zones forestières. Les autorités locales ont confirmé l’enlèvement de plusieurs dizaines de personnes, tandis que les témoignages recueillis auprès des populations faisaient état d’un bilan considérablement plus élevé.

Au lendemain de l’attaque, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux a montré un important groupe de personnes, notamment des femmes, des enfants et des personnes âgées, encadrées par des hommes armés. Des habitants ont estimé que près de 600 personnes apparaissaient parmi les captifs. Reuters n’a toutefois pas pu vérifier indépendamment ce nombre.

La controverse sur le véritable nombre de victimes n’a cessé de s’amplifier depuis.

Des chiffres toujours contradictoires

Dans les jours qui ont suivi l’attaque, le président du gouvernement local de Borgu, Mohammed Nasir Abdullahi, avait indiqué que plus de 60 personnes avaient été enlevées et qu’environ 30 personnes avaient été tuées. Des corps auraient été récupérés puis enterrés par les communautés locales. Plusieurs habitations auraient également été incendiées.

Mais en septembre, le gouverneur de l’État de Niger, Mohammed Umaru Bago, a donné une version sensiblement différente. Selon lui, 33 personnes auraient été enlevées dans une mosquée et 30 autres dans un marché alors que les assaillants quittaient la zone, soit 63 personnes au total. Le gouverneur a également déclaré que trois captifs avaient été tués et que 14 avaient été retrouvés. Il a rejeté les estimations de plusieurs centaines de personnes comme relevant d’une amplification sur les réseaux sociaux.

Cette version est cependant contestée par les populations concernées.

Fin septembre, des représentants des communautés de Borgu ont rendu publique une liste contenant les noms de 547 personnes qu’ils affirment avoir été enlevées lors des attaques. Cette initiative est venue raviver la polémique sur l’ampleur réelle du drame et sur le nombre de personnes toujours portées disparues.

Le dossier reste donc marqué par une profonde incertitude. Entre le chiffre d’une soixantaine avancé par les autorités locales et celui de plusieurs centaines communiqué par les communautés, aucun bilan consolidé et publiquement vérifiable ne permet encore de trancher définitivement.

Tinubu promet de retrouver les otages

Face à l’émotion suscitée par l’attaque, le président Bola Tinubu a demandé aux forces de sécurité d’intensifier les recherches et de lui fournir des informations précises sur les opérations de sauvetage ainsi qu’une liste des personnes enlevées.

Dans son premier commentaire public sur l’affaire, le chef de l’État a condamné une attaque qu’il a qualifiée de lâche et assuré que les auteurs devraient répondre de leurs actes.

« La terreur ne fera pas plier le Nigeria », a déclaré le président, en promettant de défendre les populations, de protéger les communautés et de préserver la vie humaine.

Une opération conjointe associant les forces de sécurité avait déjà été déployée dans la zone après l’attaque afin d’identifier les ravisseurs, sécuriser les villages et tenter de retrouver les personnes emmenées dans les forêts environnantes.

Quelques jours après l’enlèvement, les autorités de l’État de Niger reconnaissaient toutefois ne pas disposer d’un décompte précis des victimes. Le commissaire à l’Information, Obed Nuhu, indiquait également qu’aucun contact n’avait encore été établi avec les ravisseurs. Les autorités soupçonnaient alors l’implication de groupes armés opérant dans cette zone, notamment Lakurawa et des factions liées à Boko Haram, sans qu’une responsabilité définitive ait été établie.

Des populations poussées vers le Bénin

L’attaque a également provoqué un important déplacement de populations. Abubakar Umar, chef traditionnel de la communauté de Dekara, a affirmé qu’au moins 2 000 personnes avaient fui vers le Bénin voisin après les violences.

La proximité de la frontière béninoise donne à cette affaire une dimension régionale. Borgu se trouve dans une zone où les populations circulent depuis longtemps entre les deux pays et où les groupes criminels et armés peuvent exploiter les vastes espaces ruraux et forestiers pour se déplacer ou cacher leurs captifs.

Plus d’un mois après l’attaque, des habitants continuaient à réclamer publiquement la libération de leurs proches. Des rassemblements et des mouvements de protestation ont notamment été signalés à New Bussa, tandis que des habitants dénonçaient la lenteur des opérations de secours et l’absence de réponse claire sur le sort des personnes disparues.

Le Nigeria toujours confronté aux enlèvements de masse

Cette affaire intervient dans un contexte de forte insécurité dans plusieurs régions du Nigeria. Dans le nord-ouest et le centre-nord, des groupes criminels lourdement armés s’en prennent régulièrement aux villages, aux voyageurs, aux agriculteurs et parfois aux établissements scolaires ou religieux.

Les enlèvements contre rançon sont devenus une source majeure de revenus pour certains groupes armés. Les victimes peuvent être retenues pendant plusieurs semaines, voire davantage, avant que leurs familles ne soient sollicitées pour le paiement d’une rançon.

Le phénomène se superpose à la menace posée par les organisations jihadistes actives dans le nord du pays, notamment Boko Haram et ses différentes ramifications. Dans certaines zones, la distinction entre banditisme criminel, groupes jihadistes et réseaux locaux armés demeure particulièrement difficile à établir.

L’attaque de Borgu illustre surtout les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités nigérianes : sécuriser de vastes territoires ruraux, identifier les ravisseurs, retrouver les captifs et surtout établir rapidement un bilan fiable des victimes.

Alors que les familles continuent d’attendre des nouvelles de leurs proches, une question demeure au cœur de la tragédie : combien de personnes ont réellement été enlevées et combien sont encore détenues par leurs ravisseurs ?

Tant que les autorités et les communautés ne disposeront pas d’un bilan commun et vérifiable, l’ampleur exacte de cette attaque restera l’un des grands points d’interrogation de la crise sécuritaire qui frappe actuellement le nord et le centre du Nigeria.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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