AFRIQUE

Niger : l’État islamique intensifie ses attaques et met l’armée sous pression

Niger : l’État islamique intensifie ses attaques et met l’armée sous pression

Le Niger fait face à une nouvelle poussée de violence jihadiste. Deux attaques distinctes menées le 23 septembre contre les forces de défense et de sécurité ont fait de nombreuses victimes, selon plusieurs sources concordantes. Le bilan exact n’a toutefois pas été officiellement confirmé par les autorités nigériennes. Ces opérations illustrent surtout la pression croissante exercée par l’État islamique au Sahel dans plusieurs régions du pays.

Les attaques se sont produites à plusieurs centaines de kilomètres l’une de l’autre. La première a visé des forces nigériennes dans la région de Tillabéri, à proximité d’Abala, dans l’ouest du pays, une zone particulièrement exposée aux incursions des groupes jihadistes opérant depuis les espaces frontaliers avec le Mali. Une autre attaque a été rapportée dans la zone de Konni, dans le sud-ouest du Niger.

Des sources sécuritaires citées par plusieurs médias avancent un bilan pouvant atteindre plusieurs dizaines de membres des forces de défense et de sécurité tués dans ces deux opérations. Certains rapports évoquent 57 morts, dont 19 gendarmes autour d’Abala et 38 militaires à Dabagu. Ces chiffres restent cependant à considérer avec prudence, puisqu’ils n’ont pas été confirmés dans leur totalité par le gouvernement nigérien.

Le ministère nigérien de la Défense a reconnu l’une des attaques et fait état de la mort de plusieurs militaires lors de combats avec une importante colonne de combattants lourdement armés. Cette communication officielle ne fournit pas, à ce stade, de bilan global correspondant aux chiffres avancés par les sources sécuritaires.

La multiplication des attaques intervient dans un contexte particulièrement délicat pour les autorités de Niamey. Le Niger a connu fin août une tentative de mutinerie impliquant des militaires, alors que les forces armées sont déjà fortement sollicitées sur plusieurs fronts. Reuters avait rapporté des affrontements autour de l’aéroport et de sites stratégiques de Niamey le 29 août.

Cette situation crée une équation sécuritaire difficile pour le régime du général Abdourahamane Tiani. Les autorités ont fait de la reconquête de la souveraineté sécuritaire l’un des arguments majeurs de leur rupture avec plusieurs partenaires occidentaux. Mais l’intensification des attaques montre que le retrait ou la réduction de certaines coopérations militaires n’a pas mis fin à l’insurrection jihadiste.

Tillabéri, épicentre de la pression jihadiste

La région de Tillabéri constitue aujourd’hui l’un des principaux théâtres d’affrontement entre les forces nigériennes et les groupes armés. Elle se trouve au cœur de la zone dite des trois frontières, à proximité du Mali et du Burkina Faso, où circulent plusieurs organisations jihadistes.

L’État islamique au Sahel, également désigné sous le sigle ISSP, y a considérablement renforcé ses capacités. En juin, le groupe avait déjà mené deux attaques coordonnées contre les positions militaires d’Inates et de Banibangou, dans la même région. Les sources disponibles faisaient alors état de lourdes pertes parmi les forces nigériennes et de la capture de véhicules et d’équipements militaires.

L’évolution est particulièrement préoccupante pour Niamey parce que l’ISSP ne semble plus se limiter à des opérations ponctuelles contre des civils. Les analyses disponibles indiquent que le groupe concentre davantage ses opérations sur les forces de sécurité, avec l’objectif de réduire la présence de l’État dans certaines zones et de consolider ses propres espaces d’influence.

Cette stratégie donne une dimension particulière aux événements du 23 septembre. Les attaques contre des positions militaires permettent aux groupes armés de récupérer des armes, des véhicules et d’autres équipements, tout en affaiblissant les garnisons chargées de contrôler les zones rurales.

Mais l’État islamique n’est pas le seul adversaire du pouvoir nigérien.

Une guerre d’influence entre groupes jihadistes

Le Niger est devenu l’un des principaux espaces de compétition entre l’État islamique au Sahel et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, connu sous son acronyme arabe JNIM et affilié à Al-Qaida.

Les deux organisations poursuivent des stratégies différentes et entretiennent également une rivalité pour le contrôle des populations, des routes et des territoires. Cette concurrence transforme l’ouest du Niger en un terrain particulièrement complexe.

L’ISSP est notamment solidement implanté dans le nord de Tillabéri, tandis que le JNIM mène également des opérations dans l’ouest du pays et dans les zones proches du Mali et du Burkina Faso. Les analyses du Council on Foreign Relations et de Critical Threats soulignent l’intensification de cette compétition et la multiplication des opérations contre les forces nigériennes.

La situation régionale aggrave encore la difficulté. Au Mali, le JNIM a récemment infligé de lourdes pertes à l’armée malienne lors de l’attaque de Dioura, dans le centre du pays. Les chiffres avancés par les combattants jihadistes n’ont pas pu être vérifiés indépendamment, mais plusieurs sources ont confirmé l’ampleur exceptionnelle des pertes subies par les forces maliennes.

Le phénomène dépasse donc largement les frontières nigériennes. Mali, Burkina Faso et Niger constituent désormais un espace sécuritaire fortement interconnecté, dans lequel les groupes armés profitent de l’immensité des territoires, de la porosité des frontières et de la faiblesse de la présence administrative dans certaines zones rurales.

Le défi pour la junte de Tiani

Pour le régime militaire nigérien, la question sécuritaire est devenue centrale. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités ont profondément réorienté leur politique extérieure et militaire, en rompant notamment avec plusieurs partenaires occidentaux et en renforçant leurs relations avec la Russie.

Le discours officiel insiste sur la nécessité pour le Niger de reprendre le contrôle de sa sécurité. Mais les attaques répétées contre les forces nationales constituent un test majeur pour cette stratégie.

La tentative de mutinerie d’août a également ajouté une dimension interne au problème. Selon plusieurs analyses, une partie des tensions au sein des forces de sécurité est liée aux conditions dans lesquelles les unités déployées sur les fronts combattent les groupes armés. La pression exercée simultanément par les jihadistes et par les difficultés internes pourrait compliquer davantage la conduite des opérations militaires.

Pour les populations de Tillabéri, de Tahoua et des autres régions exposées, les conséquences sont directes : déplacements, restrictions de circulation, fermeture d’activités économiques et peur permanente des attaques. La présence de groupes armés dans les zones rurales réduit également la capacité de l’État à fournir des services et à maintenir son autorité.

Le Niger se retrouve ainsi confronté à un double défi. Il doit contenir une insurrection jihadiste capable de frapper des positions militaires éloignées les unes des autres, tout en préservant la cohésion de ses propres forces de sécurité.

La progression de l’État islamique au Sahel ne signifie pas pour autant qu’il contrôle l’ensemble de l’ouest nigérien. Le paysage reste fragmenté et marqué par la concurrence entre plusieurs organisations armées. Mais la fréquence et l’ampleur des attaques contre les forces de sécurité montrent que les groupes jihadistes conservent une capacité opérationnelle importante.

Dans ce contexte, les événements du 23 septembre constituent moins un épisode isolé qu’un nouveau signal de la profondeur de la crise sécuritaire nigérienne. Après plusieurs années de guerre contre les groupes armés, le défi pour Niamey n’est plus seulement de reprendre des positions perdues : il consiste également à empêcher les organisations jihadistes de transformer les zones rurales frontalières en espaces durables d’influence.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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