Le retour du Grand Magal de Touba, événement religieux d’envergure qui draine chaque année des millions de pèlerins vers la capitale du mouridisme, laisse souvent des traces sur le fonctionnement régulier de l’administration. Cette année, pas moins de 179 agents de l’État se retrouvent dans le viseur des autorités gouvernementales, menacés de sanctions administratives pour avoir manqué à l’appel le lendemain de la célébration. Une annonce qui a immédiatement fait réagir les instances syndicales, soucieuses d’éviter toute dérive autoritaire.
Face à l’imminence de ces mesures, les défenseurs des droits des travailleurs montent au créneau pour rappeler les règles qui régissent la Fonction publique sénégalaise. Mbaye Sène Diakhaté, Secrétaire général du Syndicat des inspecteurs et contrôleurs du travail, a tenu à clarifier la situation lors d’une intervention sur la Rfm. S’il admet que seules certaines circonstances (maladie dûment constatée, congés officiels) confèrent un droit d’absence automatique et que tout autre motif requiert une autorisation, il insiste sur la présomption d’innocence administrative.
En effet, le statut général des fonctionnaires exige que toute sanction soit précédée d’une demande d’explication écrite. « L’agent mis en cause doit impérativement avoir l’opportunité de fournir des preuves ou des justificatifs de son absence à sa hiérarchie », précise-t-il. Ce n’est qu’au terme de cette procédure contradictoire que le ministre de tutelle peut légalement décider de l’opportunité d’une sanction, telle qu’une ponction sur salaire ou un blâme.
Au-delà de la rigueur juridique, c’est le manque de flexibilité de l’État qui est pointé du doigt. La réalité logistique post-Magal est connue de tous : les axes routiers (notamment l’autoroute Ila-Touba et la route nationale) sont le théâtre d’embouteillages interminables, rendant un retour ponctuel au poste de travail physiquement très difficile pour de nombreux pèlerins.
C’est ce que souligne le syndicaliste Mbaye Diouf, qui qualifie la sortie ministérielle d’inappropriée. Il rappelle que, par le passé, l’administration a souvent fait preuve de tolérance et de mesure face à ces situations exceptionnelles inhérentes aux grands rassemblements religieux du pays.
Il soulève également une anomalie calendaire majeure : le Magal ayant été célébré un dimanche cette année, l’affluence du retour s’est mécaniquement reportée sur le premier jour ouvrable de la semaine. « Le président de la République aurait pu anticiper ces désagréments en prenant un décret pour déclarer ce lundi férié », plaide-t-il, appelant les plus hautes autorités à l’apaisement.
Dans ce climat de tension naissante, les partenaires sociaux exhortent le gouvernement à privilégier le dialogue et la clémence, tenant compte des réalités socioculturelles qui font la particularité du Sénégal.
La Rédaction / Sunuker.net
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