Alors que le Sénégal porte sa voix aux Nations unies, préside la Cedeao et s’emploie à renouer le dialogue avec les Etats du Sahel, son action extérieure se déploie sur plusieurs fronts à la fois : diplomatie d’influence, diplomatie économique, diplomatie des compétences. Cette voix plurielle gagne à être relayée par ceux qui, hors des chancelleries, font vivre les liens du pays avec le monde : sa diaspora et les réseaux qu’elle constitue.

Rarement le Sénégal aura été aussi regardé. Présidence en exercice de la Cedeao depuis juillet, voix portée à la tribune des Nations unies pour une juste représentation de l’Afrique, Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar dans quelques semaines, premiers jamais organisés sur le continent : notre pays vit une séquence où il a beaucoup à dire, et où il est écouté.

Cette écoute, il la doit à une diplomatie d’influence plutôt que de puissance, fondée sur le dialogue, la médiation et le respect du Droit international. La diplomatie est le premier pilier d’un pays : sa première force, et aussi sa première vulnérabilité. Elle ne se limite plus aux chancelleries. Elle est devenue économique, elle attire les investissements et ouvre les marches ; elle est devenue une diplomatie des compétences, qui fait valoir les talents d’une Nation partout où ils se trouvent. Sous l’impulsion du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, il revient au ministre Cheikh Niang d’en renforcer le rayonnement dans un monde en pleine recomposition. A New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, il a multiplié les entretiens bilatéraux et ouvert la perspective de visites officielles de haut niveau.

Or, l’intitulé même de son ministère dit quelque chose d’essentiel : les Sénégalais de l’extérieur y figurent aux côtés des affaires étrangères et de l’intégration africaine. La diaspora n’est pas en marge de l’action extérieure de la Nation ; elle en est le prolongement. Médecins, ingénieurs, juristes, entrepreneurs, chercheurs : ceux qui vivent en Europe, en Amérique ou ailleurs sur le continent apportent bien plus que des transferts financiers. Ils apportent une expertise, un accès aux marchés, une connaissance intime des institutions étran-gères. Ce sont des milliers d’ambassadeurs sans lettres de créance, qui ne demandent qu’à être mobilisés.

Les mobiliser suppose des outils. C’est dans cet esprit qu’est né, il y a près d’un an, le Cercle des convergences Afrique-Europe, plateforme indépendante de dialogue et de coopération réunissant acteurs publics, privés, académiques, associatifs et membres de la diaspora. Ses membres revendi-quent une double légitimité : pleinement engagés dans leur pays de résidence, pleinement attachés à leur pays d’origine.

Sa vocation est de créer des passerelles entre des acteurs qui gagneraient à se connaître. A titre d’exemple, le Cercle a mis en relation, lors d’une réunion à distance qu’il a organisée, deux organisations patronales qui ne s’étaient jamais rencontrées et n’avaient jamais eu l’occasion de collaborer : le Club des investisseurs du Sénégal et le Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian). Provoquer le premier contact, ouvrir un canal là où il n’en existait pas : c’est souvent dans ces gestes que prend forme une diplomatie économique au plus près des acteurs. Le Cercle porte aujourd’hui l’initiative Diaspora Sénégal 360°, qui relève précisément de cette diplomatie économique et des compétences. Sa fonction principale est simple : rapprocher les compétences de la diaspora des besoins du pays. Articulée avec le référentiel Sénégal 2050, elle donne un cadre durable à un engagement qui, trop souvent, reste informel et dispersé. Présentée à différents niveaux du ministère des Affaires étrangères, des Sénégalais de l’extérieur et de l’intégration africaine, la démarche y a trouvé une oreille attentive : celle d’une diplomatie aguerrie, qui sait reconnaître dans la mobilisation de la diaspora un instrument de son propre rayonnement.

Cette dextérité se mesure tout particulièrement dans la sous-région. A l’heure où le Sénégal préside la Cedeao, le ministre Cheikh Niang a fixé le cap avec clarté : faire du Sénégal une passerelle et un facteur d’apaisement entre la Communauté et les Etats membres de la Confédération des Etats du Sahel (Aes), selon une approche qu’il a lui-même décrite comme réaliste et progressive. Sans rigidité ni posture ostentatoire, le Sénégal privilégie une diplomatie de dialogue, fondée sur l’écoute et le respect de la souveraineté des Etats. Tout est dit : c’est la diplomatie qui permet de renouer le dialogue et de bâtir, pas à pas, un cadre de collaboration là où les institutions se sont éloignées. Et cette diplomatie ne se joue pas seulement entre chancelleries. Elle est économi-que, lorsqu’elle préserve les corridors et les échanges qui font vivre les populations ; elle est une diplomatie des compétences, lorsqu’elle mobilise les talents qui circulent d’un pays à l’autre.

Les diasporas en sont le trait d’union naturel : à Paris, à Bruxelles ou à Milan, Sénégalais, Maliens, Burkinabè, Nigériens et Ivoiriens vivent, travaillent et entreprennent côte à côte, liés par des intérêts communs que les frontières n’ont jamais effacés. C’est toute l’Afrique de l’Ouest qui gagnerait à s’appuyer sur elles pour rayonner. L’architecture de Diaspora Sénégal 360° a été pensée pour être transposable : ce qui se construit à Dakar peut nourrir une réflexion régionale sur la place des diasporas dans l’intégration africaine.

Dans quelques semaines, les Jeux Olympiques de la Jeunesse feront converger vers Dakar les regards du monde. Ils diront, mieux qu’un discours, ce dont le Sénégal est capable lorsqu’il rassemble. C’est la même conviction qui doit guider notre rapport à la diaspora : non pas l’appeler au moment des grands rendez-vous, mais lui faire une place durable dans la marche du pays.

Le Sénégal a fait le choix d’une diplomatie à l’écoute, c’est dans cet esprit que le Cercle des convergences entend travailler, aux côtés de l’Etat et dans le respect de ses orientations, pour que chaque compétence sénégalaise, d’où qu’elle vienne, trouve à servir le pays. Le Sénégal parle au monde d’une voix respectée. Il ne tient qu’à nous d’en être l’écho.

Boudy Tall DIAW
Juriste
Présidente du Cercle des Convergences Afrique-Europe