LA VALLÉE DU SINE : l’âme d’un terroir entre sel, labeur et fidélité par Ousmane DIOP

Si les autorités de ce pays connaissaient la Vallée du Sine aussi intimement que moi, ils auraient déjà pris des mesures drastiques pour la revitaliser et la désaliniser en urgence .Ils sauraient que ce n’est pas seulement un espace géographique, mais une mémoire vivante, un poumon pour nos terroirs.
Hélas, ils la voient peut-être de loin, sans percevoir les souffrances qu’elle endure : lentement étouffée par l’avancée du sel qui stérilise ses sols, violentée par l’érosion éolienne qui emporte sa fertilité, et traversée par des routes bitumées qui la sectionnent sans même qu’on prenne la peine d’y jeter des ponts dignes de ce nom.
Le constat est là, implacable : on aménage pour passer, mais on oublie de préserver pour durer.
Malgré ce martyre silencieux, la Vallée du Sine, par une générosité presque mystique, continue d’offrir le meilleur d’elle-même pour satisfaire des « Gorgorlou » comme moi. Elle nourrit encore la flamme des anciens, les pères gardiens de la tradition que sont le Père Malick Diouf, l’oncle Seydou Diouf, ou encore Ndiogoye Diouf et Thiogoye Sarr.
C’est sur ses flancs encore généreux que nous nous retrouvons, non pour déplorer sa condition, mais pour l’embrasser par le labeur.Là-bas, à « Diakhatt », sur les pentes de « Mboussa Fell » ou sur les terrasses de « Dolo » , nous plongeons les mains dans sa terre pour y cultiver du piment, de la salade et d’autres denrées, prouvant que la vie peut encore jaillir quand l’amour guide la main du cultivateur.
Aujourd’hui, notre cri n’est pas un appel de plus lancé au ministre de l’Agriculture, car nous savons que l’administration ne suffira pas à raviver l’âme d’une vallée. Nous cesserons de quémander des secours lointains. Notre combat est désormais intime : il consiste à témoigner que le Sine, malgré les outrages du sel et du bitume, reste une vallée de promesses.,Et tant qu’un Diouf , un diop , un faye ou un Sarr sera là pour l’embrasser, pour l’aimer et pour la travailler, elle ne mourra pas.
Nous l’embrasserons jusqu’à ce que, peut-être un jour, ceux qui gouvernent comprennent que sauver le Sine, c’est sauver une part essentielle de nous-mêmes
Ousmane diop, poète écrivain et directeur d’école à yari…..la plume de tagmbelacadiam
N'diawar Diop

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