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John Magufuli, un président «bulldozer» réélu à la tête de la Tanzanie

rfi

L’opposition appelle à de nouvelles élections, au démantèlement de la Commission électorale et à des manifestations pacifiques pour contester les résultats des élections générales de mercredi. Selon les résultats définitifs publiés vendredi, le CCM – parti au pouvoir – remporte la quasi-totalité des 264 sièges du Parlement. John Magufuli, surnommé le Bulldozer, a été réélu pour un second mandat présidentiel avec 84,39%.

Le « Bulldozer », « Tinga tinga » en kiswahili. Un surnom qui en dit long sur la personnalité de ce docteur en chimie de 61 ans, dont la carrière est essentiellement politique. Il est durant 20 ans ministre sans interruption. Durant cette période, il hérite de son surnom et enchaîne les portefeuilles successifs de l’Élevage et la Pêche, celui du Logement ou bien encore celui des Travaux publics de 2010 à 2015.

C’est là notamment qu’il s’est érigé en pourfendeur de la corruption, jusqu’à ce qu’il soit choisi pour représenter le CCM et succéder au président Jakaya Kikwete. En 2015, John Magufuli remporte la présidentielle avec 58% des voix. Il revendique des origines modestes et mène alors des réformes populaires pour limiter les dépenses de son gouvernement et des hauts fonctionnaires. Il lance des grands travaux, s’attaque aux dérives du secteur minier et redresse l’économie.

Mais son style direct, souvent abrupt, sa tendance à faire fi des procédures et à agir sur des coups de tête ont rapidement suscité l’inquiétude d’une possible dérive autoritaire dans un des pays les plus stables d’Afrique de l’Est. Les défenseurs des droits de l’homme dénoncent un vrai tournant autoritaire. Traque des opposants, réduction des libertés individuelles, musèlement de la presse… Sous son mandat, la Tanzanie a ainsi reculé de 53 places au classement mondial de Reporter sans frontières, elle est actuellement au 124e rang sur 180.

Comme un bulldozer, « il écrase tout sur son passage: les lois, les droits humains, tout », explique Aikande Kwayu, analyste politique tanzanien. Pour Magufuli, « la fin justifie les moyens », estime Ringisai Chikohomero, chercheur à l’Institut des Etudes de sécurité (ISS) de Pretoria. « Pour Magufuli, l’Etat et le président ont le dernier mot et il traite les citoyens comme des enfants ».

La crainte des observateurs désormais, c’est que John Magufuli ne soit tenté à son tour de modifier la Constitution pour briguer un 3ème mandat en 2025.

N'diawar Diop

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