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Guinée : affaire Algassimou Diallo, des soupçons de collusion avec Cellou Dalein à un procès suspendu sine die

Guinée : affaire Algassimou Diallo, des soupçons de collusion avec Cellou Dalein à un procès suspendu sine die

Sunuker News Desk

L’affaire du magistrat guinéen Algassimou Diallo est devenue l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de l’actualité en Guinée. Ancien procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn et figure connue du procès du massacre du 28 septembre 2009, il a été suspendu, révoqué de la magistrature puis placé en détention en août 2026. Il est poursuivi pour des faits présumés de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence et d’association de malfaiteurs.

Au cœur du dossier figurent des accusations de contacts avec Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et opposant au pouvoir du général devenu président Mamadi Doumbouya. Les autorités soupçonnent l’ancien magistrat d’avoir participé à des échanges susceptibles de s’inscrire dans des manœuvres visant à déstabiliser le pays, notamment sur des bases politiques et ethniques. Mais l’affaire est loin d’être juridiquement tranchée : la défense conteste la régularité de la procédure et l’opposant cité dans le dossier a lui-même nié avoir échangé avec le magistrat.

Voici les principales étapes pour comprendre cette affaire.

1. Qui est Algassimou Diallo ?

Avant de se retrouver au centre de cette controverse, Algassimou Diallo était un magistrat connu dans le paysage judiciaire guinéen. Il a notamment exercé les fonctions de procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn, à Conakry, avant de devenir avocat général près la Cour suprême.

Son nom est particulièrement associé au procès des événements du 28 septembre 2009, au cours duquel il a joué un rôle de premier plan dans l’accusation.

Le 28 septembre 2009, des militaires et des membres des forces de sécurité avaient réprimé un rassemblement de l’opposition dans le stade du même nom à Conakry. Le massacre avait fait au moins 156 morts selon les bilans cités par les organisations de défense des droits humains, ainsi que de nombreux blessés et victimes de violences sexuelles.

Le procès de cette tragédie, ouvert en 2022, a constitué une étape importante dans la lutte contre l’impunité en Guinée. Plusieurs hauts responsables militaires ont été condamnés. La participation d’Algassimou Diallo à cette procédure lui avait donné une visibilité particulière dans les milieux judiciaires.

C’est donc la chute rapide d’un magistrat occupant des fonctions importantes qui attire aujourd’hui l’attention, au-delà des seules charges pénales retenues contre lui.

2. Août 2026 : comment l’affaire a commencé

Le dossier prend une tournure décisive dans la seconde moitié du mois d’août 2026.

Le 18 août, Algassimou Diallo est suspendu à titre conservatoire de ses fonctions d’avocat général près la Cour suprême. Le lendemain, une interdiction de sortie du territoire lui est également imposée, selon les informations rapportées par la presse guinéenne.

Le 20 août, le Conseil supérieur de la magistrature prononce sa révocation. La décision disciplinaire évoque des manquements graves aux devoirs de sa profession, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité du magistrat. Le 21 août, sa radiation est rapportée comme ayant été entérinée par décret présidentiel.

À l’origine de cette succession de mesures se trouvent des soupçons de contacts avec Cellou Dalein Diallo, qui vit à l’étranger depuis plusieurs années. Selon les accusations relayées par les médias guinéens, ces échanges auraient porté sur des manœuvres présumées visant à déstabiliser la Guinée, dans un contexte de tensions politiques et de considérations ethniques.

Un élément a particulièrement alimenté la controverse : un enregistrement audio présenté sur les réseaux sociaux comme mettant en relation les deux hommes.

Mais une précision essentielle s’impose. Le 21 août, Cellou Dalein Diallo a publiquement contesté ces affirmations. Il a déclaré n’avoir jamais connu, rencontré ni échangé avec le magistrat, affirmant ne le connaître qu’à travers son apparition médiatique lors du procès du 28 septembre 2009.

Cette dénégation est importante : elle montre que l’existence et la nature des contacts allégués ne peuvent être présentées comme incontestables sur la seule base des accusations. Il appartient à la procédure judiciaire d’examiner les éléments versés au dossier, leur authenticité et leur portée.

3. Que reproche-t-on exactement à l’ancien magistrat ?

Les poursuites engagées contre Algassimou Diallo portent sur deux qualifications pénales principales, telles qu’elles ont été rapportées lors de la présentation du dossier devant la Cour suprême.

La première concerne la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence pour discrimination. Cette qualification renvoie, dans le cadre des accusations formulées, à des faits qui auraient favorisé ou encouragé des comportements discriminatoires, haineux ou violents. Les autorités évoquent notamment des considérations ethniques et politiques dans les manœuvres présumées attribuées au magistrat.

La seconde concerne l’association de malfaiteurs. Cette accusation suppose que les enquêteurs cherchent à établir l’existence d’une entente ou d’une organisation entre plusieurs personnes en vue de préparer ou de commettre des infractions. La nature précise des actes imputés à chacun des protagonistes doit être examinée dans le cadre de la procédure.

D’après les informations publiées par Guinéenews le 4 septembre 2026, ces deux qualifications figurent expressément dans le rôle d’audience de la Cour suprême. L’affaire porte le numéro RG 56 du 27 août 2026.

Cependant, les éléments publiquement rapportés ne permettent pas de reconstituer intégralement le contenu des échanges supposés, d’établir l’authenticité définitive de l’enregistrement évoqué ou de déterminer avec certitude le rôle que le magistrat aurait joué dans les faits allégués.

Il faut donc distinguer les soupçons à l’origine des poursuites des preuves qui devront être examinées par la juridiction. À ce stade, Algassimou Diallo n’a pas été déclaré coupable par une décision définitive dans cette affaire.

4. Le placement en détention et les premières audiences

Après sa révocation, le dossier judiciaire s’accélère. Algassimou Diallo est placé en détention le 27 août 2026. Il est ensuite entendu à huis clos par la Cour suprême le 2 septembre, dans le cadre de l’instruction de l’affaire.

Le 4 septembre, il comparaît devant les chambres réunies de la Cour suprême à Conakry. La défense demande un report, expliquant avoir été informée de la programmation de l’audience à peine quelques heures auparavant. Les avocats estiment ne pas avoir disposé du temps nécessaire pour préparer convenablement leur intervention dans une affaire de nature criminelle.

Le ministère public s’oppose alors à cette demande, mais la juridiction décide de renvoyer l’examen de la question au 8 septembre.

Un nouveau problème apparaît ensuite : l’accusé est transféré à la prison de Macenta, située à plus de 700 kilomètres de Conakry. La défense affirme avoir rencontré des difficultés pour accéder à son client et soutient qu’il ne peut être jugé en son absence dans les circonstances de l’espèce.

Le 8 septembre, la Cour suprême renvoie finalement l’affaire au 15 octobre, notamment en raison de l’absence de l’accusé à l’audience.

Cette succession de reports contribue à faire du dossier un affrontement autant procédural que pénal. Les débats ne portent plus uniquement sur les accusations initiales, mais également sur les conditions dans lesquelles le magistrat peut préparer sa défense et comparaître devant ses juges.

5. Octobre 2026 : pourquoi les avocats ont-ils boycotté le procès ?

Le 15 octobre, l’affaire connaît un nouvel épisode tendu devant la Cour suprême.

Les avocats d’Algassimou Diallo contestent la participation de trois magistrats à la procédure. Selon eux, ces juges avaient déjà pris part à une décision autorisant les poursuites contre leur client, ce qui soulèverait une question d’impartialité.

Ils demandent leur récusation ainsi que l’annulation de la procédure. Ils affirment également ne pas avoir eu accès au dossier dans des conditions leur permettant de préparer efficacement la défense.

La Cour suprême rejette leurs demandes. En réaction, les conseils annoncent la suspension de leur participation aux débats.

« Nous n’allons pas participer à un procès pour faire de la figuration », déclare alors Me Moussa Diallo, membre du collectif de défense.

Le lendemain, vendredi 16 octobre, l’audience reprend en l’absence des avocats. Le président de la Cour, Ibrahima Sory 1 Tounkara, demande à Algassimou Diallo s’il entend assurer seul sa défense.

L’ancien magistrat refuse de comparaître sans assistance juridique. Il rappelle que, selon lui, la nature criminelle des poursuites rend obligatoire la présence d’un avocat et sollicite un délai pour se concerter avec ses conseils.

Le procureur général Sidy Souleymane N’Diaye reconnaît également l’importance de l’assistance juridique dans ce type de procédure et se dit disposé à faciliter les échanges entre l’accusé et ses avocats.

La Cour prononce alors le renvoi sine die du procès, c’est-à-dire sans fixer de nouvelle date de reprise.

Cette décision ne signifie ni que les poursuites sont abandonnées ni que les accusations sont reconnues comme fondées. Elle suspend la procédure dans l’attente d’une issue au blocage lié à la participation de la défense.

6. Une affaire judiciaire sur fond de tensions politiques

L’affaire Algassimou Diallo intervient dans un contexte politique particulièrement sensible.

Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 qui a renversé Alpha Condé, la Guinée est dirigée par Mamadi Doumbouya, devenu président à l’issue du processus électoral de 2025. La période de transition a été marquée par des restrictions visant les manifestations, des tensions avec les partis politiques et des inquiétudes exprimées par des organisations de défense des droits humains concernant les libertés publiques.

Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et chef de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), figure parmi les principaux opposants au pouvoir. Son éloignement du pays et ses prises de position contre les autorités font de toute affaire le reliant à des personnalités de l’État un sujet politiquement sensible.

Dans ce contexte, les accusations visant Algassimou Diallo suscitent des interrogations sur les relations entre la justice, le pouvoir politique et l’opposition. Toutefois, le contexte général ne suffit pas à démontrer que les poursuites seraient politiquement motivées, pas plus qu’il ne permet de conclure à la culpabilité du magistrat.

Pour apprécier cette affaire avec rigueur, deux exigences doivent être maintenues : les autorités judiciaires doivent pouvoir enquêter sur des infractions présumées, et la personne poursuivie doit bénéficier des garanties nécessaires à un procès équitable.

7. Ce qu’il faut retenir pour comprendre le dossier

À ce stade, plusieurs faits sont établis par les informations publiées sur la procédure : Algassimou Diallo a été suspendu puis révoqué en août 2026, placé en détention et poursuivi devant la Cour suprême. Les chefs d’accusation portent sur la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence et l’association de malfaiteurs.

En revanche, les accusations relatives aux échanges avec Cellou Dalein Diallo demeurent contestées. L’opposant a nié tout contact avec le magistrat, tandis que la défense conteste plusieurs aspects de la procédure, notamment l’impartialité de certains juges et les conditions d’accès au dossier.

Enfin, le procès a été renvoyé sine die le 16 octobre après le boycott des avocats et le refus de l’accusé de se défendre seul. La suite dépendra notamment de la possibilité de rétablir la participation de la défense et de reprendre les débats dans des conditions jugées conformes aux règles applicables.

L’enjeu dépasse donc le sort d’un seul magistrat. Cette affaire met à l’épreuve la capacité des institutions guinéennes à traiter un dossier politiquement sensible tout en garantissant les droits de la défense et la présomption d’innocence. Les prochaines étapes judiciaires seront déterminantes pour établir ce qui relève des faits prouvés, des accusations contestées et des interprétations politiques.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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