La publication des rapports consacrés à la situation des finances publiques sénégalaises suscite une nouvelle controverse politique. Alors que l’Alliance pour la République (APR), sous l’ancien régime, réclamait déjà la divulgation de ces documents en octobre 2025, le groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes formule aujourd’hui la même exigence auprès du gouvernement. Un changement de posture qui n’a pas échappé aux observateurs de la scène politique.
Selon les informations rapportées par le quotidien Les Échos et reprises par Rewmi, cette revendication avait notamment été portée par Me Olivier Sur, avocat mandaté par l’ancien président Macky Sall. À travers plusieurs démarches, celui-ci demandait aux autorités de rendre accessibles deux documents importants : le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), consacré à la gestion des finances publiques entre 2019 et 2024, et celui du cabinet international Forvis Mazars, réalisé en 2025.
À cette période, Ousmane Sonko occupait encore les fonctions de Premier ministre. Malgré les interpellations répétées de l’APR, ces demandes n’avaient pas abouti à la publication des documents concernés.
Pastef réclame désormais les documents
La situation prend une autre dimension avec la position récemment exprimée par le groupe parlementaire Pastef. Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, les députés de la majorité demandent à leur tour la communication des rapports IGF et Forvis Mazars.
Cette exigence s’inscrit dans une série de réserves formulées par le groupe parlementaire sur le contenu du collectif budgétaire. Pastef estime notamment que certaines informations indispensables à l’appréciation de la situation financière du pays ne sont pas suffisamment accessibles aux représentants du peuple.
Parmi les autres documents réclamés figurent également le rapport d’exécution budgétaire de septembre 2026 ainsi que des informations sur les transferts financiers accordés aux sociétés nationales et aux établissements publics.
Dans son argumentaire, le groupe parlementaire évoque un besoin de transparence sur le niveau réel de la dette, la sincérité des prévisions budgétaires et les choix opérés dans la répartition des ressources publiques.
Deux rapports au cœur du débat sur la dette
Le rapport de l’IGF, élaboré en 2024, couvre la période allant de janvier 2019 au 31 mars 2024. Il a constitué une base importante des travaux de contrôle engagés après l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités.
La Cour des comptes a ensuite procédé à son propre audit et publié, en février 2025, un rapport sur la situation des finances publiques. Ses conclusions ont notamment mis en évidence des écarts importants entre les données budgétaires officiellement présentées et les montants reconstitués par les magistrats financiers.
De son côté, le cabinet Forvis Mazars a été chargé d’un exercice de fiabilisation et de confirmation de l’encours de la dette publique sur la période 2018-2024. Les données issues de ce travail ont notamment fait apparaître un endettement de l’administration centrale estimé à 119 % du PIB à fin 2024, selon les documents budgétaires du gouvernement.
Ces différents travaux constituent aujourd’hui des éléments essentiels dans les discussions sur la situation financière du Sénégal et les responsabilités liées à l’évolution de son endettement.
Une question de cohérence politique
La nouvelle revendication de Pastef remet ainsi sur la table une question qui avait déjà opposé le pouvoir en place à l’ancien régime : celle de l’accès aux documents ayant servi à établir le diagnostic des finances publiques.
Le rapprochement entre les demandes formulées par l’APR en 2025 et celles du groupe parlementaire Pastef en 2026 nourrit les critiques sur la cohérence des positions politiques. Pour les détracteurs de la majorité, il est paradoxal de réclamer aujourd’hui la publication de documents dont la divulgation était auparavant demandée par l’opposition sans obtenir de réponse favorable.
Au-delà de cette controverse, la publication des rapports pourrait contribuer à éclairer le débat public sur la dette, les engagements financiers de l’État et les méthodes utilisées pour établir les différents indicateurs budgétaires.
Alors que le PLFR 2026 cristallise les tensions entre le gouvernement et sa majorité parlementaire, la transparence autour de ces documents apparaît désormais comme l’un des principaux points de désaccord. Reste à savoir si l’Exécutif acceptera de donner suite à cette nouvelle demande de communication.
La Rédaction – Sunuker.net
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