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États-Unis : expulsé après 25 ans, Moussa Diawara au cœur d’un scandale autour de sa demande d’asile

États-Unis : expulsé après 25 ans, Moussa Diawara au cœur d’un scandale autour de sa demande d’asile

Marié, père de deux enfants et installé aux États-Unis depuis un quart de siècle, Moussa Diawara se retrouve au centre d’une controverse nationale. Après un reportage de CBS News consacré à son expulsion vers l’Afrique, les autorités américaines l’accusent d’avoir présenté une demande d’asile fondée sur des déclarations potentiellement frauduleuses concernant son orientation sexuelle. Une affaire qui relance le débat sur la politique migratoire américaine, la confidentialité des dossiers d’asile et le traitement réservé aux personnes expulsées vers des pays tiers.

L’histoire de Moussa Diawara a pris une nouvelle dimension après la diffusion, le dimanche 25 octobre 2026, d’un reportage de l’émission 60 Minutes, diffusée sur CBS News. Originaire du Mali, cet homme de 57 ans a vécu pendant environ 25 ans aux États-Unis, où il s’était construit une vie familiale et professionnelle au Texas.

Marié et père de deux enfants américains, un garçon de 16 ans et une fille de 12 ans, il a été arrêté par les services de l’immigration avant d’être expulsé vers le Ghana en juillet 2026. Selon son témoignage recueilli par CBS, les autorités ghanéennes l’auraient ensuite renvoyé au Mali, pays dans lequel il affirme craindre pour sa sécurité. Il aurait finalement réussi à rejoindre un autre pays africain, dont il préfère taire le nom afin de ne pas compromettre sa sécurité.

Mais au lendemain de la diffusion du reportage, une révélation de Fox News est venue bouleverser le débat autour de son histoire. Le média américain affirme avoir obtenu une copie d’une demande d’asile déposée par Moussa Diawara en 2009. Dans ce document, le ressortissant malien aurait déclaré être homosexuel et avoir subi des persécutions en raison de son orientation sexuelle dans son pays d’origine.

D’après les extraits publiés par Fox News, il expliquait craindre pour sa vie s’il était contraint de retourner au Mali. Il aurait également décrit les difficultés rencontrées pour vivre librement son orientation sexuelle dans son pays natal. Ces déclarations sont désormais au cœur des accusations formulées par les autorités américaines.

Washington dénonce une possible fraude à l’asile

L’agence américaine de l’immigration et des douanes, connue sous le sigle ICE, a vivement réagi à ces révélations. Sur les réseaux sociaux, elle a remis en question la crédibilité du récit présenté par CBS News et accusé Moussa Diawara d’avoir invoqué son homosexualité dans le but d’obtenir une protection contre son renvoi au Mali.

Pour les autorités américaines, cette demande d’asile soulève des interrogations sur la véracité des informations communiquées aux services de l’immigration. L’administration estime que ces éléments auraient dû être pris en compte dans la présentation de son parcours au public.

Cependant, une demande d’asile fondée sur l’orientation sexuelle ne devient pas automatiquement frauduleuse parce que la personne concernée est mariée et a des enfants. L’orientation sexuelle, les relations passées et la situation familiale ne se résument pas nécessairement à une seule réalité. Pour établir une éventuelle fraude, il faut examiner l’ensemble du dossier, les déclarations faites à l’époque et les éléments susceptibles de les confirmer ou de les contredire.

À ce stade, les accusations publiques formulées par les autorités américaines ne suffisent donc pas, à elles seules, à établir que Moussa Diawara a délibérément menti dans sa demande d’asile.

Une décision judiciaire qui interdisait son renvoi direct vers le Mali

L’autre aspect central de cette affaire concerne les conditions de son expulsion. Arrivé aux États-Unis en 2001 avec un visa touristique qu’il a ensuite dépassé, Moussa Diawara avait fait l’objet d’une procédure d’éloignement.

En 2012, un juge américain avait autorisé son expulsion tout en interdisant son renvoi vers le Mali, en raison des risques de persécution auxquels il pourrait être exposé. Cette mesure, connue dans le droit américain de l’immigration sous le nom de withholding of removal, ne lui accordait pas un statut permanent, mais empêchait son renvoi vers le pays désigné comme dangereux pour lui.

Cette décision lui avait permis de continuer à travailler aux États-Unis. Selon CBS News, il exerçait notamment comme chauffeur pour la plateforme Uber et contribuait aux dépenses de son foyer. Il vivait avec son épouse et leurs deux enfants dans la région de Houston lorsqu’il a été arrêté en juillet 2026.

Après environ trois semaines de détention, il a été placé sur un vol à destination du Ghana. D’après son récit, il y aurait été maintenu avec d’autres personnes expulsées, sous surveillance, sans pouvoir communiquer librement avec sa famille ou son avocat.

Il affirme avoir été transféré au Mali quelques jours après son arrivée au Ghana, alors même qu’un juge américain avait interdit son renvoi direct vers ce pays. Les autorités américaines soutiennent, pour leur part, que le vol organisé par Washington avait bien pour destination le Ghana. Le Département de la Sécurité intérieure a expliqué à CBS que certaines mentions indiquant le Mali sur des documents de voyage relevaient d’erreurs administratives ou de documents produits par des prestataires. Le gouvernement ghanéen n’avait pas répondu aux questions de CBS au moment de la publication de son reportage.

L’affaire soulève ainsi une question juridique majeure : les garanties censées protéger une personne contre un renvoi vers un pays où elle risque des persécutions peuvent-elles être respectées si le pays tiers qui l’accueille la renvoie ensuite vers sa destination interdite ?

CBS News défend son enquête, la famille attend son retour

Le reportage de 60 Minutes mettait notamment l’accent sur la séparation de Moussa Diawara et de sa famille, ainsi que sur les craintes qu’il exprime concernant sa sécurité au Mali après sa conversion au christianisme.

Son épouse et ses deux enfants, restés au Texas, ont témoigné de leur souffrance depuis son expulsion. La séparation est particulièrement difficile pour les enfants, qui ont grandi avec leur père et espèrent pouvoir le retrouver.

La révélation de la demande d’asile de 2009 a toutefois ouvert un nouveau front dans cette affaire. Les critiques reprochent au reportage de CBS de ne pas avoir exposé clairement au public les déclarations antérieures de Moussa Diawara concernant son orientation sexuelle. Les autorités américaines considèrent cette omission comme importante pour apprécier la crédibilité de son dossier.

La controverse dépasse désormais le seul cas de cet homme. Elle touche à la manière dont les médias présentent les personnes expulsées, à la responsabilité des autorités dans la vérification des demandes d’asile et à la protection des informations sensibles contenues dans les dossiers migratoires.

CBS News rapporte par ailleurs que l’avocat de Moussa Diawara a demandé à un juge fédéral à Washington d’ordonner son retour aux États-Unis. L’issue de cette démarche pourrait être déterminante pour l’avenir de l’intéressé et pour le débat sur les expulsions vers des pays tiers.

Au-delà des accusations et des polémiques, le dossier de Moussa Diawara met en lumière les contradictions auxquelles peut être confrontée la politique migratoire américaine : faire appliquer les décisions d’expulsion tout en respectant les protections judiciaires accordées aux personnes qui risquent des persécutions.

La question de la véracité de sa demande d’asile devra être distinguée de celle du respect des garanties judiciaires encadrant son éloignement. Dans cette affaire, deux exigences demeurent essentielles : établir les faits sur la base d’éléments vérifiables et veiller à ce que les décisions administratives respectent le droit.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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