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« En Iran, en Arabie saoudite et en Israël, les lignes bougent. Dans le bon sens ? »

Le Monde

Alors que les « durs » contrôleront tous les leviers du pouvoir iranien, ils voudront, paradoxalement, la levée des sanctions américaines. Ce sera l’un des dossiers du prochain gouvernement israélien, qui pourrait ne pas être dirigé par Benyamin Nétanyahou, explique dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».

Chronique. Le statu quo est un mirage au Moyen-Orient – comme ailleurs. Entre Golfe arabo-persique et Méditerranée, les lignes bougent ces jours-ci. Les deux puissances régionales ennemies, celles qui entretiennent tensions, milices et mini-guerres, l’Iran et l’Arabie saoudite, se parlent (un peu). A Téhéran, le régime change de nature. A Riyad, le prince héritier, Mohammed Ben Salman, consolide son pouvoir. Benyamin Nétanyahou pourrait partir à la retraite. Des Arabes devraient faire partie de la prochaine majorité en Israël. Pêle-mêle, ça bouge. Dans le bon sens ?

Commençons par l’ectoplasmique République islamique, au pouvoir depuis quarante ans à Téhéran et qui s’apprête à élire un nouveau président. Jusqu’alors, le régime préservait une petite lucarne de libre débat. Il y avait un minimum de concurrence idéologique entre les candidats sollicitant les suffrages des Iraniens. A l’intérieur du « système », on s’affrontait. Dans ce pays, l’un des plus riches de la région en hydrocarbures, les élections donnaient le pouls d’une société de 85 millions d’habitants dont l’âge médian est de 30 ans.

Une théocratie militarisée

C’est fini. Les « réformateurs » les plus sérieux ont été exclus du scrutin présidentiel du 18 juin. Ne subsistent que les impétrants se réclamant de la tendance « dure » du régime. Celle-ci, déjà majoritaire au Majlis (le Parlement), est incarnée par deux forces : le Guide de la théocratie iranienne et vrai chef de l’Etat, l’ayatollah Ali Khamenei, 82 ans ; il est l’allié des gardiens de la révolution, vaste complexe militaire, industriel et financier exerçant chaque jour davantage sa domination sur le pays.

La présidence devrait revenir, disent les iranologues, à Ebrahim Raïssi, 60 ans, un affidé du Guide. Il succédera à l’automne au président Hassan Rohani, réformateur velléitaire, au terme d’un deuxième et dernier mandat. Si ce pronostic est avéré, ce sera la fin d’une forme de pouvoir à têtes multiples qui faisait l’originalité de la République islamique. Les « durs » contrôleront tous les leviers du pouvoir : le Majlis, la présidence, le judiciaire – tous soumis au Guide et aux gardiens de la révolution.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Iran, les autorités verrouillent la présidentielle pour mettre sur orbite leur favori, Ebrahim Raïssi

Ceux-là régneront en maîtres sur l’Iran, sans contrepoids. N’était le faux-semblant d’un gouvernement aux ordres, ces gardiens en uniforme seront l’armature centrale d’un régime qui prendra alors l’étrange visage d’une théocratie militarisée – une nouveauté dans la typologie des régimes politiques.

N'diawar Diop

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