POLITIQUE

Duel au sommet de l’État : Pourquoi Bassirou Diomaye Faye parie sur le référendum face à Ousmane Sonko

Par La Rédaction : sunuker.net

Le Sénégal traverse une crise institutionnelle inédite qui redessine les contours du pouvoir exécutif. Le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale a validé un projet de révision constitutionnelle de grande envergure. Ce texte vise explicitement à réduire le champ d’action du président de la République tout en octroyant des prérogatives accrues au Parlement ainsi qu’à la fonction de Premier ministre.

Cependant, plutôt que d’acter cette réforme par une promulgation directe, le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a choisi de contourner la représentation parlementaire en soumettant le texte à l’arbitrage direct des Sénégalais par le biais d’un référendum. Une manœuvre hautement stratégique pour faire face à la majorité législative menée par son ancien allié et désormais rival politique, Ousmane Sonko.


La stratégie présidentielle pour contrer l’Assemblée

En choisissant la voie référendaire, Bassirou Diomaye Faye active un levier politique majeur. Cette décision lui permet d’atteindre plusieurs objectifs :

  • Bloquer l’adoption automatique : Il évite que le parti Pastef, largement majoritaire à l’hémicycle, n’impose définitivement la réforme lors d’un second examen.

  • Reprendre l’offensive médiatique : Le président s’offre une tribune d’envergure nationale pour défendre sa vision, en se positionnant comme le protecteur direct de la souveraineté populaire face à des députés jugés trop hégémoniques.

  • Maîtriser le tempo : Le contrôle de l’agenda électoral lui donne l’avantage de fixer le scrutin au moment le plus opportun pour son camp.

L’enjeu est de taille : un désaveu de la réforme dans les urnes marquerait un succès politique retentissant pour le président. À l’inverse, si le « Oui » l’emporte, le chef de l’État se verrait contraint de gouverner avec des pouvoirs fortement rognés et une Primature renforcée.


Les trois points majeurs de la discorde

Le texte voté par les députés touche aux fondements mêmes de l’autorité présidentielle à travers trois réformes clés :

  1. La déclaration de patrimoine : La loi introduit l’obligation pour le président sortant de publier ses biens en fin de mandat. Le refus du chef de l’État d’avaliser cette mesure suscite des débats, alors que la transparence et la bonne gouvernance figuraient au cœur des promesses électorales de 2024.

  2. La neutralité partisane : La réforme interdit formellement au président de diriger une formation politique. Cela priverait Bassirou Diomaye Faye de sa direction sur sa machine électorale, le cantonnant à un strict rôle d’arbitre.

  3. Le rééquilibrage de la Primature : Le texte impose une obligation de « concertation » avec le Premier ministre pour la définition de la politique de la Nation, transformant la fonction présidentielle en un rôle de simple coordination.


Rupture consommée et nouvelles alliances

Ce bras de fer est le prolongement direct de la rupture actée le 22 mai 2026, date du limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre. Depuis, le paysage politique subit une profonde recomposition. Les récents échanges du président Faye avec des émissaires internationaux, notamment Emmanuel Macron, ainsi que des rapprochements notés avec des cadres de l’ancien régime de Macky Sall, alimentent toutes les spéculations.

Pour de nombreux analystes, le chef de l’État tente de bâtir une nouvelle coalition en vue de l’élection présidentielle de 2029, quitte à acter le divorce définitif avec le projet initial de 2024. Ce virage stratégique pourrait sécuriser sa base politique, mais il expose également le pouvoir à des accusations de reniement de la part de ses anciens partisans.

Ce futur scrutin référendaire s’annonce comme l’un des plus décisifs du pays. Au-delà des articles de loi, c’est un véritable choix de société et un test de confiance qui attend les électeurs sénégalais.

N'diawar Diop

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