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« Donald Trump veut incarner la “blanchitude”, un puissant facteur de mobilisation politique »

lemonde.fr

Marie Charrel

Tribune

Guillaume Debré

Journaliste et essayiste

En jouant sur les peurs de l’Amérique blanche, Trump cherche à forcer les électeurs à se positionner, à choisir pour ou contre lui, estime le journaliste et essayiste Guillaume Debré, dans une tribune au « Monde ». Une stratégie qui vise à réussir un nouvel « hold-up électoral » en novembre.

Tribune. Le contraste est saisissant. Vendredi dernier [29 mai], en réaction aux émeutes raciales dans le Minnesota, Donald Trump a menacé les manifestants, à majorité noire, dans un Tweet glaçant : « Quand le pillage commence, la fusillade démarre. » Quelques semaines plus tôt dans le même Etat, plusieurs groupes de militants armés, blancs pour la plupart, défiaient les autorités locales en protestant contre le confinement. Trump avait alors affiché son soutien en tweetant : « Libérez le Minnesota. »

Ces deux Tweet symbolisent à eux seuls la manière insidieuse avec laquelle Trump tente d’hystériser le débat politique pour diviser les Etats-Unis. Comme s’il voulait garder le pays dans un état de stress politique constant, depuis qu’il occupe la Maison-Blanche, il n’a eu de cesse d’attiser les flammes de la discorde. Dès qu’une controverse émerge, plutôt que d’apaiser, Trump cherche à polariser.

« Fils de pute »

En 2017, plusieurs joueurs afro-américains de football américain décident de protester contre les violences policières faites aux Noirs en s’agenouillant avant chaque match de la ligue. Le débat enflamme les Etats-Unis. Trump s’en empare en traitant ces joueurs professionnels de « fils de pute », qui devraient être « virés ».

En essentialisant son discours, en glissant constamment hors du champ du politique pour jouer sur les peurs et les rancœurs de ses électeurs et en injectant une forte dose d’anxiété dans sa narration, Trump a choisi d’activer des mécanismes identitaires pour consolider sa mobilisation électorale. Aucun président n’avait osé le faire avant lui. Article réservé à nos abonnés Lire aussi La fracture raciale aux Etats-Unis, un défi et un risque pour Joe Biden et les démocrates

La singularité politique de Trump est d’avoir voulu incarner depuis la Maison-Blanche une offre politique disruptive articulée autour d’un concept controversé : la « blanchitude ».

La « blanchitude » ne s’oppose pas à la négritude. La « blanchitude » s’oppose au multiculturalisme bien pensant, au politiquement correct, à la discrimination positive, au progressisme inclusif. La « blanchitude » rassemble un ensemble de symboles et de référents qui dépasse le champ du politique et active chez les électeurs un réflexe de protection identitaire. La sémantique et la sémiotique de Trump, comme son action politique et son positionnement électoral, ne prennent leur sens que dans le cadre de cette « blanchitude ».

Une rhétorique systématiquement « anti »Trump est le premier président à avoir fait de l’homogénéité culturelle le socle de son offre électorale. Il est le premier président à ne s’être adressé qu’à ses électeurs en justifiant son comportement, son programme et son action par la nécessité d’incarner leurs exaspérations. Son « Make America Great Again »fait partie de cette méta-narration. Rendre à l’Amérique sa grandeur implique un retour dans le temps

N'diawar Diop

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