SANTE

Cancer de la prostate au Sénégal : près de 80 % des patients diagnostiqués à un stade avancé

Le cancer de la prostate continue de représenter une sérieuse préoccupation sanitaire au Sénégal. Malgré les progrès réalisés dans la prise en charge de cette maladie, de nombreux patients consultent encore tardivement, compromettant ainsi leurs chances de bénéficier d’un traitement curatif.

Dans un entretien accordé au quotidien Le Soleil, le professeur Racine Kane, chirurgien urologue à l’hôpital Principal de Dakar, a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, près de huit patients sur dix arrivent à l’hôpital alors que leur cancer a déjà atteint un stade avancé. Une réalité qui rend les traitements plus complexes et réduit les possibilités de guérison.

Le spécialiste pointe notamment le manque de sensibilisation, les difficultés d’accès aux structures de santé et les préjugés qui entourent les examens de la prostate. La gêne ressentie par certains hommes face au toucher rectal contribue également à retarder les consultations, alors que la détection précoce constitue un facteur déterminant dans la lutte contre cette maladie.

Lorsque la tumeur est identifiée à un stade encore localisé, des traitements comme la chirurgie ou la radiothérapie peuvent permettre d’obtenir une guérison. En revanche, lorsque le cancer s’est propagé à d’autres organes, la prise en charge vise principalement à contrôler son évolution, prolonger la vie du patient et atténuer les symptômes.

Les hommes noirs et les antécédents familiaux davantage exposés

L’âge constitue l’un des principaux facteurs de risque du cancer de la prostate. Les antécédents familiaux et l’appartenance à la population noire sont également associés à une probabilité plus élevée de développer cette maladie. Pour ces catégories d’hommes, le professeur Racine Kane recommande de ne pas attendre l’apparition des symptômes pour consulter et d’envisager une démarche de dépistage dès 45 ans, en concertation avec un professionnel de santé.

Le dosage sanguin de l’antigène prostatique spécifique (PSA) fait partie des examens utilisés pour évaluer le risque. Le toucher rectal peut également intervenir dans l’examen clinique. Toutefois, les résultats doivent être interprétés par un médecin : un taux de PSA élevé ne signifie pas automatiquement la présence d’un cancer et peut nécessiter des examens complémentaires.

Les données internationales confirment l’ampleur du problème. D’après GLOBOCAN 2022, l’outil de référence de l’Organisation mondiale de la santé consacré aux statistiques du cancer, 913 nouveaux cas de cancer de la prostate ont été estimés au Sénégal cette année-là. Cette maladie arrivait ainsi en tête des cancers diagnostiqués chez les hommes dans le pays. En novembre 2024, le professeur Papa Ahmed Fall, alors chef du service d’urologie de l’hôpital Dalal Jamm et président de l’Association sénégalaise d’urologie, avait pour sa part évoqué au moins 1 000 nouveaux cas par an, tout en estimant que les chiffres disponibles étaient probablement en dessous de la réalité.

Novembre Bleu, un appel à briser les tabous

Face à cette situation, les spécialistes insistent sur la nécessité de multiplier les campagnes d’information, de faciliter l’accès aux consultations spécialisées et de rendre les traitements plus accessibles. Le coût de certaines prises en charge constitue en effet un obstacle supplémentaire pour les malades et leurs familles. Selon les éléments rapportés par le professeur Kane, l’hormonothérapie peut notamment représenter une dépense mensuelle ou périodique importante, avec des montants pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de francs CFA selon les médicaments et les protocoles prescrits.

À l’occasion de Novembre Bleu, mois consacré à la sensibilisation aux cancers masculins, l’Association sénégalaise d’urologie entend ainsi encourager les hommes à prendre davantage en charge leur santé et à consulter sans attendre. L’enjeu est aussi de combattre les idées reçues qui freinent le recours aux soins.

Le message des professionnels est clair : parler de la prostate ne doit plus être un sujet tabou. Une consultation médicale, une évaluation adaptée aux facteurs de risque et une prise en charge rapide peuvent faire toute la différence face à une maladie qui, détectée suffisamment tôt, offre de meilleures perspectives thérapeutiques.

La Rédaction – Sunuker.net

Ely Birahim KA

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