POLITIQUE

APR : Macky Sall face à l’après-pouvoir, la bataille de la succession s’ouvre en coulisses

APR : Macky Sall face à l’après-pouvoir, la bataille de la succession s’ouvre en coulisses

Sunuker News Desk

L’Alliance pour la République (APR) est confrontée à un défi majeur : préparer l’avenir sans son fondateur, Macky Sall, alors que l’ancien président du Sénégal poursuit ses ambitions internationales et que son parti traverse une période de fragilité. Entre l’hypothèse d’une nomination à la tête des Nations unies, les départs de responsables et la nécessité de reconquérir l’électorat, la question de l’après-Macky Sall s’impose désormais au sein de la formation politique.

Pendant plus d’une décennie, Macky Sall a incarné l’APR, en assurant sa cohésion et en imposant son leadership sur la scène politique nationale. Mais la perspective d’un changement à la tête du parti oblige désormais ses responsables à réfléchir à une succession qui pourrait déterminer l’avenir de cette formation. Aucun successeur ne s’est officiellement imposé, mais plusieurs cadres sont susceptibles de jouer un rôle dans cette nouvelle étape.

L’éventuelle accession de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies constitue l’un des éléments de cette réflexion. Une telle responsabilité internationale soulèverait inévitablement la question de sa neutralité et de son maintien à la tête d’un parti politique national. Me Oumar Youm a d’ailleurs souligné la nécessité d’anticiper cette éventualité, estimant que l’APR ne peut pas se permettre de manquer sa transition interne après avoir perdu le pouvoir d’État.

Toutefois, les chances de l’ancien chef de l’État dans la course à la succession d’António Guterres restent incertaines. Le cinquième vote indicatif du Conseil de sécurité, organisé le 7 octobre 2026, lui a attribué cinq avis favorables contre dix défavorables. Ce résultat marque un recul par rapport aux premiers tours et complique davantage ses perspectives. Même si ces consultations ne constituent pas, à elles seules, une décision définitive, elles donnent une indication des difficultés auxquelles sa candidature est confrontée. Le soutien des autorités sénégalaises ne suffit donc pas, à ce stade, à garantir l’aboutissement de son ambition internationale.

Les résultats des élections législatives du 17 novembre 2024 illustrent également l’ampleur du travail qui attend son camp politique. La coalition Takku Wallu Sénégal, conduite par Macky Sall, avait obtenu 14,67 % des suffrages, soit 531 466 voix et 16 sièges à l’Assemblée nationale. Un score qui contraste fortement avec la domination exercée par l’ancien régime lors des précédentes échéances électorales. Pour l’APR, cette défaite constitue un signal politique majeur : le parti doit non seulement préserver ses structures, mais aussi reconstruire sa crédibilité auprès d’une partie de l’électorat qui s’est détournée de lui.

À cette difficulté électorale s’ajoutent les départs et les repositionnements de plusieurs personnalités. Amadou Ba a pris ses distances avec l’ancienne majorité, tandis que d’autres responsables, parmi lesquels Cheikh Oumar Hanne et Zahra Iyane Thiam, ont suivi des trajectoires distinctes. Abdoulaye Seydou Sow a, pour sa part, lancé le Pacte républicain. À Tambacounda, le départ de Mamadou Kassé a également alimenté les interrogations sur la capacité de l’APR à conserver ses relais locaux. Les ralliements de maires et d’élus à d’autres formations contribuent à accentuer cette impression d’érosion.

Le prochain dirigeant devra ainsi relever un double défi : maintenir l’héritage politique de Macky Sall tout en donnant au parti une nouvelle dynamique. La fidélité au fondateur ne suffira pas nécessairement à remobiliser les militants, pas plus qu’un simple changement de visage ne garantira le retour aux affaires. L’APR devra clarifier son projet, réorganiser ses structures et définir une stratégie d’opposition capable de répondre aux attentes actuelles des Sénégalais.

Parmi les responsables qui continuent d’afficher leur fidélité à Macky Sall figure Abdou Mbow. Député et porte-parole historique de l’APR, il demeure une personnalité visible dans les activités de remobilisation du parti. Alors que plusieurs cadres ont pris leurs distances, il multiplie les déplacements et les rencontres avec les militants afin de maintenir les réseaux locaux.

À Kaffrine, il a notamment conduit une délégation composée de Néné Fatoumata Tall, Aminata Angélique Manga et Amidou Hanne. À Tambacounda, sa présence auprès de la base militante a également été remarquée dans un contexte de tensions autour du départ de Mamadou Kassé. Ces initiatives témoignent de sa volonté de préserver les structures du parti et de rester au contact des militants.

Cette présence sur le terrain peut constituer un atout dans une éventuelle bataille de succession. Mais elle ne fait pas de lui, à elle seule, le successeur désigné de Macky Sall. La capacité à fédérer les différentes sensibilités, à convaincre les responsables qui se sont éloignés et à proposer une orientation politique crédible sera déterminante.

Au-delà d’Abdou Mbow, l’enjeu concerne l’ensemble des cadres de l’APR. La succession ne pourra être durable si elle se limite à une compétition entre personnalités ou à un arrangement au sommet. Elle nécessitera un choix politique capable de rassembler les militants, de restaurer la confiance et de redonner au parti une ambition nationale.

Reste enfin une question fondamentale : Macky Sall acceptera-t-il de transmettre pleinement les commandes si son avenir international l’éloigne de la politique sénégalaise ? Et si sa candidature à l’ONU n’aboutit pas, prendra-t-il lui-même l’initiative d’organiser sa succession ou continuera-t-il d’occuper une place centrale dans les décisions du parti ?

Pour l’heure, aucune réponse définitive ne se dessine. Mais une chose apparaît clairement : l’APR ne peut plus ignorer la question de son avenir après Macky Sall. Entre l’incertitude internationale, l’affaiblissement électoral et les départs de cadres, le parti se trouve à un tournant. Sa capacité à préparer une transition ordonnée, sans implosion ni guerre de positionnement, pourrait déterminer s’il demeure une force majeure de l’opposition ou s’il poursuit son recul dans le paysage politique sénégalais.

Sunuker News Desk

James Dillinger

Recent Posts

L’étendue des pouvoirs d’investigation des commissions d’enquête parlementaire au Sénégal

Une mission régalienne encadrée par la Constitution Les commissions d'enquête parlementaire constituent un instrument fondamental…

2 heures ago

Saisie record de Tapentadol à Koungheul : Un réseau de trafic de faux médicaments démantelé par les Douanes

La lutte contre le trafic illicite de produits pharmaceutiques franchit une nouvelle étape sensible. Les…

2 heures ago

Deuil : La FSF adresse ses condoléances à Pape Thiaw suite à la disparition de son père

Le monde du football sénégalais est en deuil. La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) a…

2 heures ago

Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) : Les syndicats sonnent l’alerte face au stock de 50 000 tonnes de sucre invendu et exigent une régulation stricte des importations

La situation devient critique pour la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS). Réunis en conférence de presse…

2 heures ago

Éliminatoires JO 2028 : Un bouillant derby ouest-africain en vue entre le Sénégal et le Mali au 3ème tour

La route vers les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 se précise pour l'équipe nationale…

2 heures ago

Ousmane Sonko au perchoir : le silence d’un tribun face aux enquêtes parlementaires

Ousmane Sonko au perchoir : le silence d’un tribun face aux enquêtes parlementaires Élu président…

2 heures ago