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Annuler la dette, et après ?

Alors que l’on espérait la naissance d’une ère nouvelle après la pandémie du coronavirus, l’on est tenté de penser que nos élites dirigeantes, par manque de vision, risquent une fois de plus de rater ce virage important. Car, ne nous y trompons surtout pas, tous les pays frappés de plein fouet par cette pandémie sont en train de penser à l’après-corona et mettront tous les atouts de leur côté pour se relever de cette mauvaise passe.

Quant au Sénégal qui regorge d’assez de ressources naturelles et humaines pour se prendre enfin en charge, il ne semble pas prêt à changer de méthode de gouvernement. Au lieu d’essayer de compter sur ses propres forces, il préfère faire dans la mendicité internationale. Du moins, si l’on se fie à l’appel lancé par le Président Sall aux bailleurs de fonds pour une annulation de la dette. Et puis, même si les bailleurs lui donnaient un avis favorable, cela n’empêchera pas la machine à emprunter d’être relancée de plus belle.

Aujourd’hui, on a vraiment du mal à croire que c’est le Président Macky Sall qui tenait ces propos en décembre dernier au Cicad, lors de la conférence sur «Développement durable et dette Soutenable» : «L’endettement n’a jamais été en soi un problème dès lors qu’il s’agit d’un endettement responsable et qualitatif, c’est-à-dire qu’il finance l’économie productive, source de croissance et de bien-être social. En ce sens, la dette qui est investie dans des secteurs qui génèrent, en retour, plus de capacités productives, crée par elle-même les conditions de son remboursement».

Donc, qu’est ce qui explique aujourd’hui son plaidoyer pour une annulation de la dette ? Parce que si effectivement ces dettes contractées au nom du Sénégal avaient servi à produire des investissements opportuns qui engendrent des créations d’emploi et des transferts de technologies parfois ; cela aurait entraîné à coup sûr la création de revenus, la hausse de la consommation et donc de la production. Mais tel ne semble pas être le cas, parce que malgré les milliers de milliards empruntés au nom des populations, ces dernières se débattent toujours dans une pauvreté abyssale. Parce que le meilleur baromètre pour juger la rentabilité de la dette, reste l’impact de leur politique sur le gorgorlu.

Pourtant, quand des Sénégalais patriotes avaient décrié le taux astronomique du taux d’endettement, le Président Macky Sall avait clamé haut et fort que cela était nécessaire pour financer le développement du pays dans les limites tolérées par l’Uemoa (70%). Quels investissements stratégiques et productifs ont été réalisés avec tous ces milliards, sommes-nous encore tentés de se demander ? Les bailleurs de fonds savent mieux que quiconque, que c’est à cause des détournements de l’argent emprunté que l’on croupit toujours dans la pauvreté, mais ils n’en ont cure, l’essentiel est qu’ils récupèrent leur mise. Ce qui n’est pas un fait nouveau, car dans les années 90, un haut fonctionnaire du Trésor français, situé à un poste clef, citait le Sénégal comme l’exemple caricatural de l’engloutissement des flux d’aide étrangère. Comme si, malgré les années, rien n’a changé. En fait, c’est comme si la dette était une sorte de camisole de force que l’on fait enfiler à nos pays pour les tenir en laisse. Ces États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Maintenant croire que cette dette sera effacée comme ça, c’est vraiment rêver éveillé.

Aujourd’hui, le Président Sall demande l’annulation de la dette, mais continue de faire des dépenses de prestige et d’entretenir des institutions politiciennes et budgétivores, tels que le Hcct et le Cese, des coquilles vides sans aucun intérêt pour le citoyen. Comment voulons nous que les autres nous respectent si nous ne sommes pas en mesure d’honorer nos engagements, même si à la base, cette dette est le résultat de l’exploitation injuste de nos pays, avec la complicité bienveillante de nos élites dirigeantes.

Par El Hassane SALL

N'diawar Diop

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